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L'Atelier d'écriture de Villejean

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22 septembre 2020

Consigne d'écriture 2021-02 du 22 septembre 2020 : Les 100 mots de Proust et les phrases de Fabcaro

Les 100 mots de Proust et les phrases de Fabcaro


Voici une liste de cent mots qui se rapportent à Marcel Proust. Il vous est demandé d’en inclure un certain nombre dans un texte dont les verbes seront à l’imparfait ou au présent et où les phrases auront une longueur certaine, à l’exemple des deux phrases ci-dessous extraites de « Broadway » de Fabrice Caro

AEV 2021-02 Consigne 100 mots de Proust

Albertine - Amour - Argent - Art - Asthme - Automobile - Bains de mer - Baiser - Beauté féminine - Bicyclette - Bouc émissaire - Bœuf mode - Cabourg-Balbec - Céleste Albaret - Chambre - Champs-Élysées - Charlus - Clan - Clemenceau (Georges) - Combray - Compassion - Contrat masochiste - Corps - Cruauté - Culpabilité - Demoiselles du téléphone - Domestiques - Dostoïevski (Fiodor) - Drame du coucher - Dreyfus (affaire) - Duel - Église - Enfance - Exhibitionnisme - Faire catleya - Faubourg Saint-Germain - Féminité - Fétichisme - Figaro (Le) - Flaubert - Fleurs - Francité - Galanterie - Goûter - Guermantes (les) - Guerre de 1914-1918 - Hardiesse - Homme-femme - Homosexualité - Impression - Impressionnisme - Incorporation - Instruments d’optique - Ivresse - Ironie - Jalousie - Je - Jean Santeuil - Jeunes filles - Langage - Léonie (tante) - Libertinage - Lieux - Lois humaines - Madeleine (Petite) - Maison de passe - Mal - Médecine - Mémoire - Mensonge - Mère - Métaphore - Moyen Âge - Musique - Noms - Nourritures - Nouvelle revue française - Nuit - Odorat - Paperoles - Paris - Pastiches - Peintres italiens - Personnages - Philosophie - Photographie - Phrase - Plaisir - Plaisirs et les Jours (Les) - Politique - Prix Goncourt - Publication - Réminiscence - Rêve - Ritz (hôtel) - Rivière (Jacques) - Ruskin (John) - Sainte-Beuve - Saphisme - Sensation - Sexualité - Signes obscurs - Snobisme - « Suave mari magno » - Swann (Charles) - Temps - Train - Venise - Verdurin (les) - Vermeer de Delft - Vision - Voyeurisme - 

Sa femme Christine l’a quitté il y a deux ans pour un chiropracteur, et je remarque qu’on nomme toujours par sa fonction celui pour qui l’on est quitté, comme si la fonction était déterminante dans la séparation, comme si le fait qu’il soit chiropracteur avait son importance, un chiropracteur, ben voilà, ça m’étonne pas, ça, ils en ratent pas une ceux-là.

Plutôt que de s’effondrer, plutôt que d’aller voir Notre-Dame d’Espérance et allumer un cierge pour que le chiropracteur perde un œil comme l’aurait fait n’importe qui, il l’avait admis, intégré, digéré, même si je ne doute pas qu’il en avait été meurtri et l’avait couvé dans son ventre comme un poison brûlant, mais il s’était aussitôt remis en selle, fût-ce une selle provisoire, dans un réflexe de méthode Coué, comme s’il s’agissait d’un cycle tout à fait normal, comme si tout ça était dans l’ordre des choses : on est deux, puis un jour on est un, alors il faut être deux à nouveau, en route pour de nouvelles aventures. 

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22 septembre 2020

Jean Santeuil / Raymonde

Nous avons entendu pendant des années nos professeurs de français nous rabâcher : faites des phrases courtes, concises, ne vous éparpillez pas, soyez clairs, évitez les longueurs, les lourdeurs, les répétitions, utilisez la ponctuation, allez à la ligne, aérez votre discours, si vous saviez comme c'est pesant, ennuyeux, casse-pieds, rabat-joie, soporifique de corriger vos torchons..., euh… vos productions écrites !

Et là oh ! Merveille on va pouvoir se lâcher, lire en apnée, ne plus utiliser un seul signe de ponctuation ! C'est parti !

AEV 2021-02 Raymonde Jean Santeuil

Albertine la libertine aime l' argent les bains de mer et le boeuf mode quelle idée le boeuf mode un boeuf à la mode il porte des jeans troués la barbichette et se pavane au faubourg Saint Germain à Saint Germain des prés ou sur les Champs Élysées où il a rencontré Céleste Albaret plutôt mal barré celui-là traine toujours du côté de chez Swann où se dandine un blondinet nordique qui pousse la chansonnette qui cherche toujours son premier amour je crois qu'il le cherche encore ma pauvre Albertine .

Pastiches ou postiches tout ça n'est que tromperie pour masquer sa médiocrité son manque d' imagination ou sa défaillance capillaire le défi étant de dissimuler au mieux ses faiblesses pour ne pas devenir le bouc émissaire de tous ces domestiques plus caustiques les uns que les autres qui passent leur temps pendant qu'ils astiquent à coup d' encaustique à nous debiner nous singer et nous cirer les pompes dès qu'ils voient pointer le bout de notre nez Monsieur a t il passé une bonne journée Monsieur a t il bien dîné Monsieur est fatigué un bon bain de mer lui serait salutaire et blablabli et blablabla bassesses de la jalousie du petit peuple pour moi Jean Santeuil marquis d'Auteuil et de Bolbec je n' éprouve aucune culpabilité à les mépriser

22 septembre 2020

Jacques, Marcel, Madeleine et les autres / Maryvonne

AEV 2021-02 Maryvonne Madeleine

Comme disait le grand Jacques à la recherche du temps perdu : « Chauffe Marcel ! ». Tire bien sur l'accordéon des phrases ou sur les phrases en accordéon, comme tu veux, donne leur du souffle, tu sais par contre que tes longueurs, quand elle les lira, vont mettre à mal l’asthme de tante Léonie qui te privera de goûter si elle a une crise qui la laisse pantelante, pourtant tu l'aimes ce goûter où tu attends madeleine, tu lui disais même des « Je t'aime » à madeleine mais victime de la phrase trop longue qui terrasse Léonie madeleine ne viendra pas. Donc tu ne vas pas aller au cinéma, il en découle le drame du coucher, tu dois y aller de bonne heure sans le baiser d'Albertine qui cherche la médecine adéquate pour tantine Léonie.

De ta chambre tu as une vue sur les bains de mer du plat pays et, juste comme un mât de cocagne, l'église des bourgeois se dresse vers les nuages. A travers la jalousie tu suis le soleil qui lui se couche selon un ordre bien établi comme dans les tableaux des peintres italiens, surtout au moyen-âge et tu te laisses aller aux rêves d'un jeune homme de ton âge, du côté de Rosa et des jeunes filles en fleurs. Tu n'es pas insensible non plus aux demoiselles du téléphone de la poste de Combray, tu ressens les signes obscurs de ta sexualité, tes sensations qui suivent, ne t'en fais pas, relèvent des lois humaines.

Au bout de cette nuit de plaisir que tu crois interdit tu rejoins les paumés du petit matin, le corps lourd et la culpabilité en impression sur les draps froissés. Homme-femme de qui as-tu rêvé vraiment ?

Tes longues phrases comme celles des vieux amants qui se sont parlé longtemps se sont enroulées dans ton cerveau prolixe, tu n'as plus qu'à y tremper ta plume alerte et faire vivre tes personnages. Vas-y bon train et surtout dis à ton imagination : « Ne me quitte pas !». 

22 septembre 2020

Le sale gosse a encore désobéi ! / Jean-Paul

200306 265 002

Longtemps je me suis privé du bonheur de farfouiller dans les boîtes de photos que ma grand-mère, puis ma mère, avait conservées dans le buffet, celui du couloir du 73 de la rue C.Q. qui avait déménagé avec elles dans la rue des Bleuets et s’était retrouvé, là-bas, dans le séjour au sol à damiers et à la tapisserie mauve. Il y en avait aussi, des photos, des albums et des cartes postales, dans la vitrine aux mignonnettes et aux poupées, elle aussi ramenée du 73 mais repositionnée rue des Bleuets dans le vestibule de l’entrée, à gauche.

A vrai dire, le mot bonheur est un peu excessif ici et quand on parle de photographie, les lieux de stockage n’ont pas d’importance ; cependant il faut bien, à un moment donné, qu’un archiviste vienne mettre de l’ordre et de l’information dans ce paquet de temps arrêté sur des petits carrés de papier glacé, aux bords dentelés, entourés de grandes marges blanches ou pas, un bloc de temps figé dans du sépia pour les plus anciennes, du noir et blanc pour la plupart et, quand il y a des couleurs, ce sont celles des photos prises au Polaroïd ou avec un Instamatic Kodak de qualité moyenne, certains tirages de format carré d’après des négatifs 4x4 ou 6x6 ayant même été agrémentés d’une photo bonus, cadeau fait à l’acheteur pour ne pas gâcher le papier qui se commercialisait au format rectangulaire de 8,9 x 12,7 centimètres.

Bien sûr, de par ma profession, ce rôle d’archiviste était taillé sur mesure pour moi, je n’ai pas rechigné à l’accepter, bien qu’on ne me demandât pas de le tenir et, à chaque fois que je le pouvais, j’interrogeais ma mère pour qu’elle cherchât dans sa très bonne mémoire qui étaient ces hommes et ces femmes immortalisés le jour de leur mariage ou posant dans un studio de photographe professionnel devant des décors peints ou des corbeilles de fleurs, ce qu’étaient devenues ces jeunes filles du groupe de danse, ces jeunes communiants, les gens qui se trouvaient avec la famille aux bains de mers à Bray-Dunes ou dans le camping de Berck-Plage et ces personnages sortis d’un roman de Modiano sur l’esplanade du Trocadéro à Paris avec la tour Eiffel en arrière-plan.

Je m’empressais de noter au dos des photos et au crayon de bois des prénoms et des noms et je peste aujourd’hui contre le manque de méthode, de sérieux, de volonté familiale de transmettre une histoire mise au propre de ces mêlages de clans : aucune de ces photos n’est datée, aucun négatif n’a été conservé, il n’y a pas de pochette du photographe et pas plus de récit de voyage pour ce qui est de ces albums dans lesquels on voit le métro de Moscou, le croiseur Aurore à Saint-Pétersbourg ou plutôt, vu la date supposée antérieure à 1989, Léningrad, on ne saura jamais rien de cette jeune interprète longiligne dont je me souviens juste qu’elle se prénommait Irina et avait accompagné mes grands-parents lors de leur séjour à Sotchi sur les bords de la mer Noire.

J’en viens à croire, et c’est une sensation qui m’emmène à la limite de la paranoïa, que mon grand-père a peut-être été, réellement, un espion du K.G.B. et que, si ces photos étaient restées muettes, enfouies, comme cachées au monde, c’est que toutes ces réminiscences de vie politique, syndicale et familiale étaient volontairement vouées à une nuit salvatrice. Procéder à leur publication demande peut-être de la hardiesse ou de l’inconscience ? Du plus profond des enveloppes dans lesquelles j’ai mis ces photos après les avoir rassemblées et classées par branche de la famille, par lieu, par période, toutes ces personnes semblent me rappeler à l’ordre :

« Ne nous oublie pas mais oublie-nous quand même ! N’écris pas sur nous ! Nous étions des gens simples, nos vies ne furent pas drôles, nous n’avions pas beaucoup d’argent mais nous avons veillé à ce que ton enfance soit heureuse malgré ton asthme ; tu n’as pas connu comme nous la cruauté de ces époques de la guerre et de son après, tu as reçu en suffisance des nourritures terrestres et intellectuelles qui t’ont permis d’avoir un métier correct, te voilà grand maintenant, tu trouves ton bonheur dans la musique, l’écriture et la photographie alors… laisse-nous en paix ! Publie tes aquarelles de Venise ou tes « Elucubrations d’un poète » sur internet si tu veux mais laisse dormir nos photos ; les publier relèverait de l’exhibitionnisme à peu de frais, nous avons droit au repos et au silence, prétendre le contraire relèverait de la cruauté. Et ne crois pas t’en tirer, pour contourner notre demande, avec cette phrase de Brassens extraite d’une chanson que tu n’as même pas mise dans ta guitare : énoncer que « les morts sont tous des braves types » ça sous-entendrait que nous ne l’étions pas, non ? Allez ! Pose ton stylo, sale gosse ! Ca fait une heure que tu joues à parodier Proust en faisant de trop longues phrases et le temps imparti aux écrivant·e·s de ton atelier d’écriture est écoulé ! ».

Vacances à Bray-Dunes 1955 02 réduite

22 septembre 2020

Saphisme / Eliane

René-François-Xavier Prinet (1861-1946), La plage de Cabourg

Albertine revenait des bains de mer où elle avait séjourné à Cabourg-Balbec, hâlée, incarnation de la beauté féminine qui descendait de sa toute nouvelle automobile et envoyait des baisers à Tante Léonie entourée des domestiques du Château engoncés dans leurs livrées et parfaitement immobiles à l'image du majordome tenant un bouquet de fleurs de bienvenue à la nouvelle arrivante.

Un valet sortit les malles du coffre de l'auto et une femme de chambre conduisit Albertine dans ses appartements aérés, astiqués, parfumés où Albertine, retrouvant la chambre de son enfance, se laissa choir sur le lit avec un soupir de bien-être qui ne dura qu'une minute, une domestique étant venue l'informer que le dîner serait servi dans une heure, il lui fallait donc se changer.

Albertine se demandait qui serait présent autour de la table, sans doute un jeune homme, bon parti, des environs, l'un de ces hommes que, s'inquiétant du célibat prolongé d'Albertine, Tante Léonie s'obstinait à lui faire rencontrer sans savoir, pauvre Tante Léonie, que sa nièce préférée avait plutôt du goût pour les femmes, que son cœur battait pour Céleste Albaret dont le sourire éclatant et le corps parfait éveillait chez elle de curieuses sensations qu'aucun bellâtre ne lui avait jamais fait éprouver et qui étaient promesses de plaisirs futurs.

Son homosexualité, Albertine la cachait du mieux qu'elle pouvait et, seules, quelques domestiques avaient découvert ce secret que, par compassion, elles se gardaient bien de divulguer faute de quoi, Tante Léonie se serait offusquée et aurait affirmé que quelques médecines sauraient venir à bout de cette déviance dont, de mémoire de châtelains, jusqu'à présent, nul n'avait jamais été atteint.

Albertine pensait qu'avec le temps il lui faudrait vivre librement sa sexualité et, pour ce faire, sans doute, s'éloigner définitivement de ce domaine, de ce pays, ce qui la faisait rêver de train en partance pour Venise ou plus loin vers l'île de Lesbos où Céleste ne l'accompagnerait pas puisqu'elle avait succombé au regard de braise et à la suave galanterie du beau Jacques Rivière ce qui rendait Albertine amère, constatant à ses dépens que la jalousie est un sentiment bien pénible à supporter.

Elle espérait simplement que le temps et l'éloignement viendraient à bout de ce chagrin et qu'elle pourrait effacer la douleur dans les bras de fraîches jeunes filles.

AEV 2021-02 Adrienne Albertine disparue

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22 septembre 2020

Chère Albertine / Adrienne

Chère Albertine, mon cher amour,

AEV 2021-02 Adrienne Albertine disparue 2

j’ai peur de manquer d’argent, d’abord parce que, comme tu le sais, mon art ne paie pas, mon travail sur Ruskin m’a coûté plus qu’il ne m’a rapporté, je suis le bouc émissaire de cet incompétent de Gaston Gallimard qui ne me fait signer que des contrats masochistes et prétend ne pas s’y retrouver dans mes paperoles – et je ne parle même pas de mes articulets d’une page dans le Figaro ou pour la Nouvelle Revue Française qui ne me valent que la compassion hautaine du Faubourg Saint-Germain – et d’autre part mon asthme me coûte fort cher, presque autant que mes sorties en automobile avec Agostinelli et mes bains de mer à Combourg ou Balbec, ce qui est d’autant plus absurde que je préfère de loin rester dans ma chambre et me faire soigner par Céleste Albaret et son fameux bœuf mode, avec de temps en temps une petite sortie sur les Champs-Élysées où je ne manque jamais de rencontrer Charlus en route vers une maison de passe ou quelqu’un du clan Verdurin pour m’entretenir de musique, de peintres italiens à la mode, de politique, de Dreyfus ou de philosophie, avec plus de snobisme que les domestiques de la famille de Guermantes – ce qui n’est pas peu dire, comme tu le sais – ou voir Georges Clemenceau s’essayer à la bicyclette, alors qu’il a trente ans de plus que moi, et je ne peux que regretter la cruauté du sort qui me donne un corps aussi peu fait pour les hardiesses sportives, les sensations fortes ou les prouesses que demandent la galanterie, les plaisirs et l’ivresse du libertinage, ce corps me donne au contraire des éternels sentiments de culpabilité, des ennuis avec les demoiselles du téléphone quand j’ai besoin de l’aide de la médecine, sans compter les drames du coucher que je vis chaque nuit depuis l’enfance, depuis mon petit lit de Combray chez ma tante Léonie dont les seules réminiscences positives sont celles de l’heure du goûter et de la petite madeleine, ce qui – ô ironie ! - va tout de même m’offrir la matière, le travail de mémoire, les noms de lieux et de personnages d’une œuvre à laquelle je réfléchis actuellement, dans le train qui m’emmène à Venise, pour me remettre de cet affreux duel sur le pré derrière l’église et des mensonges colportés à mon égard – m’accuser d’exhibitionnisme, moi qui n’ôte même pas mes vêtements pour dormir ou pour prendre un bain ! - c’est en de pareilles occasions que je me dis qu’il vaut mieux pour ma mère de n’être plus de ce monde, quel mal lui feraient ces phrases inspirées par la jalousie et ses tristes lois humaines, à Paris peut-être plus encore qu’ailleurs, selon mon impression… mais voilà que je te parle un langage qu’on n’utilise d’ordinaire pas avec les jeunes filles et je me promets de ne plus t’entretenir que de fleurs, de rendez-vous au Ritz et de ce petit voyage pour aller admirer le Vermeer de Delft – vision de rêve qu’il faut observer en vrai et pas en photographie - …

Remets mon bonjour à notre ami Charles Swann et dis-lui que ma prochaine publication est en route, dans laquelle j’espère faire mieux que mon Jean Santeuil ou Contre Sainte-Beuve, mieux que mes maîtres Flaubert et Dostoïevski, mille baisers de ton Marcel, futur prix Goncourt.

16 septembre 2020

Consigne d'écriture 2021-01 du 15 septembre 2020 : D'art d'art

D'art d'art !

 

« D’art d’art » est une pastille télévisuelle, d’une durée d’une minute, consacrée à l’analyse ou à l’histoire d’un tableau. On vous a distribué un fascicule de la série «Regards sur l’art». A vous de préparer au moins trois émissions en choisissant trois tableaux d'un même peintre sans vous servir du texte du fascicule. Car vous avez le droit de tout réinventer : le nom du peintre, le titre du tableau, la personne ou l’anecdote représentée. Réécrivez l'histoire de l'art!

Chacun de vos trois textes ne fera pas plus d’une page. Mais, comme d’habitude, vous êtes libre d’en faire autre chose du moment que vous écrivez ! 

15 septembre 2020

Les trois soeurs

Très cher ami

Je réponds avec plaisir à votre lettre de janvier où vous me parliez du désir de votre fils de trouver une épouse et de votre souhait de faire un peu plus connaissance avec mes trois filles pour envisager d’unir nos deux familles par un mariage. Ce serait avec grand plaisir que j’accorderais la main de l’une d’elles à monsieur votre fils au cas où il trouverait chaussure à son pied.
 
J’ai donc fait faire par un de mes amis qui est peintre trois portraits de mes filles qui vous donneront une idée de ce qu’elles sont : il faut dire que je suis un père très fier de ce qu’elles sont devenues.

AEV 2021-01 Anne 01 vermeerL’ainée de mes filles ressemble beaucoup à mon épouse par son physique mais elle a hérité de mes dons pour la musique, elle joue à l’oreille de n’importe quel instrument. Elle a pris quelques leçons de musique mais cela l’ennuie profondément de suivre une méthode et une partition. C’est absolument écœurant car, en quelques heures, elle peut vous charmer d’une délicieuse mélodie sur un instrument qu’elle ignorait le jour d’avant. 

Elle est gracieuse et son cou délicat met en valeur les bijoux et particulièrement les perles ; qui résisterait à l'envie d'embrasser ses joues roses et rondes comme des pêches ?

Son défaut ? Elle aime trop la bonne cuisine et vous devrez surveiller sa ligne. Par contre, ne comptez pas sur elle pour faire la cuisine, elle ne saurait même pas cuire un œuf.

2021-01 Anne 02 Lady_Writing_by_Johannes_Vermeer,_1665-6La cadette porte sur son visage toute son intelligence, regardez comme elle a un grand front. Avec elle c’est sûr, vos livres de comptes seront impeccablement tenus à jour, votre correspondance écrite sans fautes, d’une très belle écriture soignée car elle n’ignore rien de l’art des pleins et des déliés. Mais surtout elle écrit de délicieux poèmes et textes en prose qui vous charmeront. Elle ne vous ruinera pas en bijoux mais sera heureuse dans une maison bien chauffée car elle a toujours un peu froid.

 Et si vous voulez lui faire plaisir, il faudra lui construire une immense bibliothèque et la remplir de tous les livres et encyclopédies qui existent dans notre monde. 

AEV 2021-01 Anne 03 vermeer dentellièreEt voici ma petite dernière, ma perle, mon chef d’œuvre, à peine sortie de l’enfance et qui a, je vous l’avoue, toute ma préférence. Elle a gardé une allure enfantine mais c’est déjà une femme accomplie Elle excelle dans les travaux d’aiguille et ses doigts de fée font merveille. La broderie, la tapisserie la dentelle , tout lui réussit . Nous devons, ma femme et moi, freiner ses ardeurs en lui interdisant le travail le soir pour protéger ses yeux qui sont mis à rude épreuve. Vous ne serez pas ennuyé par son bavardage car elle est plutôt taiseuse mais quand elle parle ses propos sont toujours plein de sagesse.
Et, vous le voyez sur ce portrait, elle est encore bien timide.

J’attends avec impatience le verdict de monsieur votre fils pour que nous décidions d’une prochaine rencontre entre les deux fiancés et commencions à préparer la noce qui sera une fête mémorable, je l’espère pour nos deux familles.

Au plaisir de vous lire très bientôt , recevez , cher ami, 

Et patati et patata …

15 septembre 2020

D'art d'art. 1 / Jean-Paul

AEV 2021-01 JK La dame à l'hermine

Même si notre émission s’appelle « D’art d’art » et qu’on eût pu aussi la baptiser «Fit ça, fit ça», nous nous attardons aujourd’hui sur le «Portrait de la Duchesse de Clisson» peint par Arcimboldo de Loc-Envel en 1473. Cette œuvre est conservée au Musée des Beaux-arts de Rennes, bien au fond des réserves, et elle n’est pratiquement jamais montrée au public, exprès pour embêter les Nantais.

A l’époque où le siège du pouvoir breton se trouvait au château des ducs à Nantes le peintre Arcimboldo de Loc-Envel s’était fait une spécialité de représenter les nobles dames de la cour dans leur intimité quotidienne en compagnie de leur animal de (compagnie).

Il n’était pas question bien entendu d’entrer dans la chambre ou le cabinet de toilette de ces dames pour peindre Diane de Saint-Aubin avec son canard ou la baronne Line de Château-Renault avec son loulou de Poméranie mais sur ses tableaux dont le fond est généralement noir ou neutre on ne trouve que très peu de femmes aux bijoux, de croqueuses de diamants ou de porteuses de rubis sur l’ongle.

«Jamais Perrette n’est parée des habits d’apparat de Paris», cela appert ici avec cette petite robe simple aux manches échancrées, ornée d’une encolure carrée qui n’est pas sans rappeler, sur le devant du corsage, le costume folklorique des danseuses bigoudènes en un peu plus décoiffant.

Les motifs celtiques sont déposés sur un ruban brodé au côté droit de la duchesse, à gauche donc pour le regardeur.

La duchesse de Clisson tient dans ses bras son hermine domestique et, tout en dissimulant la queue noire de l’animal qu’on ne montre plus non plus depuis qu’on a rebaptisé les « Dix petits nègres » d’Agatha Christie, elle regarde quelque chose dans le hors-champ du tableau. Il se pourrait, d’après la critique d’art Adèle Van Reetha-Kouchovski, que ce tableau ne soit en fait que la partie gauche d’un diptyque. Arcimboldo de Loc-Envel a en effet également peint un portrait de Mnémosine, duchesse de Fougères, en compagnie de son animal favori, un éléphanteau acheté aux Galeries Démachine à Nantes. Cette version des faits est confirmée dans une chanson d’époque du griot africain Gilou Sasserva-Kwatoussa qui dit comme ça, je cite de mémoire :

La voilà la blanche hermine !
Vive la mouette et l’ajonc !
La voilà la blanche hermine !
Vive Fougères et Clisson !

15 septembre 2020

D'art d'art. 2 / Jean-Paul

Même si notre émission s’appelle « D’art d’art » et qu’on eût pu aussi la baptiser « Peins ! Ponds ! Peins ! Ponds ! », nous nous attardons aujourd’hui sur le tableau « Icare et sa cousine Germaine » peint par Arcimboldo de Loc-Envel en 1482.

AEV 2021-01 JK L'annonciation

Il s’agit d’une huile sur toile conservée dans l’église de Loc-Envel (Côtes d’Armor).

On observe sur cette toile très originale l’application d’un autre des concepts de ce peintre méconnu de l’Ecole de Bretagne. Le parti pris ici est de représenter une scène de la mythologie gréco-latine avec des personnages vêtus de costumes contemporains. On retrouvera beaucoup ce choix discutable dans le théâtre du XXe et du XXIe siècle et aussi dans certains tableaux surréalistes de René Magritte tels que « Jupiter a le melon » « La bouffarde à Maigret » ou « Voilà ! Voilà ! La Vénus de Milo n’a pas quatre bras !».

Ici le jeune Icare montre à sa cousine Germaine l’équipement dont il s’est doté pour voler ainsi qu’un oiseau : une paire d’ailes de faible envergure, une hélice sur le sommet du crâne et une cigarette d’eucalyptus qu’il tient entre l’index et le majeur.

Il est vêtu par ailleurs d’une robe-parachute rouge du plus bel effet et vient annoncer à sa cousine qu’il prendra son envol le mardi 22 septembre à 18 h 30 en compagnie d’oncle Dédale, les conditions astrologiques et atmosphériques étant parfaites ce jour-là en vue d’établir le premier record du monde de vol suspendu dans le temps.

Arcimboldo de Loc-Envel a très bien représenté la moue dubitative de la jeune fille et le pétillement du regard malicieux qu’elle porte sur son grand dadais de cousin bricoleur en lui susurrant mollement :

- Le 22 septembre, je ne peux pas venir vous regarder. A cette heure-là, d’après mon agenda que j’ai sous les yeux, je reprends justement mon atelier d’écriture à la Maison de quartier Georges Brassens.

C’est incroyable comme on pouvait déjà se foutre pas mal du 22 septembre, à l’époque !

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