Canalblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

L'Atelier d'écriture de Villejean

Publicité
4 novembre 2020

Consigne d'écriture 2021-06 du 3 novembre 2020 : Le Jacquot de Monsieur Hulot

Le Jacquot de Monsieur Hulot

 

Il s'agit d'un livre magnifique signé de David Merveille, un artiste bruxellois. Il emprunte à Jacques Tati le personnage de Monsieur Hulot et le repositionne dans une histoire en onze tableaux. Chaque tableau pourrait être lui-même considéré comme un gag en deux images puisque la partie droite du livre se déplie et découvre ainsi une nouvelle double page.

Voici cinq de ces diptyques. 

Vous en choisissez un et vous racontez les souvenirs que vous avez de votre oncle, Monsieur Hulot (il n'a pas de prénom), en utilisant au maximum les éléments des deux images. Dites-vous que votre lecteur ne verra pas les deux images.

Votre texte doit débuter par "Mon oncle" ou par "Je me souviens".

Vous pouvez cliquer sur l'image pour l'agrandir et voir tous les détails.

1) Le réveil de mon oncle

Réduit Hulot et son jacquot 01 A Le Réveil de mon oncle

Réduit Hulot et son jacquot 01 B Le Réveil de mon oncle
2) La maison de mon oncle

Réduit Hulot et son jacquot 02 A la Maison de mon oncle

Réduit Hulot et son jacquot 02 B La Maison de mon oncle
3) Mon oncle traverse la fête

Réduit Hulot et son jacquot 03 A La Fête foraine

Réduit Hulot et son jacquot 03 B La Fête foraine
4) Mon oncle est perdu dans la ville

Réduit Hulot et son jacquot 04 A Perdu dans la ville

Réduit Hulot et son jacquot 04 B Perdu dans la ville
5) Jacquot s'est envolé !

Réduit Hulot et son jacquot 05 A Le perroquet envolé

Réduit Hulot et son jacquot 05 B Le perroquet envolé

 P.S. Un conseil d'ami : dès que possible, allez acheter ce livre
dans une librairie et offrez-le pour la Noël !

Publicité
3 novembre 2020

Mon oncle se réveille / Eliane

Ouf, voilà, cette journée est terminée ! Après un dernier regard par la fenêtre sur la ville endormie, mon oncle éteint le plafonnier.

Il a laissé sur la petite table ronde les reliefs de son premier repas de célibataire. C'est vrai qu'il n'est guère habitué à faire la vaisselle. Il s'apprête à se mettre au lit dans l'étroite couche de la pièce.

Il est vraiment las, mais il n'arrive pas à dormir. C'est tellement confus dans sa tête. Comment peut-il se retrouver seul dans ce minuscule studio où il ne peut faire plus de trois pas dans un sens et trois pas dans l'autre ?

Il a dû quitter son beau pavillon de banlieue avec jardin, chien et femme.

Sa femme justement, ma tante, qui l'a tout simplement fichu dehors, pourquoi ? Elle a dit qu'elle n'en pouvait plus de le voir affalé dans le canapé, fumant sa pipe devant la télévision en jogging et charentaises. Tout de même il aurait pu l'aider ! 

AEV 2021-06 Eliane - brassens-vélo

A cause du confinement et autres mesures de restriction, la boîte où travaillait mon oncle avait dû licencier une grande partie de son personnel. Mon oncle en faisait partie.Depuis qu'il ne travaillait plus, il ne faisait plus rien. Même ses balades à bicyclette ne le tentaient plus.

Ma tante fulminait, rageait. Elle, elle travaillait à l'hôpital du matin au soir pendant de longues heures. Et quand elle rentrait c'était pour constater que son époux n'avait même pas vidé le lave-vaisselle.

Elle ne demandait pourtant pas la lune mais un coup d'aspirateur aurait été le bienvenu. Alors ouste, dehors ! Va traîner ta flemme ailleurs !

Mon oncle cherchant le sommeil ne comprenait pas vraiment. Il ne se sentait pas coupable, plutôt incompris et injustement puni.

***

Après une nuit agitée mon oncle se réveille juste au moment où l'astre du jour apparaît au-dessus des toits. Son minuscule studio est vraiment très haut perché. Une longue journée s'ouvre devant lui dont il ne sait que faire.

Il arrose ses deux plantes vertes et réfléchit en prenant son petit-déjeuner. Le plus urgent serait de prendre une douche. Il ne va tout de même pas traîner toute la journée en pyjama ?! Et puis faire enfin la vaisselle car sinon il risque assez vite de manquer d'ustensiles. Il aurait bien été au restaurant pour éviter cette corvée, malheureusement ils sont tous fermés afin d'éviter la propagation du virus.

Mais ensuite ? Son tuba, sur le rebord de la fenêtre l'appelle. Un peu de musique lui ferait du bien. Mais à cette heure encore matinale les voisins risquent de lui tomber dessus.

AEV 2021-06 Eliane - Magritte - Le temps menaçant

Alors, faire un tour à pied. Vu de la fenêtre, en contrebas, ce n'est guère encourageant. Des trottoirs, encore des trottoirs, Pas un espace vert, pas une seule vitrine pour arrêter le regard. Même sous le soleil tout paraît uniformément gris. Et puis un kilomètre, cela ne permet pas les longues escapades pour tenter de trouver mieux.

Un coup d'oeil à son vélo sur le mur près de la porte d'entrée. Une balade à vélo ?

Nouveau coup d'oeil vers les rues en bas de l'immeuble. Il y a des pistes cyclables, mais les voitures roulent très près, frôlent les cycliste téméraires. Mon oncle hésite. Il ne va tout de même pas baisser les bras, lui qui, un jour, pour épater une copine, a roulé sur un fil à linge étendu entre deux derniers étages d'immeubles.

AEV 2021-06 Eliane - brassens-perroquetIl envisage donc le vélo. Un kilomètre autour de chez lui, il va lui falloir faire des tours et des tours. Non-familier des lieux, il va sûrement se perdre, il est coutumier du fait. Il se raisonne : cela lui permettra de connaître le quartier.

Il allume sa pipe. Il se sent seul. Jacquot lui manque. Jacquot qui s'est enfui. Là non plus il ne comprend pas pourquoi Ils étaient si bien ensemble. Il était bien traité, même dorloté.
Jacquot lui manque et ce n'est pas le crocodile vert sous son lit qui risque de le remplacer. Ce n'est qu'une peluche.

Songeur mon oncle tire sur sa pipe. Ça y est sa décision est prise. Il va prendre l'air, à vélo. Outre la bicyclette il lui faut un masque, une attestation. Et vogue la galère !

3 novembre 2020

Tatie et Tonton / Raymonde

AEV 2021-06 Raymonde - Tatie Roberte

J’ai dix ans, ma mère m’a confié à Tata Roberte pour qu’elle m’emmène à la ducasse.

Elle est tristounette, tata Roberte, c’est une corvée pour elle de me traîner mais ma mère dit que ça la fait sortir, ça lui donne l’occasion d’aller chez le coiffeur pour sa permanente et de mettre ses chaussures à talons.

- Tatie, Tatie ! Regarde le monsieur sur son solesque !

- Son solex, mon chéri !

- Ah ? Bon ! Dis, Tatie, pourquoi t’as pas ton max ? T’es une personne à rixe, non ?

- Vois-tu, ce monsieur sur son solex, c’est ton oncle, monsieur Hulot. C’est un original, il travaille au fisc, ton père a une dent contre lui, le redressement fiscal l’a mis sur les ménisques.

- Les ménixes, c’est des copains d’Obélisque ?

- Mais non ! Ca l'a mis à genoux, sur les rotules !

- Je comprends rien ! Pourquoi il nous fixe ?

- Et le voilà tout guilleret qui vient faire le guignol à la fête foraine ! Et, radin comme il est, il ne va pas dépenser un centime pour t’offrir une glace ou une gaufre !

- Eh, il y a un ballon Félisque le chat ! Tu me l’achètes, s’il te plait ?

- Non, c’est trop cher !

« Toi aussi t’es radine !», que je pense très fort.

Je lâche la main de Tata Roberte et me dirige en courant vers le manège. Tonton Hulot attrape la queue du singe.

- Et un tour gratuit ! Un! Il est pour toi, petit bonhomme !

AEV 2021-06 Raymonde - Manège

Me voilà embarqué sur le solesque pour un tour et puis deux et puis trois. Je m’amuse follement ! Tata Roberte est repartie et m’a laissé en plan avec Tonton. Il se gratte la tête.

- Hum ! Me voilà perplesque, mon petit bonhomme. Qu’est-ce que je vais faire de toi, gamin ? 

AEV 2021-06 Raymonde - Félix

- Ben, me ramener chez moi !

- Où habites tu ?

- 7, rue de la Gabelle !

-Ah non ! Pas question ! Je… je n’ai pas le temps et puis mon solesque ne va pas tenir jusque là !
- C’est parce que t’as mis papa sur les ménixes ?

- Je vais te déposer au coin de ta rue et tu rentreras tout seul chez toi.

- Dis, Tonton, on se reverra ?

Mais je ne l’ai jamais revu. C’est resté un magnifique souvenir et je sais d’où je tiens mon défaut de prononciation !

Et pas question d’aborder le sujet de Tonton et son solesque avec mon père !

 

3 novembre 2020

Mon tonton / Raymonde

AEV 2021-06 Raymonde - Mon tonton

Mon tonton est un original.
Il habite une maison spéciale.
Il a tendu un fil d'acier
Pour mettre son singe à lécher !

- Monsieur Hulot, je vais me fâcher !
Lui dit sa voisine outrée
Vous êtes d'une vulgarité ! ».

- Veuillez m'excuser :
Ma langue a fourché !
Ne faites pas la tête,
Tous les jours, c'est jour de fête !"

Pour fuir la maréchaussée
Qui refuse qu'à plus d'un kilomètre
Vous alliez
Avec votre auto-autorisation
Et que de chez vous, vous vous absentiez
Plus d'une heure, sinon attention
"CONTRAVENTION !"
Il a décidé de les défier.

Hulot et son jacquot 02 C la Maison de mon oncle partie gaucheIls ne vont pas se méfier
Et l'attendre bien cachés.
Mais lui, il est haut perché :
Sur son solex, il va traverser.

Et il réussit à leur échapper
Pour une bien belle virée
La tête dans les nuages.

Ils sont cinq dans les embouteillages
Cinq silhouettes toutes noires.

- Messieurs les agents, à ce soir !
Je vais la ville sillonner
En sifflant et m'amusant
Pendant que vous vous intoxiquez
Aux gaz d'échappement !

Prendre de la hauteur
Face à une situation insensée
Est le moyen le plus sensé
De résister à la morosité
De garder sa bonne humeur
Et voir la vie en couleur !

3 novembre 2020

Mon oncle / Anne J.

Je me souviens de mon oncle et de son étrange habitation. Je crois que j'avais 10 ans lorsque mes parents me l'ont montrée, un dimanche soir que nous revenions de notre promenade sur le bord de mer. Mon oncle ne descendait jamais de sa maison perchée et si j'en avais entendu parler, je ne l'avais jamais vu qu'en photo, quand il était petit garçon. On m'avait raconté que le jour de ses 20 ans, il s'était installé là-haut et que depuis personne ne l'avait vu de près. La maison était perchée au sommet d'un immeuble de trois étages, un immeuble banal avec des volets verts. Elle était assez trapue avec une véranda sur le côté et semblait assez ordinaire.

Mais moi, j'avais vu la maison du capitaine dans le film de Mary Poppins et j'imaginais mon oncle avec une longue vue, pour guetter les bateaux sur la mer, ou peut-être pour observer les passants ou dénoncer les voleurs qui en voulaient à la banque de la rue d'en face. Je l'imaginais plus ou moins comme le capitaine Haddock, vêtu de bleu marine avec une grande barbe, une pipe et sa casquette vissée sur la tête, vociférant des jurons et coinçant sa barbe dans la fermeture éclair de son blouson. 

AEV 2021-06 Anne - Phare de mean ruz

Plus tard, je découvris le capitaine des « Enfants du capitaine Grant » et celui du Nautilus, Nemo et je rêvais de mon oncle faisant sortir un périscope par le trou de sa cheminée pour tout voir sans être vu.

L'année de mes 15 ans, je tombais brutalement dans une phase mystique et je découvris la tour de Babel, cette étrange construction humaine qui voulait tutoyer Dieu et les nuages. Et là, mes parents m'apprirent que mon oncle passait ses journées à apprendre toutes les langues du monde : il en parlait couramment douze et en comprenait 47. Son objectif était de parler les 650 langues connues dans le monde, il avait encore de la marge, mais après tout il n'avait pas encore 50 ans !

Et ensuite ? Il ne lui resterait plus qu'à rejoindre le ciel pour en parler avec Dieu !

AEV 2021-06 Anne - Les-monastères-des-Météores,-une-visite-incontournable

Mon premier voyage d'adulte me conduisit dans le Nord de la Grèce, dans les montagnes où l'on trouve ces étranges monastères perchés sur des pitons rocheux et où vivent des anachorètes, ces ermites barbus et dépenaillés qui montent un jour par une échelle et la détruisent pour ne pas êtres tentés de redescendre. On leur apporte les vivres dans un panier, ils remontent le tout avec une corde et une poulie et hop, le tour est joué. Tous mes copains de voyage étaient ébahis mais moi, pas du tout. Vous savez, leur ai-je dit, j'ai un oncle qui vit comme ça en pleine ville depuis avant ma naissance, alors !

AEV 2021-06 Anne - teckelAussi quelle ne fut pas ma stupéfaction, quand ce matin-là, en allant chercher mon journal, j'ai levé machinalement les yeux vers le phare de mon oncle et que je l'ai aperçu, devant sa porte d'entrée, un vélo à la main. Pour descendre de son pigeonnier, il y avait un grand escalier, sur 3 étages, c'était la solution la plus simple. Mais c'est alors que j'ai vu ce qui donnait à mon oncle, cette mine terrifiée : un minuscule teckel était sur la dernière marche en bas et aboyait de toutes ses forces en montrant les dents. Or le peu que je savais sur mon oncle tenait en une phrase : il avait toujours eu les chiens en horreur et les craignait plus que tout. C'est alors que je l'ai vu monter avec sa bicyclette sur le fil à linge de sa voisine et regagner la colline en face.

Et j'étais tellement stupéfaite que je n'ai pas vu le réverbère et que je me suis fait la bosse du siècle.

Pourquoi mon oncle avait-il décidé de redescendre dans le monde d'en bas ?

Eh bien, vous ne me croirez pas quand je vous dirai qu'il avait entendu à la radio que le magasin du bout de la rue faisait une promotion exceptionnelle sur les bananes bio.

Et mon oncle était fou des bananes !

AEV 2021-06 Anne - Joséphine Baker 100% bio

Publicité
3 novembre 2020

Mon oncle, Monsieur Hulot / Dominique H.

AEV 2021-06 Dominique - Villa Arpel 1Mon oncle est atypique et peu fréquentable, enfin c'est ce que dit mon père de son beau-frère. Maintenant que j'ai dix ans et que je le connais depuis deux ans, je me rends compte de tout ce qui sépare ces deux personnes : un univers, rien que ça, et celui de mon oncle m'intéresse bien plus que celui de mes parents, voilà, c'est dit.

Longtemps mes parents, sous prétexte de me protéger de « sa folie », m'ont caché l'existence de Monsieur Hulot, mon oncle. C'est le frère officiel de ma mère bien que je soupçonne quelques différences dans leur ADN d'origine. J'ai appris depuis que feu ma grand-mère maternelle pouvait avoir la cuisse légère. Mais comme cet homme original et inattendu n'en fait qu'à sa tête, il décida un jour de sonner à la Villa Arpel, notre très belle maison d'habitation à Neuilly. J'avais alors huit ans et AEV 2021-06 Dominique - Villa Arpel 2je m'ennuyais, seul ce jour-là comme bien souvent, mon père passant ses journées dans le bureau de PDG de son usine de plastiques et ma mère étant partie place Vendôme ou avenue des Champs-Élysées troquer l'argent du plastique contre quelque quincaillerie de luxe. Elle m'avait quitté d'un semblant de rapide câlin ponctué de l'injonction habituelle de n' ouvrir à personne.

Je me souviens bien de ce coup de sonnette qui me tira presque définitivement de ma mélancolie. L'écran du visiophone me révéla un personnage étrange : un chapeau vert, une pipe, un nœud papillon, surtout une tête montée sur roulement à billes avec un périmètre de rotation de près de trois cents degrés. En appuyant sur « mode grand angle », je découvris son allure générale : grand, très grand, un imperméable mastic trop court, de même que son pantalon qui laissait voir des chaussettes rayées, des bras trop longs, des jambes trop longues. Le tout donnait à cet individu bizarre un air de grand échalas, un peu penché en avant, en appui sur le guidon de son solex et pour compléter cette vision surréaliste, un perroquet en cage trônait sur le porte-bagages.

AEV 2021-06 Dominique - x1080

AEV 2021-06 Dominique - 838_mon_oncle_13- Monsieur Hulot ! » s'annonça-t-il. Ce nom ne m'évoquait personne. Il semblait décidé à attendre qu'on lui ouvre. Il tournait la tête à droite, la retournait à gauche, tirait sur sa pipe, en expirait des bulles, parlait à son perroquet. C'en était trop, il m'intriguait et malgré l'interdiction de mes parents, je ne résistai pas à l'envie de lui ouvrir, d'autant plus que cette étrange personne me semblait justement être quelqu'un ! Il pénétra dans la propriété sous la surveillance des diverses caméras à micros directionnels disposées dans tous les coins. Il béquilla son solex avant de libérer son perroquet qui se posa aussitôt sur son épaule gauche. Le mécanisme de bienvenue du faux dauphin de notre bassin les salua en crachant son jet d'eau turquoise parfumé aux algues. Monsieur Hulot sursauta, s'arrêta, hocha la tête, leva les yeux au ciel en vissant son index sur sa tempe droite et déclara, en s'adressant à l'oiseau :

- Tu vois, Jacquot, il paraît que ce signe extérieur de richesse symboliserait le progrès ! Les propriétaires de la Villa Arpel, ma sœur et son mari, sont des adorateurs du dieu « Moderne ». Ce nouveau dieu, né outre-Atlantique, nous contamine à vitesse V, mais, comme tu le sais, Jacquot, je suis entré en résistance ».

- Okay Man ! » répondit le volatile.

AEV 2021-06 Dominique - 41t4y2sSFgL

C'est alors que je me risquai à ouvrir la porte d'entrée. S'attendant à voir sa sœur, Monsieur Hulot fut surpris de me découvrir.

- Tiens, Jacquot, je te présente mon neveu ! Je connaissais son existence, mais c'est la première fois que je le vois, c'est un événement pour moi. Mon neveu, je te présente Jacquot, mon agréable compagnon anglophone, et je suis ravi de découvrir enfin ta bobine.».

Je me souviens que j'étais sans voix, sous le choc de découvrir que j'avais un oncle et quel oncle ! Les codes sociaux que mes parents m'avaient inculqués ne me semblaient pas du tout adaptés à un échange avec cet extra-terrestre dégingandé, à des années lumières de mon microcosme. Monsieur Hulot vint alors à mon secours :

- Serais-tu muet, mon neveu? Ou serait-ce simplement que je te mets dans l'embarras ? Nous allons en rester là pour aujourd'hui, mais j'ai vraiment envie de te revoir, ne serait-ce que pour te faire sortir de ce bunker. Je te propose un code secret : je vais revenir bientôt, mais je ne tiens pas à tomber sur tes parents. Alors quand tu seras seul chez toi, désormais, tu mettras un tissu vert à la fenêtre de ta chambre à l'étage. Je passerai régulièrement et lorsque je le verrai de la rue je saurai que je peux sonner.»

La parole me revint un peu :

«C'est entendu, Monsieur Hulot. Je ferai ainsi. J'ai été ravi de faire votre connaissance et j'espère vous revoir bientôt !».

- Ah enfin j'entends le son de ta voix et je décèle dans ton intonation le formatage avancé d'une pseudo bonne éducation ! Il est grand temps que je m'en mêle ! Tu vas me revoir, je te le dis !». Et après avoir tiré la langue au dauphin cracheur automatique, le voilà reparti sur son solex, Jacquot dans sa cage sur le porte-bagages.

AEV 2021-06 Dominique - Tati nuitJ'étais sidéré mais j'ai eu la présence d'esprit d'effacer l'historique du visiophone, pressentant que mes parents s'opposeraient à la poursuite de cette aventure débutante et déjà grisante pour l'enfant BCBG que j'étais. Quand ma mère revint, je faisais tranquillement mes devoirs dans ma chambre.

Ma double vie commença et mes résultats scolaires s'en ressentirent, dans le mauvais sens évidemment. Mes parents furent convoqués et je laissai les adultes se dépatouiller avec cette situation déshonorante pour eux. Ils eurent l'idée d'embaucher un professeur particulier mais je m'enfermai dans ma chambre, refusant de le voir. La semaine suivante je montai d'un cran en affublant l'homme de noms d'oiseaux. J'entendis ma mère se confondre en excuses auprès de lui puis proférer la menace suprême à mon égard :

- J'en parle à ton père ce soir ! ».

Le conseil de famille se passa sans moi et le lendemain matin mon père m'attendait au petit déjeuner pour m'annoncer solennellement la sentence :

- Nous avons décidé, ta mère et moi, de te faire consulter un psychologue.».

Chose dite, chose faite et un rendez-vous fut pris dans la semaine auprès d'une psychologue réputée de Neuilly.

AEV 2021-06 Dominique - psychologue-phrase-drole-super-pouvoir-cadeau-t-shirt-femmeElle me reçut seul, déclarant à ma mère dépitée mais néanmoins souriante que « à dix ans on est grand » ! La porte refermée, elle m'assura sans attendre de la confidentialité de nos échanges. Cette entrée en matière favorisa bien entendu la magie du transfert. Rapidement je compris que je pouvais faire alliance avec elle et je m'ouvris sans détours de ma tristesse de fils unique élevé dans une prison dorée et de ma vie scolaire bien rangée dans une école d'enfants de riches. Je lui révélai bien sûr le secret de famille entourant mon oncle sulfureux. Elle m'écouta et grâce à la bouffée d'oxygène mental de ces séances hebdomadaires, mes résultats scolaires s'améliorèrent, ma mère reprit ses virées dépensières et ma fenêtre de chambre s'orna dès que possible du tissu vert.

Alors ma double vie commença en compagnie de Monsieur Hulot que j’appellerais bientôt «Mon oncle» autant par respect que par affection et aussi par logique puisqu'il persista à m'appeler «Mon neveu». Selon notre code, il arrêtait son solex dès qu'il repérait le signal vert, boycottait le visiophone mouchard, lui préférant sa trompette ; je me précipitais alors pour m’installer sur le porte-bagages et nous démarrions en trombe avec un « Roulez, jeunesse !» qui deviendrait rituel.

AEV 2021-06 Dominique - tati-mon-oncle-maisondetatiA notre première fugue, il me fit les honneurs de son appartement de banlieue ou plus exactement de sa maison sur les toits. Il louait une sorte d'atelier d'artiste au dernier niveau d'un immeuble de trois étages, à Clamart. A peine arrivés au bas de l'immeuble, le solex béquillé, je vois mon oncle lever les bras pour atteindre la rambarde d'escalier du premier étage. Il en décrocha deux mousquetons attachés chacun à une corde d'escalade, puis arrima le premier crochet au guidon du vélosolex et le second au porte-bagages. Les deux cordages libres sur deux mètres se réunissaient ensuite en un seul relié à une poulie, elle-même fixée solidement sur la balustrade de la terrasse du dernier étage. C'est avec émerveillement que je vis le solex s'élever dans les airs et s'arrêter au dernier étage. Mon oncle se contenta alors de lever les bras pour accrocher l'anneau terminal du cordage dans un troisième mousqueton fixé à un barreau de l'escalier au premier étage. Quel choc de culture pour moi qui n'avais connu depuis ma naissance que high- tech et automatismes !

AEV 2021-06 Dominique -chambre Hulot

Après avoir monté les marches quatre à quatre et avoir ouvert la porte de son royaume, mon oncle se courba cérémonieusement devant moi et m'invita à entrer dans sa pièce unique. Rien à voir avec une caverne d'Ali Baba : la lumière entrait par la verrière qui ouvrait sur une terrasse, la vue dégagée plongeait sur les toits et aussi sur une fête foraine, la pente lambrissée des toits donnait à la pièce une ambiance cosy, les meubles se réduisaient à l'essentiel ; le lit semblait trop petit pour le grand homme, une cafetière émaillée à pois décorait la table centrale, sur une étagère quelques livres, au sol un arrosoir près de deux plantes vertes, à côté une trompette, au mur un tableau représentant un joyeux facteur dégingandé tenant son vélo un jour de fête, sous le lit une valise et un crocodile à roulettes, près du lit un dé rouge à quatorze faces, gros comme un ballon. Deuxième choc de culture : pas de robot, pas de formica, pas de télévision mais une fantaisie spartiate qui m'était totalement inconnue et qui me ravissait. J'en avais plein les yeux ! Mon oncle coupa court à mon étonnement émerveillé :

- Bon, c'est tout pour aujourd'hui, je te ramène vite fait, en espérant que ta mère traîne encore dans les boutiques. ».

« Bis repetita placent », le solex entreprit sa descente puis, à peine installé à califourchon sur le porte-bagages, j'eus juste le temps de m'accrocher à la selle avant le démarrage en trombe et le « Roulez, jeunesse !» direction Villa Arpel.

Dépose brève :

- Salut, mon neveu, au prochain signal vert ! ».

Ouf, ma mère n'était pas encore rentrée ! Je montai aussitôt dans ma chambre pour ouvrir mon livre de physique avec l'idée de confronter la poétique de la poulie aux lois de la mécanique. Ne dit-on pas que les voyages forment la jeunesse ?

Ce jour-là j'avais visité un petit coin de banlieue et découvert le monde stupéfiant de mon oncle extraordinaire, un monde qui me faisait rêver. De surcroit, chaque semaine, j'avais le plaisir de faire le récit joyeux de mes escapades clandestines à ma psychologue complice. Ces séances neutralisaient ma culpabilité d'enfant sage. Mes parents payaient, mes professeurs me félicitaient et je sentais chez mon oncle une vraie jubilation. Tout était pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Ce qui devait arriver arriva : un jour ma mère rentra avant moi. Evidemment, avec mon oncle, nous nous étions préparés à cette éventualité : quand je partais, je laissais un mot d'excuse sur la commode de l'entrée : « Ne t’inquiète pas, Maman, je vais à la bibliothèque municipale chercher un livre pour un exposé que j'ai à faire sur l'époque paléolithique » et j'avais toujours dans mon petit sac à dos un livre que mon oncle m'avait offert sur « Homo Sapiens, notre ancêtre », un vaste sujet qui pourrait servir plusieurs fois si besoin. Nous avions répété la scène tous les deux et j'étais au point. Ce fut d'ailleurs très simple : ma mère, satisfaite de mes résultats scolaires, jeta un œil distrait à l'ouvrage, passa sa main manucurée dans mes cheveux avant de m'expédier dans ma chambre :

AEV 2021-06 Dominique - itw-deschamps-tati,M136026- Ah mon grand garçon studieux ! Allez, file travailler ! Tu nous feras la lecture quand tu auras fini, ton père sera fier !».

Evidemment, l'exposé sur la chasse aux mammouths laineux était déjà prêt mais j'étais certain que mes parents oublieraient vite cette histoire d'exposé, rassurés qu'ils étaient par ma brillante scolarité retrouvée.

Ma belle vie de neveu heureux continua, mon oncle m'apprit à prendre le bus 189 qui m'amenait de Neuilly à Clamart pour rejoindre ses combles enchantés et enchanteurs. Grâce à lui j'étais devenu expert en excuses vraisemblables. Nous ridiculisions en secret mes parents et je racontais ensuite tout ça à mon autre amie, ma psychologue préférée que mes parents continuaient à bien payer pour leur plus grand soulagement. Tout lunaire qu'il fût, mon oncle était un bricoleur de première et il se délectait à me révéler les secrets de ses systèmes divers et variés. Il était passionné par les gorges des poulies et la démultiplication des forces : va-et-vient de fil à linge, treuil pour monter les courses. Il m'avait même fabriqué une tyrolienne pour rejoindre le trottoir d'en face ! Son monde me grisait !

AEV 2021-06 Dominique - DoisneauJe l'aimais, il m'étonnait, il faisait sérieusement des choses pas sérieuses, il éclairait ma vie. Je l'adorais tellement que je me mis à avoir peur de le perdre. Le succès de ses poulies magiques lui tournait parfois la tête, son cerveau était souvent en ébullition et je sentis comme une escalade dangereuse. Il se persuada de pouvoir régler tous les problèmes de sa vie grâce aux poulies et je le trouvais trop bizarre quand, me prenant à témoin, il répétait sans cesse :

- Tu vois, j'ai le génie des systèmes ! ».

Ainsi, un jour de trafic intense, une situation qui le stressait beaucoup et qu'il ressentait comme une entrave à sa liberté, il me proposa un raccourci dont le risque fatal m'apparut aussitôt : il projetait de nous élancer du troisième étage avec son «solambule», à toute vitesse sur son fil à linge, pour rejoindre l'autre côté de la rue ! Je refusai tout net, je n'avais pas du tout envie de mourir maintenant que ma vie était devenue intéressante ! Que pouvais-je faire pour le détourner de ce projet délirant ? J'étais désemparé, désespéré, il fallait absolument le dérouter et vite ! Il s'agissait d'une urgence vitale ! Je m'entendis débiter :

- Mon oncle ! C'est grave, j'ai oublié mon rendez-vous chez ma psychologue, c'est dans quarante-cinq minutes, il faut absolument que vous m'accompagniez, dix kilomètres à solex en prenant les trottoirs c'est jouable ! »

AEV 2021-06 Dominique - tati-mon-oncle-solexEt je dévalai les escaliers sans attendre la réponse. Le solex suspendu dans les airs descendit aussi vite que moi. J'avais tenté le pari qu'une virée transgressive sur les trottoirs amuserait le grand homme. Pari gagné, le solex toucha le macadam avant moi, je sautai sur le porte-bagages et bientôt le moteur vrombit accompagné du familier « Roulez, jeunesse !».

Toute ma vie je me souviendrai de ce trajet trépidant Clamart-Neuilly. Secoué sur le porte-bagages, agrippé à mon oncle, je me voyais déjà faire les présentations et confier mon grand souci à ma bonne fée, j'étais certain qu'elle saurait que faire, qu'elle trouverait un système à elle.

Voilà, nous sommes arrivés, le solex se gare devant la plaque en cuivre de ma psychologue, je donne la main à mon oncle, je sonne... C'est maintenant une histoire de grands et moi je n'ai que dix ans. 

 

3 novembre 2020

Démon et Merveille / Jean-Paul

AEV 2021-06 Jean-Paul - souris

Mon oncle est comme ça. C’est un distrait. Il ne s’est pas rendu compte, le jour où il a fait l’acquisition de son perroquet Jacquot qu’une gigantesque faille avait eu lieu dans le continuum spatio-temporel. Et pourtant, dès le matin au réveil, le responsable de l’accident était sous son nez : Dieu avait pris la forme d’une souris blanche échappée de son laboratoire de Wuhan en Chine où Il avait, une fois de plus, fait une expérience qui avait mal tourné.

A la décharge de Monsieur Hulot, mon oncle, il faisait encore noir dans l’atelier de peintre qui lui servait de logis. Quand Tonton avait appuyé sur l’interrupteur, le monde au-dehors s’était allumé et Dieu avait émis un tout petit «kwiiiik » ce qui signifie « Agence Fiat Lux » en langage de souris chinoise et est la formule magique pour disparaître sous un tuba qui, lui, s’était échappé d’un tableau de René Magritte. 

AEV 2021-06 Jean-Paul - 02 Trombone

***

AEV 2021-06 Jean-Paul - descheinsIl faisait très beau ce jour-là. Après la douche et le petit-déjeuner, Tonton s’est quand même étonné, en refaisant son lit, de découvrir cette affichette « Les Deschiens » qui n’était pas là la veille. Sous cette seule inscription un cabot vulgaire, chien blanc à oreilles noires, un de ces bâtards faméliques comme il y en avait en bas de chez lui, urinait dans un pot de fleurs devant le volet roulant métallique d’un commerce parisien classique. « Non mais dis ! » a pensé mon oncle puis il n’y prêta plus attention car mon oncle, à l’instar de certaine fourmi, n’est pas prêteur. Il enfila donc son imperméable, prit son parapluie, mit son chapeau, bourra et alluma sa pipe et sortit. Il démarra son Solex et, perché sur le fil à linge tendu entre son troisième étage et le parc des Buttes Froidmont, il traversa la rue en mettant K.O. les lois de l’équilibre. Mon oncle n’est pas prêteur mais il est un peu acrobate voire funambule.

***

AEV 2021-06 Jean-Paul - téléphone

Et puis mon oncle a traversé la fête foraine franco-belge déjà fort fréquentée à cette heure matinale. Il ne s’est pas étonné plus que ça de voir monsieur Schmütz et le marchand de glaces régler leurs affaires en parlant dans un téléphone sans fil ! Il ne s’est pas demandé non plus ce que fichait là l’image de Bob l’éponge, une série télévisée de 1999, dans son paysage de 1958. Mon oncle est un obsessionnel pas vraiment multitâches, à part quand il met les pieds dans un pot de peinture. Quand il a décidé d’aller s’acheter un perroquet, il va s’acheter un perroquet et rien ne le distrait de sa tâche, ni mufti, ni multi.

***

Sauf qu’en revenant du quai de la Mégisserie avec Jacquot bien attaché sur le porte-bagages, mon oncle a traversé un drôle de parc. Un étudiant à bésicles, assis sur un banc à côté d’un papy ronfleur tapait sur une machine à écrire ultraplate ornée d’une poire et d’un écran multicolore. Un réparateur énervé bricolait une fontaine en forme de poisson exactement semblable à celle de son beau-frère et Dieu qui avait retrouvé son visage bonhomme de chez Jean Effel, crâne chauve et barbe blanche tout en rondeur, jouait à l’arroseur arrosé. Mon oncle s’est arrêté au carrefour de plusieurs chemins pour savoir vers quelle sortie il devait se diriger. La roue arrière de son solex reposait sur le tuyau de Dieu qui s’est gratté la tête devant la coupure d’eau imprévue. Dans le même temps le réparateur exultait de joie : sa fontaine remarchait à jet puissant, si bien que monsieur Hulot, croyant à une averse, a dû ouvrir son parapluie. Puis il a continué sa route et est sorti du parc.

***

AEV 2021-06 Jean-Paul - panneauxC’est là qu’il a compris qu’il s’était perdu, qu’il était passé dans un autre univers, peut-être celui où Dieu est remplacé par les Sœurs Tatin et leur tarte aux pommes renversée. « Au nom de Stéphanie, de Caroline et de la tarte aux pommes renversée, ainsi soit-il ! » a prononcé Jacquot qui lit dans les pensées de son maître et n’oublie jamais de blasphémer tant qu’il peut quand il peut. Mon oncle est resté longtemps perplexe devant les panneaux indicateurs en allemand sans doute restés là depuis l’occupation où alors c’est qu’on avait perdu la guerre dans cet univers-ci.

AEV 2021-06 Jean-Paul - gilet jaune Il fut troublé aussi par l’embryon de manifestation de gilets jaunes qui grogngrognait contre la grille du parc et contre la cronnerie des élites dirigeantes. Alors Jacquot lui a dit :

- Cesse donc d’être dans la Lune et regarde le doigt de la statue, espèce d’imbécile !

AEV 2021-06 Jean-Paul - LichtenbergEt de fait, sur le terre-plein central, la statue équestre du général von Lichtenberg indiquait en tendant l’index de la main gauche la direction de la Samaritaine où l’on trouve tout y compris des couteaux sans lame auxquels il manque le manche. En redémarrant mon oncle n’a pas remarqué la voiture rouge et son chauffeur fumeur de pipe qui le prenait en filature mieux encore qu’à Roubaix mais Jacquot l’a repéré et reconnu.

- Ca alors ! Nestor Burma dans sa dégaine de Jacques Tardi ! Mais qu’a-t-il fait de sa pipe à tête de taureau ? Celle-ci n’a pas de cornes !

AEV 2021-06 Jean-Paul - Burma

***

Jacquot raconte très bien la suite du retour à la maison. En passant devant la librairie Rabier mon oncle a grillé un feu rouge, provoquant ainsi un énorme carambolage : cinq derrières emboutis, un véhicule encastré dans un feu rouge, une caisse d’oranges renversée, un chat échappé, un poivrot aviné, un adultère consommé, une vieille fille effrayée, un papy renversé, une grand-mère et un bébé écroulé·e·s de rire. Mon oncle ne s’est pas arrêté puisqu’il n’a pas d’yeux ni Dieu derrière la tête – Il était reparti à Wuhan -. Jacquot à lâché le poisson volant qu’il avait attrapé sur le pont où Hulot s’était encore perdu – qu’allait-il faire sur la rive gauche ? – et il a déclaré devant toute cette pagaille : « Ca leur apprendra à sortir sans Ausweis en pleine période de confinement et de couvre-feu ! ».

***

AEV 2021-06 Jean-Paul - palmerPuis mon oncle a salué de la main un copain aperçu sur le trottoir. Ce faisant il a perdu le contrôle de son véhicule, il a pénétré dans un chantier de construction, y a provoqué un bazar monstre et toute une série de chutes, dont la sienne. Le solex est partie d’un côté, plutôt vers l’antérieur, mon oncle d’un autre, plutôt sur le postérieur et Jacquot est sorti de sa cage, plutôt vers l’extérieur. Alors Hulot lui a couru après, il a mis le pied dans un pot de peinture, il est passé devant chez Tati sans croiser Jack Palmer et il est entré dans l’immeuble du n° 4 de la rue des Petits-Champs où Nestor Burma a son agence de détective privé. Il a grimpé l’escalier à grandes enjambées, est parvenu aux combles (de l’inquiétude ?), a marché sur la gouttière et a rattrapé Jacquot par la queue. Le perroquet savant dit qu’il a triché en s’appuyant sur la tour Eiffel mais bon, vous savez comme sont les perroquets et Donald Trump : toujours de, mauvaise foi et prêts à répandre des faits non avérés qu’ils appellent « défèque-niouzes ».

***

D’ailleurs, est-ce que tout cela est bien vrai ? Jacquot a trouvé un éditeur un peu naïf, les Editions du Rouergue, qui a bien voulu publier ses mémoires : trois tomes de chacun six cents pages. Il a utilisé pour ce faire le pseudonyme de David Merveille et ça s’intitule « Le Jacquot de Monsieur Hulot ».

AEV 2021-06 Jean-Paul - burma 2Il raconte que mon oncle, à l’instar de Christian et Cyrano est même parvenu, grâce à lui, son plumage et son ramage, à obtenir les faveurs d’Hélène Chatelain, la secrétaire de Nestor Burma qui, pour une fois, n’a rien vu venir ! Il sera peut-être plus efficace dans le tome 4 s’il acquiert un cabriolet 504 avec un téléphone mobile ?

J’hésite pour ma part à suivre le perroquet dans ses nombreux délires. J’ai même l’impression que tout ça, c’est du cinéma et rien d’autre !
 

AEV 2021-06 Jean-Paul - cinéma

3 novembre 2020

Mon oncle / Marie-Thé

AEV 2021-06 Marie Thé - Jacquot

Je me souviens de ce réjouissant jour de printemps, à l’époque où l’on ne connaissait pas encore le confinement. 

Je prenais l’air à ma fenêtre lorsque j’ai entendu mon oncle chanter à tue-tête «Elle court, elle court, la maladie d’amour… ». Perché sur son vélosolex avec Jacquot, son perroquet, enfermé dans une cage sur le porte-bagages, mon oncle zigzaguait entre les voitures et les camions.

La cage était-elle mal fermée ? Jacquot l’aurait-il ouverte avec son gros bec crochu ? Je me souviens de la stupéfaction de mon oncle lorsque l’oiseau s’est échappé en baragouinant « Amourrr… amourrr… ».

Le corps et la queue rouge vif, les ailes bleues déployées avec grâce, il volait au-dessus des toits, attirant les regards de tous les passants.

AEV 2021-06 Marie Thé - Mon oncleAhuri, mon oncle est descendu de son solex. Faisant fi de l’embouteillage qu’il provoquait, il a couru comme un dératé en criant « Jacquot ! Jacquot ! Reviens ! ».

Le bel oiseau s’est perché sur la fenêtre d’une mansarde en bredouillant « Amourr… amourr… ».

Mon oncle a grimpé les escaliers comme un dératé pour le récupérer. Le perroquet, toujours juché sur le bord de la fenêtre, témoignait sa passion à une perruche enfermée dans sa cage. Il marmonnait encore « Amourr… amourr… ».

Dix ans auparavant, j’avais fait la connaissance de cet oncle qui s’appelle Monsieur Hulot. Il rentrait d’un périple au Brésil et débarquait chez nous vêtu d’une chemise fleurie, d’un short rouge à pois et de chaussettes montantes sur des baskets jaunes. Bronzé, souriant, blagueur, il a déposé sur notre table une cage dans laquelle se trouvait un perroquet multicolore. Ma mère, mon père et moi avons éclaté de rire lorsque l’oiseau a jargouiné * : « Bonjourrrrrr, bonjourrrrrr… Je m’appelle Jacquot… ».

Les habitants de notre rue connaissent et apprécient Monsieur Hulot, considéré comme un farfelu, un extravagant dont les frasques mettent de l’ambiance dans notre quartier tranquille.

Quant à moi, j’ai une tendresse particulière pour cet oncle excentrique et déconcertant.


* Jargouiner : mélange de « jargonner » et « baragouiner » qui caractérise bien le langage de ce volatile. 

3 novembre 2020

Mon oncle / Maryvonne

AEV 2021-06 Maryvonne Tonton Jean 01

Vous savez bien que je n'invente pas mes histoires. Vous voulez que je parle de mon oncle ? J'ai ça sous la dent du pignon de mon solex.

Mon oncle ne s'appelait pas Tati même s’il aimait faire le Jacques et amuser ses neveux et nièces.

Mon oncle c'était tonton Jean avec pour patronyme Lanriec, un nom qui claque comme le drapeau breton sous la bourrasque. C'était un nom de hasard donné à son grand-père déposé et trouvé sur de la mauvaise paille devant l'hospice de Dinan. Est-ce cela être né sous de bons auspices ?

Qu'importe, tonton Jean avait un peu de Monsieur Hulot, grand et mince, la pipe à la bouche et quand il était de sortie le même petit chapeau.

Il avait le jeu de mot facile, adapté à notre niveau. Mais ses blagues à deux balles nous ravissaient et quand nous le rencontrions c'était « jour de fête ». Au restaurant il commandait des « cruautés avariées » et attendait la réponse du serveur avec gourmandise. « Le commerce faisait des innovations » nous racontait-il. Désormais le mode d'emploi pour ouvrir une boite de conserve serait à l'intérieur. Bien entendu il avait son bac (celui qui recueillait l'eau sous la gouttière). Ne maîtrisant pas l'anglais « Holiday on ice » était devenu pour lui« On y est on glisse ». Un de ses neveux épousa une jeune fille nommée De Sèze, il salua la famille en disant qu'il était lui aussi de 16 (1916).

Tonton Jean était un fou de la mécanique, voire même un artiste. Petit garçon il se mettait à quatre pattes derrière les voitures pour respirer les gaz d'échappement. A 6 ans, avec ma mère ils ont emprunté la voiture du père pour faire un petit bout de route. Il aurait adoré rouler avec sa moto sur un fil et terminer sa course sur un manège pour les enfants, lui qui n'en avait pas. Son seul but était de nous amuser avec ses blagounettes qui n'étaient jamais vulgaires.

Professionnellement il a toute sa vie entretenu et réparé les motos de la police mais pour ses loisirs il a été comme le dit un article « Un mécanicien-Joaillier ».

AEV 2021-06 Maryvonne Tonton Jean 02


AEV 2021-06 Maryvonne Tonton Jean 03Pensez donc : il a acheté une vieille « Simca 6 » de 1949 pleine de boue, l'a entièrement démontée et chaque pièce a été repeinte avant le remontage. Ce n'est pas sans faire penser à la photo de Doisneau montrant Jacques Tati devant ses pièces de vélo étalées devant lui.

Aujourd'hui cette petite merveille doit être au musée des voitures anciennes à Lohéac.

Il a choisi ma première voiture, une 2 chevaux d'occasion qui tournait comme une horloge en chantant « tatitati tatitata tontonton tontonton tontaine ».

Un jour c'est son moteur à lui qui a eu des ratés. Ce fut sa dernière farce.

 

3 novembre 2020

Mon oncle / Anne-Françoise

Hulot et son jacquot 02 C la Maison de mon oncle partie gaucheMon oncle habite un beau quartier où vivent aussi de belles voitures joliment colorées et bruyantes. Il y a souvent des embouteillages tintamarresques quand le caviste du quartier débouche ses bouteilles de cidre bouché.

Il a un solex qui s’appelle Alex et qui exerce quotidiennement les réflexes de mon oncle. Avec lui, il va partout même au bout de ses rêves les plus fous… Ils ont déjà voyagé en Gastéropodie du sud, au Crapaugreyou oriental et vers les îles de l’archipel d’Olombomopépé. Que c’était beau !

Il a ses quartiers dans un bel immeuble de plusieurs étages, sans ascenseur, avec des escaliers qui ne font pas mal aux pieds surtout depuis qu’il a décidé de les monter avec son solex. Il n’oublie jamais de l’encourager : « Allez, Alex, allez, monte-moi ces trois volées de marches ! En haut, je t’offre à boire un café au lait, tu ne l’auras pas volé, olé ! ».

Au pied de chez lui, il y a Lulu, un gentil lampadaire qui aime faire la causette avec Annabelle la belle poubelle et avec tous les toutous tatoués du quartier qui viennent près de lui se soulager quand ils en ressentent le besoin… C’est beau, l’amitié !

Mon oncle vit seul, sans ma tante qu’il n’a jamais croisée à la croisée des chemins vu qu’il habite en ville et ne prend jamais de vacances 1. Ce qui explique qu’aucune tente ne le tente. Il préfère l’hôtel mais n’aime pas celui près de chez lui, mal fréquenté par des banquiers qui ont l’air de voleurs (à moins que ce ne soit l’inverse).

Mon oncle n’est pas très causant, sauf avec Alex, Lulu et Annabelle. Souvent, aux réflexions qu’on lui fait, il ne pipe mot et fume sa pipe ou joue Rameau au pipeau. Le pipeau, c’est plus pratique que le piano pour jouer de la musique sur un solex. Mon oncle est résolument pratique.

AEV 2021-06 Anne-Françoise Hulot et son solex

Mon oncle remplit chaque jour son attestation dérogatoire de déplacement (ou attestation de déplacement dérogatoire ou déplacement d’attestation dérogatoire ou dérogation d’attestement de déplaçatoire), ah, que c’est compliqué ! Mon oncle est pratique mais a tendance à inverser les choses. Le docteur a dit qu’il était dysalexique  2 , du coup, c’est Alex qui fait les papiers : il ne pédale pas dans la semoule quand il faut avoir le permis de sortir, Alex. A cette occasion, je précise qu’il n’y a pas besoin de permis pour conduire un solex. Curieusement, mon oncle ne se trompe pas de sens pour s’assoir sur son solex (sauf une fois où il a pris un sens interdit !).

Mon oncle fait sa lessive tous les lundis. En plus du pipeau, il joue du tambour de sa machine à laver. C’est assez bruyant mais le résultat est satisfaisant (ou l’inverse). Mon oncle est un musicien pratique. Mon oncle n’a pas de sèche-linge. Il préfère faire comme l’archiduchesse, celle qui avait beaucoup de chaussettes. Il met son linge à sécher à l’air. Mon oncle a l’air d’être écologique dans ses pratiques.

Hulot et son jacquot 02 D la Maison de mon oncle partie droite de la page 1

Mon oncle a suspendu son fil à linge au-dessus de la rue. Le lundi, il suspend ses chaussettes et des parapluies pour éviter que les passants goûtent les chaussettes qui gouttent (le jus de chaussettes de mon oncle persiste au lavage). L’ennui, c’est que mon oncle suspend les parapluies à l’envers… Le mardi, c’est pour le reste de son linge. Le mercredi, il met des lampions qui s’allument la nuit venue et qu’il enlève le jeudi. Le vendredi, il accroche des banderoles des commerçants du quartier qui font leurs réclames : « Pieds de cochons aux goûts tout mignons chez votre boucher préféré », « Des babas aux prix les plus bas à la pâtisserie Dupain », banderoles qu’il retire après le marché du samedi. Le dimanche, il accroche des cloches, clochettes, grelots qui tintent au moindre coup de vent et donnent un air de fête à la rue qui accueille un concert de klaxons le reste de la semaine…

C’est ce même fil à linge qui lui permet d’effectuer sa sortie quotidienne. Pas besoin d’utiliser 3 ou 4 étages plus bas le passage pour piétons pour se rendre au parc des Buttes de Froidmont. Avant de traverser avec Alex, il vérifie juste en regardant bien à droite puis à gauche (ou l’inverse) qu’il n’y ait ni avion ni hélico à passer et, tel un funambule fumant du pipeau sur son fil à linge, file vers les hauteurs du parc dans un petit nuage de fumée s’échappant du tuyau d’Alex tout heureux de s’échapper…
 

Hulot et son jacquot 02 E la Maison de mon oncle partie droite de la page 2

1 Ses magnifiques voyages étaient des voyages professionnels : voyages d’étude onirique pour lui et, pour ce qui concerne Alex, voyages pour l’essence ciel.

2 Un comble pour lui qui est si pratique et plein de bon sens !

Publicité
L'Atelier d'écriture de Villejean
Publicité
Publicité
Derniers commentaires
Archives
Publicité