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L'Atelier d'écriture de Villejean

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24 avril 2018

A quoi reconnaît-on que tu es un ieuv ? / Jean-Paul

 A quoi reconnaît-on que tu es un ieuv ?

A ce que tu ignores le sens du mot « ieuv » ! Un ieuv, c’est un vieux en verlan dans le langage des jeunes. Que nous appellerons donc djeunns en retour !

Tu es un ieuv quand tu ne marches pas dans la rue en t’adressant à voix haute, la mine réjouie, à un rectangle de plastique avec l’air d’un évadé de l’asile de fous complètement perdu dans son monde.

Tu es un ieuv quand, au théâtre, le spectacle fini, tu mets cinq minutes à lever ton gros cul de ton siège au motif que tu as rallumé ton téléphone portable des fois qu’on aurait cherché à te joindre pendant l’heure et demie où tu t’es absenté(e).

Tu es un ieuv quand tu te précipites sur le buffet pour avoir ta part de dessert et ton café alors que tes collègues ont entrepris de chanter une chanson censée intéresser tout le monde (sauf la table du fond qui s’en fout). Ventre affamé n’a pas d’oreilles !

Tu es un ieuv quand tu es admiratif du talent des Gobeurs d’enclumes, un duo de théâtre d’improvisation dans lequel deux jeunes gens délurés dézinguent les contes traditionnels à partir d’une collecte de mots ou d’objets.

Tu es un ieuv quand tu te poses la question : « Si eux c’est la génération Y, à quelle génération appartiens-je ? La génération K comme Karpov, Kasparov, Kossyguine, Kissinger , Kennedy, Khrouchtchev ? La génération L comme Lennon et Léonard Cohen ? La génération M comme Mathusalem ? Ou A comme Antédiluvien ?

On reconnaît que tu es un ieuv au fait que c’est toi qui t’arrêtes dans la rue pour éviter la collision avec l’imbécile de djeunn qui avance sans regarder devant lui vu qu’il a le nez collé à son smartphone.

Tu es un ieuv quand tu te sens vexé qu’un autre imbécile d’étudiant, bien élevé celui-là, te propose sa place assise dans le bus. La honte que ce sera le jour où une une étudiante te proposera la même chose !

On reconnaît que tu es un ieuv à ce que tu t’étonnes d’entendre : « La prochaine est une vieille chanson de Renaud, « La Ballade nord-irlandaise ». Comment ? Trente ans déjà ? On ne les a pas vus passer ! Par contre, Renaud, si !

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On reconnaît que tu es un ieuv quand tu te souviens d’avoir lu le nom de la station de radio Hilversum sur les postes de radio que possédait ta famille.

On reconnaît que tu es un ieuv quand tu te refuses à jouer une partie d’échecs en moins de dix minutes. Ton minimum pour ne pas perdre tous tes moyens à cause du stress de la pendule c’est quarante. Alors qu’il y a des fous maintenant qui se donnent trois minutes pour achever leur adversaire en blitz !

On reconnaît que tu es un ieuv à ce que tu prends des photos avec un appareil reflex au lieu d’utiliser un téléphone portable ou une tablette.

On reconnaît que tu es un ieuv quand tu viens à une réunion sans ordinateur portable ni tablette et que tu prends des notes avec un crayon et du papier.

On reconnait que tu es un ieuv quand, après avoir relu des BD de Gérard Lauzier, tu trouves insupportable de garder ça dans ton grenier. Mais bon, ne t’inquiète pas : les enfants de la génération Y ne lisent plus Pilote mensuel, c’est un journal trop archaïque pour eux. Déjà, toi, les pubs de 1978 t’ont fait hurler de rire !

On reconnaît que tu es un ieuv à ce que tu préfères chanter du Charles Trénet que du Jacques Higelin. Mais chanter du Jacques Higelin, c’est aussi être un ieuv !

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24 avril 2018

A quoi reconnaît-on que tu es resté jeune d'esprit ? / Jean-Paul

A quoi reconnaît-on que tu es resté jeune d’esprit ?

L’assurance des profs de fac te sidère toujours. Elle te rappelle la pensée de Michel Audiard : « Les cons osent tout. C’est d’ailleurs à ça qu’on les reconnaît ».

Une bonne pièce de théâtre t’emmène au paradis. Un conteur génial te plonge dans les racines de l’humanité et tu t’en trouves bien. 


Tu rigoles comme un bossu d’avoir réussi cette farce : on a accepté ta proposition de faire une conférence sur les inventeurs farceurs et tu vas la faire à l’Espace Ouest-France en janvier 2019. Joe Krapov conférencier chez François-Régis Hutin, faut le faire, quand même !

Tu refuses de regarder des films et des séries étranger.e.s autrement qu’en version originale sous-titrée. Cet attachement viscéral au ciné-club façon Claude-Jean Philippe est cependant plein d’ambiguïté : se souvenir de Claude-Jean Philippe c’est quand même être un peu ieuv sur les bords.

Tu es capable de regarder des séries nulles (Capitaine Marleau) uniquement parce que le personnage principal est un « anti-héros ».

Les vieux cons butés qui ont quarante ans et du pouvoir t’insupportent.

Découvrir des variantes foldingues du jeu d’échecs sur Lichess.com te met en joie. Citons la course des rois, la partie qui démarre avec une position aléatoire des pièces autres que les pions, le fait de pouvoir reposer n’importe où dans le jeu une pièce déjà capturée…

Tu as un peu honte d’appartenir à une chorale qui chante « Boire un petit coup c’est agréable » ou « Chevaliers de la table ronde ».

Tu te (re) prends d’affection pour les BD de Régis Franc et tu cours après les adaptations théâtrales du Zaï Zaï Zaï de Fabcaro.

24 avril 2018

A quoi reconnaît-on que vous n'êtes pas breton ?

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A quoi reconnaît-on que vous n’êtes pas un Breton natif de Bratagne ?

La galette-saucisse à 10 heures 30 sur le marché des Lices le samedi n’est pas votre mets favori.

Vous êtes plus bière que cidre – mais les Bretons qui ne sont pas des ieuvs sont comme ça aussi !

Même si vous l’aimez bien aussi, la Philomenn, vous préférez verser de la bière belge dans votre verre à bière bretonne.

Vous faites la gueule parce qu’on ne trouve plus de Jeanlain dans votre hypermarché depuis que vous avez acheté des verres dédiés à cette boisson !

Vous n’avez pas encore compris l’humour du dicton « En Bretagne il ne pleut que sur les cons ».

Vous êtes capable de suggérer : « Euh ! La bombarde et le biniou ! Ne les amplifiez pas, s’il vous plaît ! »

Quand vous chantez le Bro gozh ma zadoù, vous cherchez à mettre de la fluidité et de la musicalité dans les paroles alors qu’il n’y en a pas.

Vous êtes amoureux fou de toutes les jeunes femmes des groupes folkloriques celtiques et vous regrettez le fait qu’on en voit de moins en moins. Une semaine de vacances au Festival interceltique de Lorient vous ferait-elle du bien ? Mais retourner la nuit sur cette route où vous avez failli perdre la vie, est-ce bien raisonnable pour un ieuv ?

Les querelles des Bretonnants historiques avec la génération du renouveau musical celtique des années 1970, ça vous gave ! C’est du Pyrénéen ou de l’hébreu pour vous !

On reconnaît que vous n’êtes pas Breton… à l’épaisseur de vos crêpes et à la quantité de bière que vous mettez dans la pâte !

Vous n’avez pas investi dans un bilig et vous achetez vos galettes sur le marché des Lices. Mais quoi ! Vivent le circuit court et les artisans bretons !

Par contre, avec votre kouign-amann ch’ti, tout le monde s’accorde sur le fait que vous trompez bien l’ennemi !

24 avril 2018

Les Vieux / Maryvonne

AEV 1718-27 djeunns 1833336

En premier, cher animateur ce n'est pas parce que tu nous parles en verlan que tu es beaucoup plus jeune que nous. Ceci étant dit le vieux ne comprend pas toujours ta consigne d'écriture à la première lecture puis après avoir compris il la conteste. Mais, comme il a vécu, il a beaucoup de choses à dire, disons qu'il a de l'expérience, des anecdotes et des certitudes.

Malheureusement ça ne lui sert souvent à rien. L'évolution fait que son expérience est ringarde, ses anecdotes ont une barbe et ses certitudes sont à remettre en question. Mais il fonce crayon dans le guidon pour te raconter tout ça à sa manière.

Un ieuv a du mal avec le rap, les jeans troués, les textes en verlan. Il a du mal à comprendre la jeunesse qui traîne, piétine devant son orientation et se colle des bitures rapides. Au moins les ieuvs dégustent à petites lampées leur pinard, leur Ricard ou le p'tit Porto.

Les ieuvs ont des prothèses dentaires, oculaires, auriculaires, coronaires. On leur a souvent enlevé des trucs qui ne servent à rien : l'appendice, la vésicule, parfois la rate ou un bout d'intestin donc les vieux sont incomplets mais il ne faut pas leur dire car ils sont susceptibles.

Les ieuvs ont emmagasiné beaucoup de savoir mais ils perdent la mémoire : +M et -M=0.

Ils se croient quand même des héros car ils ont tous fait une guerre : 39/45, l'Algérie ou mai 68. Bien que ces deux dernières s'appellent des événements ils continuent à dire « la guerre » car les vieux sont têtus.

Parfois les vieux ont les cheveux blancs mais ce n'est pas un critère fiable car certains trichent et d'autres les ont perdus dans la soupe. Mais c'est beaux les têtes blanches.

AEV 1718-27 Mémé les WattsLes ieuvs d'aujourd'hui s'habillent en rose layette ça leur rappelle leur prime enfance et ce sont les jeunes qui s'habillent en noir parce que le noir ça vieillit et le rose ça rajeunit comme quoi on n'est jamais content de son état et les vieux adorent tricher.

Heureusement autour de moi je ne vois que des jeunes qui ont gardé l'envie d'être entre copains, de faire du sport, d'être ouverts sur le monde, curieux et attentifs.

Une bande de potes capables de se réjouir d'une bêtise, d'une bonne blague, d'un bon mot. De vibrer à un match de foot, de tennis ou de hand-ball. Certains essaient de suivre l'actualité littéraire et les dernières technologies et en font profiter les autres. Il reste à ne pas trop se plaindre, à continuer à regarder l'avenir et ne pas enjoliver le passé en répétant : « C'était mieux avant ».

Un petit garçon à qui on demandait ce qu'il voulait faire plus tard a répondu : « Je voudrais vivre « à l'époque » : ça a l'air drôlement bien ! » !

 

18 avril 2018

Consigne d'écriture 1718-26 du 17-04-2018 : Cadavres exquis

Cadavres exquis

 

Ce  jeu d'écriture collective fut inventé et pratiqué par le groupe surréaliste. Le principe est d'écrire une partie de phrase (ou un simple mot) sur une feuille, de plier celle-ci pour cacher ce qu'on a écrit et de passer la feuille au voisin qui inscrit la suite (une deuxième partie de phrase, un adjectif, etc.). On fait tourner autant que nécessaire puis on déroule le papier et on lit.

Nous avons pratiqué ce jour cinq variantes :

1) Une suite sujet / adjectif / verbe / complément de lieu / complément de temps ;

2) Une proposition conditionnelle commençant par si / une phrase principale dont le verbe est au conditionnel ;

3) Une proposition temporelle commençant par quand dont le verbe est au présent / une phrase principale dont le verbe est au présent

4) Une phrase (un ordre ?) commençant par un verbe à l'impératif à la première personne du pluriel / une phrase dont le verbe est au futur

5) Une suite de quatre alexandrins avec deux rimes plates puis deux autres rimes plates et d'un alexandrin qui se termine par un point d'interrogation.

1718-26 Cadavre exquis

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17 avril 2018

Cadavres exquis du 17 avril 2018 / Tous

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A l'atelier d'écriture, le mardi 17 avril. On fête la victoire d'Anne-Marie au concours "Encres d'automne". Avant que nous ne montions en salle Mandoline, une des écrivantes sort cet objet de son sac et demande :

- Qu'est-ce que c'est que ça ? 

Les dames sèchent. Le seul homme présent donne la bonne réponse.

- C'est un clitoris !

Cela en préalable pour vous expliquer la forte présence de ce mot dans les petits textes qui suivent ! Ce fut une séance de cadavres exquis. Pour qui ne connaîtrait pas encore ce jeu fort prisé des Surréalistes, on a donné les consignes utilisées ci-dessus.

***

1 Sujet - adjectif - verbe - complément de lieu - complément de temps

La ceinture de mon pantalon désaccordé chante dans la barque au crépuscule.

Le moulin à vent merveilleux dégoulinait à l’endroit où vivent les fées des sources à minuit passé.

Le jardin furieux s’offrait au vent du paradis au siècle dernier

La boussole complètement destroy enchante dans la bananeraie un jour d’août où il neige abondamment.

Le parapluie juteux éclabousse sur la route de Dijon aux aurores.

Le saucisson rayonnant pleurnichera sur le haut de la colline demain.


2 Si / alors

Si nous avions été à l’ère glaciaire la tempête médiatique se serait déchaînée !

Si le chat de la voisine avait la queue coupée les chauves-souris dormiraient la nuit !

Si la météo avait été plus favorable le chien musicien aurait aboyé plus fort.

Si les arbres poussaient à l’envers je mangerais mon chapeau.

Si l’atelier d’écriture avait lieu à six heures du matin plutôt qu’à six heures du soir les moulins à vent traîneraient Don Quichotte en justice.

Si les clitoris étaient fabriqués avec une imprimante 3D les lotus ne fleuriraient pas au Japon.

Si les moulins à vent étaient des moulins arrière, les radis pousseraient mieux les soirs de pleine lune.

Si on peignait les girafes plusieurs fois par an il faudrait être fou pour dépenser plus.

Si ma tante en avait, les opticiens ne vendraient pas de lunettes !

Si je portais des bretelles plutôt qu’une ceinture, avoir des pantalons en accordéon donnerait des boutons !

Si la ceinture des pantalons en accordéon s’était désaccordée plus souvent notre petite troupe aurait pu pique-niquer.

Si le soleil avait fait place à la pluie, j’aurais pris la poudre d’escampette.

Si le clito pouvait parler, les talons hauts seraient inutiles.

Si les hommes n’avaient pas existé les oiseaux chanteraient des airs d’opéra.

 

3 Quand + affirmation au présent

Quand le réveil sonne le matin mon parapluie perd ses baleines.

Quand je suis à l’atelier d’écriture tu fais ta tête de mule.

Quand le cormoran pousse son cri le soir au-dessus des jonques, il faut remettre son clito en place.

Quand tu te laves les dents les souris dansent devant le buffet !

Quand la nuit tombe à vingt heures, les enfants de choeur boivent le vin de messe.

Quand je me lève le dimanche le président de la République va chasser la baleine et revient avec une jambe de bois

 

4 Impératif à la première personne du pluriel + phrase au futur

Prenons nos parapluies quand les nuages roses sourient ! Il en restera toujours quelque chose, ne serait-ce qu’une béquille ayant appartenu à Jean-Arthur Rimbaud

Promenons-nous dans les bois pendant que le loup n’y est pas ! Demain sera ce que nous en ferons !

Soyons courageux la vie en vaut la peine : plus de mille boutons mêlant franchiront la barrière des rêves en même temps !

Allons, enfants de la patrie ! Nous n’irons plus au bois : le loup Macron mangera votre fraise des bois !

Fuyons la morosité ambiante ! Le concierge s’occupera toujours de votre courrier !

Partons, compagnons, les larmes au pied ! Ce sera alors la plus belle des années !

Soyons fous, rieurs et heureux, tout au long du chemin : j’irai dormir sous les palmiers !

 

5. Quatre alexandrins à rimes plates + une question

Le chant du coq, dès l’aube, fait sursauter le ronfleur :
Rien ne sert de courir, il faut partir à l’heure.
La vie d’un clitoris n’est pas toujours enviable,
Chaque fois c’est pareil : tout sort parait enviable
Le matelot quitte le quai tout guilleret ?

Le myosotis et puis la rose ce sont des choses.
Les jours moroses de l’année close ne sont pas roses :
Le puma affolé piaillait dans les betteraves
Du Stromboli rougeoyant on tâchait d’éviter la lave
[Quand quelqu’un demanda] : Et Dieu dans tout cela ?

Les canards cancanent et la basse-cour ricane ;
Tarzan porte à sa bouche une ample sarbacane ;
Alors, appliqué, de mon père suivant les pas,
- Aujourd’hui le sommeil et demain le trépas ! –
Sur le toit du monde trouveras-tu la réponse ?

Quand mon clito content sourit tout doucement
La douceur du temps me berce si [chaudement]
Que les palétuviers roses poussent derrière la maison close.
Il s’exclame : « Quel petit pied ! Quelle belle chose !
Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ? »

Rien n’est plus beau que le soleil à son couchant !
Quand Macron dit des croquignoles, c’est comme un chant
Sur le champ du printemps. Les pâquerettes sourient,
La tapisserie gris souris décore la nuit.
Emmanuel restera-t-il avec sa Brigitte ?

La nuit tombe et fait « splatch » sur le champ de bataille.
Il est très tard aussi il faut que je m’en aille.
Sur le bord des étangs poussent les iris d’or
Si tu parles à Macron tu vas dans le décor
Le pont de la rivière Kwaï siffle sa chanson
De son canasson pendaient de beaux jambons ?

Le zouave du pont de l’Alma n’a plus les pieds dans l’eau
Dans ces roseaux si hauts se mêle le chant des oiseaux
Je posai cette question : ceinture ou bretelles ?
L’abeille, en zézayant, fait de l’excès de zèle.
Fuyez, fuyez, brav’s gens ! Courez à tire d’aile !
Mais que faire en cas de danger ? Eclairez moi !

16 avril 2018

L'atelier d'écriture de Villejean à l'honneur !

Très discret au sein de la Maison de quartier de Villejean où il se réunit chaque mardi en salle Mandoline, le club écriture vient de se mettre en valeur samedi  14 avril 2018 à L'Hermitage.

Les membres de l'atelier ont participé au concours littéraire "Encres d'automne" organisé par la Médiathèque de L'Hermitage.

Les années précédentes, Jean-Paul, Eliane et Dominique avaient été primés par le jury. Cette année encore c'est une des membres du club, Anne-Marie Herblin, qui a emporté le premier prix de ce concours avec un texte remarquable.

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Si vous voulez vous entraîner vous aussi et peut-être gagner le prix en 2019, venez rejoindre la joyeuse équipe le mardi de 18 h 30 à 20 h 30 en salle Mandoline ! On écrit, on lit et on rit ! L'activité est gratuite pour tous les adhérent(e)s de l'association Rencontre et Culture.

Bravo encore à la lauréate dont le texte a été lu en public, superbement, par Fiorinda Madin.




Pour que Gabrielle danse encore

Les 8 montagnes, c’est ainsi que les gens du pays nommaient cette vallée.

Lovée dans ce havre de verdure se trouvait la maison des Turner.

Un havre, c’est bien ainsi que l’on pouvait qualifier cette bâtisse de pierres sèches, bien solide, reflet de la beauté des jours en ce pays d’accueil, en ce pays de paix.

Là vivait un pianiste blessé qui avait dû fuir un pays qui l’avait si malmené, un choix qui n’était pas le sien mais bien le choix des autres. Ces autres dont il ne parlait pas ou le moins possible.

Sous ce même toit ils étaient maintenant trois : lui, sa maigre valise et sa fille Gabrielle.

Gabrielle, son réel trésor et maintenant son unique amour.

Elle se tenait souvent devant lui, les yeux baissés, paupières chargées de larmes retenues,

La tresse toujours impeccablement faite, comme la lui faisait sa mère là-bas quand ils étaient encore au pays, qu’ils étaient réunis, quand Elle était encore en vie.

Elle...comme dans la légende du dormeur éveillé.

Il revoyait en boucle le jour d’avant, le temps du bonheur, la salle de bal, la fête, son regard, souriante....vivante !

Tout bascule si vite alors...Ce terrible jour de folie meurtrière, les interminables et terrifiants jours suivants, la furie des fusils, des balles, des cris, du sang... Macabre cortège de violences, d’horreurs et de peurs.

Se résigner douloureusement à l’exil, tout abandonner, même ses propres morts couchés au froid de cette terre maintenant si rouge des conflits fratricides, s’arracher de sa propre vie, décider de s’amputer de ses racines !

La fuite, les passeurs, les frontières, la faim, la soif, le froid, l’humiliation et toujours cette peur vissée à l’âme et ancrée au plus profond de la chair.

Enfin, après tant et tant d’épreuves, les solidarités, les accueils, la chaleur généreuse au goût d’humanité retrouvée. Etre un étranger, un migrant, un réfugié mais pouvoir retrouver une dignité et à nouveau se tenir presque debout.

Regardant son enfant, il se demandait : "Est-ce que demain serait tendre ? Est-ce que tous les demains et lendemains pourront à nouveau leur être tendres ?".

Tant de larmes versées ! Leurs yeux étaient comme la pierre sèche des murs de cet abri et comme lui, il leur faudrait être solides, pour qu’un jour à nouveau le piano puisse chanter et Gabrielle danser.

11 avril 2018

Consigne d'écriture 1718-25 du 10 avril 2018 : les chansons de Jacques Higelin

Titres de chansons de Jacques Higelin

 

Jacques Higelin nous a quitté(e)s ce vendredi 6 avril 2018. L'animateur fournit une liste des chansons qu'il a interprétées et des albums qu'il a commis. Il demande que l'on écrive un texte dans lequel cinq au moins de ces  titres seront mentionnés.

13'40"5 10 - A Django - A Moi Les Monstres - Adios - Ah La La Quelle Vie Qu'cette Vie - Aï - Alertez Les Bébés! - Aujourd'Hui Blues - Aujourd'hui La Crise! - Avec La Rage En D'dans - Ballade Pour Izia - Ballade Pour Roger - Ballade Pour Un Matin - Banlieue Boogie Blues - Beau Beau Ou Laid - Beauté Crachée - Boogie Rouillé - Boxon - Bras De Fer - Broadway - Buster K - Captain Bloody Samouraï - Captain Dodécaphonique Dada - Cayenne C'est Fini - Ce Qui Est Dit Doit Être Fait - Champagne - Chanson - Chaud, Chaud, Bizness-Show - Chope La Soupape - Cigarette - Ci-Gît Une Star - Coup De Blues - Coup De Lune - Criez Priez - Cult Movie - Dans Mon Aéroplane Blindé - Demain, Ça S'ra Vachement Mieux - Denise - Encore Une Journée D'Foutue - Entre Deux Gares - Est-Ce Que Ma Guitare Est Un Fusil? - Excès De Zèle - Fiche Anthropométrique - Fleur De Pavot - Follow The Line - Géant Jones - Higelin, Tombé Du Ciel - Hold Tight - Huit Jours En Italie - I Love The Queen - Il N'Y A Pas De Nom (Pour Le Repos De Son Âme) - Illicite - Irradié - Jack Au Banjo - Jack In The Box - J'Aurai Bien Voulu - Je Ne Peux Plus Dire Je T'Aime - Je Ne Sais - Je Rêve - Je Suis Mort ! Qui Qui Dit Mieux ? - Je Veux Cette Fille - Je Veux Des Coupables - J'Suis Qu'Un Grain De Poussière - L... Comme Beauté - La Ballade De Chez Tao - La Croisade Des Enfants - La Fille Au Cœur D'Acier - La Fuite Dans Les Idées - La Grippe - La Java Des Chausettes À Clous - La Putain Vierge - La Rousse Au Chocolat - L'âme Slave - L'Amour Sans Savoir Ce Que C'Est - L'Ange Et Le Salaud - L'année À L'envers - L'Attentat A La Pudeur - Laura Lorelei - Le Courage De Vivre - Le Drapeau De La Colère - Le Fil À La Patte Du Caméléon - Le Minimum - Les Ailes Du Silence  - Les Robots - Lettre A La P'tite Amie De L'Ennemi Public N°1 - L'Homme Oiseau - L'Hymne Aux Paumés - L'idiot - L'Inutile - L'Isabelle - Lobotomie / Autonomie - L'ours - Mama Nouvelle Orléans - Maman J'Ai Peur - Mamy - Manque De Classe - Mon Portrait Dans La Glace - Mona Lisa Klaxon - Musique Rituelle Du Mont Des Abesses (XXè Siècle - XVIIIè Arrondissement) - Nascimo - Nini - Ô, Fais-Moi L'Amour - Oesophage Boogie, Cardiac Blues - On A Rainy Sunday Afternoon - On Est La Pour Ça - Parc Montsouris - Paris-New-York, N.Y. Paris - Pars - Poil Dans La Main - Priez Pour St-Germain-Des-Pres - Quand J'Improvise Sur Mon Piano - Rappelle Moi - Remember - Rien - Rock In Chair - Sa Dernière Cigarette - Serre-Moi - Seul Dans Notre Chambre - Signalétique - Six Pieds En L'Air - Slim Black Boogie - Symphonie Des Droits De L'Homme - Tête En L'Air - Tiens J'Ai Dit Tiens - Tom Bonbadilom - Trois Tonnes De T.N.T. - Un Aviateur Dans L'Ascenseur - Un Œil Sur La Bagarre - Une Mouche Sur Ma Bouche - Vague A L'Ame - Victoria - We Are The Show-Men - Dans Mon Lit – Aï – Champagne pour tout le monde – Caviar pour les autres – Alertez les bébés ! - Irradié – No man’s land – Tombé du ciel – Illicite

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10 avril 2018

A plus d'un titre, tombé du crayon / Maryvonne

A moi les monstres  qui me bouffent les mots dans ma cervelle ! Au moment où je veux vous servir sur le plat de la langue un propos complet, une phrase pleine de sens, Crac ! Voilà un mot qui éclate comme une bulle. J'ai beau le remplacer par une périphrase l'effet est fichu. La phrase avec une prothèse n'a plus sa beauté naturelle. Ce n'est pas vraiment la fuite des idées ni la tête en l'air. C'est le syndrome du mot-savonnette.

Maman ! J'ai peur d’attraper ta maladie. Je sais il paraît que ça arrive à tout le monde, je ne sais  si je suis pire ou mieux que les autres vieux mais moi qui aime les mots ça me file un coup de blues à chaque fois avec la rage en d'dans.

Avez-vous vu une tablée de sexa- ou octogénaires à la recherche du nom de l'acteur qui jouait Machin dans le film Truc ? C'est pathétique. Les rappelle-moi !Pourtant je ne connais que lui ! Puis le silence, puis rien, puis soudain il y en a un qui chope la soupape et trouve la  solution. Il lève les bras au ciel comme si il avait marqué un but à la finale de la coupe du monde. Tout juste si on ne sert pas le champagne pour la pêche miraculeuse de ce nom frétillant qui refusait de se faire prendre dans l'épuisette de nos mémoires.

Bien entendu c'est en rentrant chez soi que le mot délinquant , ce voyou, arrive en retard. Bâtard ! C'est maintenant que tu rentres ?

Si au moins nous pouvions nous dire : « Demain, ça s'ra vachement mieux. Que dalle! Je peux toujours manifester en agitant le drapeau de la colère. Adios les mots qui s'envolent à tire d'aile !

Remember ma verve quand j'avais encore les pommettes saillantes qui me donnaient l'âme slave , quand mes yeux avaient le reflet bleu tombé du ciel , que mes jambes dansaient le rock et mes fesses la java des chaussettes à clous. Excès de zèle me direz-vous ! Vous n'étiez pas là pour voir, mais juste croyez-moi.

 J'aurais bien voulu que ça continue mais ne vous en faites-pas je vais trouver le courage de vivre même si un jour me poussent les ailes du silence. Quand le vague à l'âme me prendra, je penserai à vous, à vos rires, à votre attention bienveillante du temps où les mots glissaient tout seul au bout de mon crayon.

 Après quand je serai morte, qu'il y aura une mouche sur ma bouche, vous ne pourrez même pas dire : « Ci-git une star du verbe » car le verbe, les dernières années, aura été imparfait, décomposé et sans futur.

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10 avril 2018

Alertez les bébés ! / Jean-Paul

Alertez les bébés ! Qu’ils se préparent à déployer le drapeau de la colère ! Qu’ils se le disent : il n’y aura pas suffisamment de champagne pour tout le monde ! Et pas plus de caviar pour les autres !

Alertez les bébés ! Il faut qu’ils viennent au monde avec la rage en dedans, qu’ils se préparent à la croisade des enfants ! Qu’ils se prévoient un vieux bras de fer avec un univers pourri dans un no man’s land irradié !

Alertez les bébés ! C’est aujourd’hui, la crise ! La planète Terre est un boxon où l’ange et le salaud doivent se côtoyer, où les robots parlent de l’amour sans savoir ce que c’est et où trois tonnes de TNT font plus d’effet qu’une symphonie des droits de ‘homme.

Alertez les bébés ! Qu’ils gardent un œil sur la bagarre, qu’ils aient le courage de vivre, la fuite dans les idées ! Qu’ils se méfient de ces prophètes proclamant « Ce qui est dit doit être fait » et qui le font ! Qu’ils ne croient pas ceux qui promettent « Demain ça s’ra vachement mieux... surtout si je vous arrache les yeux !" !

Alertez les bébés ! Ils vont tous faire l’objet d’une fiche anthropométrique. Pour peu que les flics fassent de l’excès de zèle ils devront danser la java des chaussettes à clous dans la gueule, coincés entre deux gares, huit jours en Italie avant retour chez eux ! Bonjour le coup de blues ! Autant fumer tout de suite sa dernière cigarette !

Alertons les bébés ! Criez, priez, les bébés ! Pas question qu’en plus vous exprimiez votre vague à l’âme ! Avouer « Maman, j’ai peur ! » serait faire preuve d’un sérieux manque de classe. Si tu as un poil dans la main, Bébé Cadum, fais demi-tour ! Pars en arrière ! Chope la soupape, envole-toi sur les ailes du silence ! Commencer une phrase par « Je rêve… » sera bientôt illicite. Ça l’était déjà d’ailleurs à l’époque de Martin Luther King.

Alertez les bébés ! Moi aussi un beau jour je suis tombé du ciel et j’ai souvent lu sur le menu de ma vie : « Aujourd’hui : blues ». J’aurais bien voulu les aider, les bébés, car en théorie on est là pour ça mais j’suis qu’un grain de poussière, un conquérant de l’inutile, un petit gars du genre tête en l’air, un Buster K. de pacotille. Quand je vois mon portrait dans la glace, je n’ai qu’une seule envie c’est de retourner dans mon aéroplane blindé. Chaque soir, en entrant dans mon lit, j’entends résonner l’hymne aux paumés et je me dis : « Encore une journée de foutue !». 

Il 2018 04 09 Higelin aéroplane blindé

La Cie "Hop là !" interprète "Dans mon aéroplane blindé"

Alertez les bébés ! Le minimum que je puisse faire pour eux, c’est de les prévenir, les bébés : Jacques Higelin ne sera pas plus secourable que moi. Il vient de nous dire « adios ! ». Il ne sautera plus six pieds en l’air, tel un aviateur dans un ascenseur. Exit le captain Bloody Samouraï ! Crashé en beauté, le captain Dodécaphonique Dada ! Fin de la chanson !

Ah la la ! Quelle vie qu’cette vie ! Alertez les bébés ! Un autre fou chantant vient de nous quitter. Si vous voulez vivre agréablement, il ne faudra pas Trénet à le remplacer ! On a mis Jack in the box et on a mis la boîte sous terre. Ci-gît une star.

A plus d’un titre, merci pour tout, Monsieur Jacques !

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