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L'Atelier d'écriture de Villejean

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16 novembre 2021

Tiens, voilà du Bosmans ! / Jean-Paul

Bosmans s’était souvenu qu’un mot, «La Madeleine», revenait dans la conversation. Au début il avait cru qu’il s’agissait d’une personne. Il avait pensé à une paysanne parce que cet article défini devant un prénom, ça faisait très campagnard. Une chanson du groupe Les Charlots en témoignait : «Quand La Marie est jalouse, je chante le blues» ainsi que d’autres, pas plus finaudes, de Ricet Barrier.

Mathurin Méheut - A l'ombre des platanes

Ce pouvait être aussi une fille de mauvaise vie, une tapineuse ou une perle de boxon qui aurait rendu fou d’amour et de désir plus d’un des militaires ou marins en rade de sexe à Toulon, comme ceux, par exemple, qu’il voyait attablés en terrasse, la clope au bec, l’ennui porté en bandoulière, les képis étalés sur les tables voisines de la leur. Ou alors une fille au caractère tranché, une maîtresse-femme, une pouliche indomptable. Une féministe avant l'heure, tout droit sortie d’une chanson de Jacques Brel. «La Mathilde est revenue !». Mais «Maudite Madeleine» ça ne le faisait pas du tout.

Aussi quand il avait osé demander à Martine Hayward qui était cette Madeleine dont on parlait tant, celle-ci avait éclaté de rire.

- La Madeleine, c’est une ville du Nord. Explique-lui, Guy !

Ils étaient quatre dans ce café à profiter du beau soleil et de l’ambiance méridionale, à lézarder derrière la balustrade verte. Guy Vincent sirotait un Campari, Martine Hayward un Martini, Michel de Gama une bière et lui un Perrier rondelle.

- Je suis de là-haut, dit Guy. Ma famille résidait près de Lille et mon meilleur ami de l’époque où j’étais étudiant habitait La Madeleine. C’est un peu la banlieue chic. Il s’appelait Réné-Marco Heriford et on écoutait plein de musique chez lui. Un bel appartement bourgeois, au rez-de-chaussée. Pour y aller il suffisait de longer la voie du tramway et on arrivait, en haut de la pente, au carrefour de l’avenue de la République avec la rue du Docteur Kurzenne. Mais je n’ai pas grand-chose à dire sur ces années-là, sinon qu’elles sont loin et que je n’ai pas envie d’y retourner.

- C’est vrai, commenta Michel de Gama, qu’après mai 68, il y a eu juin 69 !

- Ce qui veut dire ? interrogea Martine, s’attendant à voir sortir une allusion à l’année érotique de Serge Gainsbourg, mais cela ne se produisit pas.

- Ça veut dire que la tension est retombée, que tout est rentré plus ou moins dans l’ordre. Un autre ordre.

- Il en faut un minimum, non ? demanda Martine.

- C’est vrai, admit Guy. Et vous, vous faites quoi dans la vie, Monsieur Bosmans ?

- Je vends des lettres.

- Des lettres d’écrivains ? D’hommes politiques ?

- Non, des lettres décoratives. De l’immense et de l’inattendu. Je suis architecte-décoratrice… pardon, architexte-décorateur d’extérieur. Depuis que j’ai décoré le Ciné-Manivel à Redon, ma carrière a décollé. Je pose des enseignes surréalistes partout où on me le demande.

- Intéressant, conclurent les deux compagnons de Martine en retrempant les lèvres dans leur apéritif.

Tout cela n’était que pieux mensonges. Bosmans, quand il les aurait quittés, irait replonger le nez dans son ordinateur à la recherche d’inspiration. Il interrogerait Pagesblanches.fr pour savoir s'il existait des gens nommés Proust à La Madeleine (Nord). S’il y en avait, et même s’il n’y en avait pas, il leur inventerait alors, pour son journal, le Défi du samedi, une existence exceptionnellement drôle.

Tout cela n’était que mascarade. D’ailleurs Bosmans ne s’appelait pas Bosmans et n’était même pas de sexe masculin. Elle s’appelait Isaure Chassériau et n’aimait rien tant que voler des confidences aux gens et leur képi blanc aux militaires flapis des terrasses de Toulon.

2021 11 21 Isaure légionnaire

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16 novembre 2021

Venue d’ailleurs / Josiane

A la sortie de Sainte-Anne, un tournant, puis une route étroite bordée d’arbres. Chaque matin Morisot l’empruntait pour une promenade de santé, accompagné de son fidèle compagnon, un boxer nonchalant qui n’aurait pas fait de mal à une mouche.

Morisot ne sortait qu’en costume, un canotier vissé sur la tête, sa barbe rousse bien taillée et le pli du pantalon soigneusement marqué comme pour se rendre à une cérémonie.

Après sa promenade il s’installait à la terrasse du Vert-Coeur d’où il regardait la mer toujours changeante en sirotant à la paille un sirop d’orgeat bien frais. De là, il regardait passer les chalands qui rentraient du marché chargés de lourds paniers dans lesquels se mêlaient aux fruits et légumes de saison les poissons brillants pêchés la nuit même.

Il aimait cette heure du jour où il apprivoisait sa solitude en rêvant d’une hypothétique rencontre. A quarante ans passés il était toujours célibataire, ce qui ne manquait guère d’alimenter les conversations dans cette bourgade bien pensante.

Ce jour-là Morisot s’installa comme à l’accoutumée devant son sirop d’orgeat, humant l’air iodé venu de la mer. Il sortit de sa poche un petit carnet noir qui ne le quittait jamais et dans lequel il griffonnait les notes qui lui serviraient à construire le roman auquel il travaillait.

Dans ce carnet il lui arrivait aussi parfois d’esquisser des croquis révélant ainsi une autre facette de son talent. Ce petit carnet était une pépite car Morisot savait manier les mots comme personne. Des phrases courtes, incisives, un beau travail d’orfèvre de la littérature.

Ce jour là, donc, avait commencé comme tant d’autres et Morisot croquait l’immense étendue vert émeraude qui s’offrait à ses yeux, n’oubliant aucun détail : bateaux, pêcheurs, passants, quand il resta interloqué.

Il la vit arriver près de la jetée, tenant par la main une fillette aux cheveux roux, belle comme une journée d’automne sous les assauts du soleil. Elle que l’on disait morte et qui déambulait de cette démarche fière qui l’avait toujours bouleversé. Dix ans déjà que son aimée avait disparu, emportant avec elle tous ses espoirs de jeune homme amoureux. Et voila qu’elle réapparaissait et que son coeur se remettait à vibrer.

Berthe Morisot - Intérieur à l'île de Wight

Il restait là, tétanisé, la main suspendue au dessus du carnet noir. Elle passa devant lui, il en eut le souffle coupé, n’osa aucun geste, il était comme pétrifié. Quelques secondes d’un bonheur infini, d’un espoir fou et déjà elle s’éloignait, la fillette trottinant à ses côtés.

A cet instant il leva les yeux, un avion glissait en silence dans le bleu du ciel et laissait derrière lui une traînée blanche, mais on ne savait pas s’il était perdu, s’il venait du passé ou bien s’il y retournait.

16 novembre 2021

Récit à la manière de Modiano d'une période révolue : 1967 / Dominique H.

(Ce texte fait suite à "Cinéma étudiant")

FX s'était souvenu que le mot « boudoir » revenait souvent dans la conversation.

Voilà trois mois qu'il était à Rennes, jeune étudiant en médecine. Il avait bien sûr pris quelques repères et pensait même être admis dans quelques cercles. Ceux qui l'avaient accueilli en premier étaient «  les carrés » c'est à dire les redoublants de la paroisse étudiante de la rue Martenot. Leur assurance lui en imposait et le rassurait. De leur côté, la fraîcheur campagnarde de FX pouvait leur être utile. Etant redoublants, il leur fallait transformer l'échec en victoire. Leur stratégie, était toute trouvée, ils devaient être élus au bureau d'amphi, et ce d'autant plus que, en bons catholiques, ils se sentaient investis de la mission de faire barrage aux rares marxistes égarés en faculté de médecine. Pour gagner les élections de bureau, il leur fallait une liste équilibrée : deux ou trois redoublants pour rassurer, deux ou trois bizuths pour la démocratie plus bien sûr une fille, parce que ça peut servir.

2122-09 Dominique - Village d'Astérix_

FX n'avait pas saisi, dans sa candeur rustique, quelles ambitions se cachaient derrière l'apparente chaleur accueillante des carrés. Il s'était senti admis dans leur cercle depuis que l'un d'eux, fan d’Uderzo et Goscinny, l'avait baptisé Effix, pour remplacer François Xavier, trop long et trop connoté catho vieille France. Ce nouveau nom de baptême lui avait plu, il lui rappelait son village gaulois d'origine en Centre Bretagne. Cependant, quoique maintenant des leurs, il ne comprenait pas tout, le sens de certaines allusions lui échappait et il se sentait encore exclu de bien des connivences.

Ainsi, le mot «Boudoir» revenait fréquemment dans les conversations et déclenchait chez tous une ébauche de sourire entendu. Quand Effix rejoignait sa bande au « Puits de Vincennes », leur base, les salutations de bienvenue exprimaient un intérêt réel pour le nouveau membre associé à une interrogation ambiguë. Dans ce groupe, Effix se sentait plus proche de Pol, du moins, il le percevait capable de bienveillance au-delà de l'humour carabin habituel et convenu.

Un soir, Effix traîna pour sortir du bistrot, attendant de trouver un moment d'intimité avec Pol. Il lui fallait s'alléger du malaise qu'il continuait à ressentir.

- Dis-moi, Pol, pourquoi ces ébauches de sourires entendus chaque fois que j'entre au Puits ?

Pol tenta d'esquiver la réponse, mais il aimait bien Effix et lui répondit :

- Ne te fais pas de souci, bientôt tu le sauras.».

- Mais encore ? » insista Effix.

- Bon, puisque tu es pressé de comprendre, je te le dis : tu as encore une sorte de bizutage à passer, le bizutage des «élus». Mais je te rassure, ce rite de passage ne te fera pas souffrir, bien au contraire.

- Ça ne m'éclaire pas beaucoup, tu dois m'en dire plus, Pol ! 

- Ce soir je te dirai seulement que le lieu de cette initiation est « le Boudoir », ce mot que tu nous entends prononcer régulièrement. Bonne nuit Effix !

Le lendemain soir, après les salutations habituelles, Pol glissa discrètement sous la table un papier plié à Effix. Pressé de le lire, il prétexta une surcharge de travail et quitta rapidement le bistrot. Dès qu'il fut sur le trottoir, à la lueur d'un lampadaire, il détailla le papier. C'était un bristol mauve plié en deux. Il le déplia et découvrit, sous une élégante calligraphie, un message bref : «  Vendredi soir à vingt trois heures, je vous recevrai au « Boudoir », au troisième étage du dix rue de la Palestine. Soyez sans crainte.  Dora.»

Nous étions jeudi. La journée du lendemain lui parut interminable bien qu'il fût occupé à se préparer soigneusement. Il lui fallait être à la hauteur… la hauteur de qui ? de quoi ? Il essaya de ne rien oublier, se rasa de près, se cura les ongles et autres recoins, veilla à la fraîcheur de son haleine, cira ses chaussures, se vêtit avec soin. Il monta les trois étages, mentalement déterminé mais physiquement chancelant. Il pressentait qu'il ne sortirait pas de ce Boudoir dans le même état que celui dans lequel il montait les escaliers.

Xavier de Langlais 2

Pas de sonnette . Il frappa trois coups nets. La porte s'ouvrit, des effluves d'encens s'échappèrent, un bain de lumière douce, des pieds nus, une demi-seconde de vertige. Il rouvrit les yeux, les remonta le long d'un élégant sari turquoise et découvrit une femme au sourire tranquille, accueillant, trente, trente-cinq ans, belle, très belle, Dora. Sur sa chevelure brune soyeuse et ondulée était posée une couronne de fleurs. Elle referma doucement la porte.

Il ne racontera pas ce qui se passa dans le Boudoir jusqu'au dimanche midi. Nul ne sut rien de ces trente six heures de délices et divers raffinement à la manière du panneau de gauche du triptyque du Paradis de Jérôme Bosch. Il se retrouva heureux mais étourdi sur le trottoir de la rue de la Palestine, le dimanche midi. Il marcha jusqu'au Thabor, un avion glissait en silence dans le bleu du ciel et laissait derrière lui une traînée blanche... mais on ne savait pas s'il s'était perdu, s'il venait du passé ou bien s'il y retournait.

Le dimanche soir, ils l'attendaient tous au Puits et c'est un silence quasi religieux qui l'accueillit . Il resta debout, comme sidéré, et tour à tour ils vinrent lui donner l'accolade.

- Allez, Effix, ce soir c'est ta tournée ! » dit Pol.

Il était enfin intronisé. Ils eurent la délicatesse de ne pas le questionner. Cette règle implicite faisait partie du rituel et ils étaient tous déjà passés au Boudoir. Dora les avait tous marqués. Cette figure féministe, avant Mai 68 et le MLF, oeuvrait pour l'humanité dans le secret de son Boudoir. Elle initiait les jeunes hommes aux mystères des extases féminines, les éduquait aux préliminaires durables et raffinés, leur apprenait à réfréner leurs ardeurs pour faire durer un plaisir partagé et, plus prosaïquement, les entraînait à banaliser l'usage du préservatif. Une fortune personnelle lui permettait de répandre avec générosité sa philosophie humaniste et aussi de garder son indépendance et son mystère.

Après Mai 68, elle quitta sans préavis son Boudoir. Certains ont pensé qu'elle poursuivait sous d'autres cieux la mission qu'elle s'était donnée. Peut-être jouissait-elle d'un repos bien mérité, son œuvre se perpétuant d'elle-même, la génération qu'elle avait éduquée, reconnaissante, ayant pris le relais. Effix n'oublia jamais Dora, et maintenant encore le passé le surprend quand la traînée blanche d'un avion dans un ciel bleu le met en érection. 

16 novembre 2021

Récit modianesque / Adrienne

AEV 2122-09 Adrienne - bruges-damme-canal

canal Bruges-Damme – source ici

Bosmans s’était souvenu qu’un mot, Rodenbach, revenait dans la conversation.

Rodenbach. Ce nom attirerait peut-être à lui d’autres noms, comme un aimant. Des images, aussi. Même s’il n’avait qu’une seule photo de cette époque, un cliché fort abîmé, en noir et blanc, aux bords dentelés. Il datait de juste après la guerre, au dos quelqu’un avait inscrit au crayon : "1947".

À la sortie de Rodenbach, un tournant, puis une route étroite, bordée d’arbres. Ils devaient avoir bien grandi, depuis tout ce temps. Ou peut-être avaient-ils été abattus. Pour élargir la route. C’était probable.

Un début d’après-midi, Bosmans décida de sonner à la porte de l’appartement de Camille. Il voulait lui demander si elle avait gardé quelque chose de cette époque. Un quelconque document, qui lui permettrait d’avancer dans ses recherches.

Dans la rue, il déplia le papier qu’elle lui avait tendu. Il y était écrit : Kim 288.15.28. Qu’est-ce qui lui avait pris de téléphoner à cette gamine qui n’avait jamais entendu parler de lui !

Il accompagna encore deux ou trois fois Camille à ses rendez-vous de Saint-Lazare avec Michel de Gama. Ce type lui semblait de plus en plus louche, sans qu’il fût capable d’expliquer clairement pourquoi.

Il était impossible à Bosmans, après plus de cinquante ans, d’établir la chronologie précise de ces deux événements du passé : comment était-il arrivé à Rodenbach ? Avec qui, puisqu’il n’était qu’un enfant? Et comment s’était faite la rencontre avec la mère de Camille ? Était-ce une amie de sa propre mère ? Camille ne le savait pas non plus et s’en moquait totalement.

Michel de Gama, était-ce le même homme que ce Guy Vincent qui lui avait offert un verre au bar de l’hôtel Chatham ? Qui lui avait fait rencontrer Martine Hayward à l’Auberge du Moulin-de-Vert-Cœur, près de Chevreuse ? Était-ce sa tante qui habitait la maison de la rue du Docteur-Kurzenne ? Celle qui avait vécu un temps avec René-Marco Heriford dans un appartement à Auteuil ? AUTEUIL 15.28, il se souvenait bêtement de ce numéro sans pouvoir vérifier s’il était correct. Sans qu’il fût utile à son enquête. Et qui était Rose-Marie Krawell ? Quel rôle avait-elle joué là-dedans ?

À certains moments de la journée, il en riait lui-même, de passer tout son temps à un tel imbroglio, et dressait une liste de titres de romans qui traduisaient son état d’esprit :

– Le Retour des fantômes
– Les Mystères de l’hôtel Chatham
– La Maison hantée de la rue du Docteur-Kurzenne
– Auteuil 15.28
– Les Rendez-vous de Saint-Lazare
– Le Bureau de Guy Vincent
– La Vie secrète de René-Marco Heriford

Dans l’agenda à la couverture de cuir vert que Camille lui avait remis, cet agenda dont on ne pouvait pas savoir l’année, la plupart des pages étaient blanches. Encore une piste qui tournait court, il allait devoir s’en faire une raison.

Il s’en retourna lentement chez lui en passant à pied sous le périphérique.

Un avion glissait en silence dans le bleu du ciel et laissait derrière lui une traînée blanche, mais on ne savait pas s’il s’était perdu, s’il venait du passé ou bien s’il y retournait.

16 novembre 2021

Trateau-Scain / Laura

Bosmans s’était souvenu qu’un mot, «Trateau-Scain » [1] revenait dans la conversation. Ce nom attirerait peut-être à lui d’autres noms, comme un aimant. A la sortie de Trateau -Scain, un tournant, puis une route étroite, bordée d’arbres, menait à Ajar.

 Sylvain Buffile - Galerie Visconti 1989-06-03

Dans ce village se trouvait la maison de campagne de ses parents.

Il n’aimait pas aller à Ajar depuis son enfance, sans doute parce qu’il préférait déjà la ville où résidait sa vieille maîtresse, Vellin [2]. 

 Mathurin Méheut - A l'ombre des platanes

 La seule chose qu’il supportait à la campagne, c’est la réunion de militaires au bar du lac qui ressemblait à un tableau de Mathurin Méheut dont il avait vu une exposition des œuvres au Musée de la Marine[3], il y a quelques années.

 Un début d’après-midi où il était seul à Trateau-Scain, Bosmans décida de sonner à la porte de l’appartement de Vellin.

Il la trouva à côté d’un bouquet d’hortensias, en proie à une rêverie dont il se sentit d’abord exclu.

 X - la Dame aux hortensias - Rêverie

 Agnès de Clairville - La Gacilly 2000-07-14 01

 Rapidement, les hortensias le ramenèrent en Bretagne où ils s’étaient tous deux étendus pour batifoler près d’un rocher magique.

Camille, l’amie intime de Vellin interrompit leurs rêveries érotiques à tous deux en se glissant autour de son cou à lui, tout en glissant discrètement sa main dans sa braguette même si Vellin connaissait les petits jeux de ses deux amants et d’ailleurs s’en excitait.

Il se demandait pourquoi Camille Lucas était surnommée «Tête de mort» car pour lui, sa main dans son pantalon était plutôt reliée à la vie.

Dans la rue, il déplia le papier qu’elle lui avait tendu sous couvert de caresse coquine. Il y était écrit : Kim 288.15.28.

 Kim était la destination imaginaire du train 288 qui partait de Saint-Lazare à 15 h 28. Le rendez-vous était lui réel et Bosmans accompagna encore deux ou trois fois Camille à ses rendez-vous avec Michel de Gama.

 Bernard Bouin

K pour la Maison de la rue du Docteur-Kurzenne

I comme Interdiction d’interdire

M pour Martine Hayward, Auberge du Moulin-de-Vert-Cœur (près de Chevreuse) où se tenaient aussi « Les Rendez-vous de Saint-Lazare », succès de librairie plus sulfureux que les « 50 nuances de Grey. »

Main dans la main, Camille et Michel rejoignaient Guy Vincent à l’hôtel Chatham. Ils y jouaient aux mêmes liaisons dangereuses qui se tissaient chez Vellin. Guy Vincent avait gagné de l’argent en relatant dans un livre « Les Mystères de l’hôtel Chatham. » Il était impossible à Bosmans, après plus de cinquante ans, d’établir la chronologie précise de ces deux événements du passé : qui avait publié en premier sa vérité entre Guy et l’anonyme caché derrière « Les Rendez-vous de Saint-Lazare» ?

Agnès de Clairville - La Gacilly 2000-07-14 02 morriganes

 Il avait lui aussi commencé une intrigue qui se déroulait dans «Le bureau de Guy Vincent» et lui avait donné son titre. Le problème était que dans l’agenda à la couverture de cuir vert, cet agenda dont on ne pouvait pas savoir l’année, la plupart des pages étaient blanches. Ses repères étaient plutôt spatiaux comme le train pour Auteuil » de 15 h 28 qu’il prenait avec Michel pour rejoindre « René-Marco Heriford » où ils commençaient à se caresser. Alors le rocher dressé apparaissait dans son esprit.

 Quand, le visage pensif, il repensait la «cérémonie du souvenir», un avion glissait en silence dans le bleu du ciel et laissait derrière lui une traînée blanche mais on ne savait pas s’il s’était perdu, s’il venait du passé ou bien s’il y retournait.

 Yvon Labarre - Cérémone du souvenir 1986

 Xavier de Langlais 2



[1] Ville imaginaire formé avec quelques lettres de lieux où nous avons vécu, comme les autres lieux du texte.

 

[2] https://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=55720.html

 

[3] http://www.lauravanel-coytte.com/archive/2013/05/12/j-ai-aime-voir-jeudi-mathurin-meheut-au-musee-de-la-marine.html

 

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9 novembre 2021

Consigne d'écriture 2122-08 du 9 novembre 2021 : Les Lettres du Manivel

Les Lettres du Manivel



2021-10-23 - Nikon 65

Cette photo représente la façade du cinéma "Ciné Manivel" à Redon (Ille-et-Vilaine).

L'animateur ignore quel sens ont ces lettres colorées. Pour chercher à le comprendre il a soumis ce groupe MUEITDASMNEENTIN à un générateur d'anagrammes.

Moyennnant quoi il vous demande d'écrire  un texte qui parle

- soit de cinéma
- soit de bateaux dans un port
- soit d’une usine désaffectée
- soit de la ville de votre enfance

en y insérant au moins dix mots de cette liste :

amendement - amenuisée - amenuisent - amnistiée - amusement - antenniste - antiémeute - antiennes - antimites - antisémite - asinienne - attendîmes - attendues - atténuées - attiédies - démenaient - démenâmes - démenâtes - démentaient - démentais - démentait - démentant - démentent - démenties - démentîmes - démentîtes - démettais - demi-teinte - demi-teintes - déminaient - déminâmes - déminâtes - démunîmes - démunîtes - dénattées - déniaient - déniaisée - déniaisement - déniaisent - densément - dénuement - destinaient - destinait - destinant - destinent - destituai - destituée - déteintes - détenaient - détenante - détenantes - détenants - détiennent - détiennes - diminuâmes - diminuant - diminuâtes - diminuées - diminuent - édentaient - édentâmes - édentâtes - éditaient - émiettais - émiettâmes - éminentes - emmenaient - emmenâtes - endémisme - endettais - endettâmes - enduisaient - enduisait - enduisant - enduisent - entendaient - entendais - entendait - entendant - entendante - entendent - entendîmes - entendîtes - entendues - entêtâmes - estaminet - estimaient - estudiantin - estudiantine - étasunien - étasunienne - étendaient - étendîmes - étendîtes - étudiaient - étudiâmes - étudiante - étudiantes - étudiants - étudiâtes - identités - immanente - immanentes - immanents - immédiate - immédiates - immédiateté - immédiatetés - immédiats - immensité - imminente - imminentes - imminents - immunisant - immunisante - immunisât - immunisée - immunisent - immunités - inanimées - inattendu - inattendue - inattendues - inattendus - indemnisa - indemnisant - indemnisât - indemnise - indemnisé - indemnisée - indemnisent - indemnité - indemnités - indiennes - induisant - induisent - inséminant - inséminât - inséminée - inséminent - insinuant - insinuante - insinuent - instamment - instituée - intendant - intendante - intendantes - intendants - intensément - intensité - intentais - intentâmes - intentées - intestine - intimâmes - intimâtes - intimement - maintenue - maintenues - maintenus - maintienne - maintiennes - maintiens - maintient - maintînmes - maintîntes - mandement - mandements - maniement - maniements - médiatise - médiatisé - médiatisée - médiatisent - médisaient - médisante - méditaient - méditâmes - méditante - méditantes - méditants - méditâtes - médiumnité - médiumnités - médusaient - médusante - mendiaient - mendiâmes - mendiante - mendiantes - mendiants - mendiâtes - mentaient - midinette - midinettes - minaudent - minutaient - minutâmes - minutâtes - mutinaient - mutinâmes - mutinâtes - néantisée - niaisement - nuisaient - nuitamment - numismate - sainement - saintement - sédimenta - sédimentai - sédimentait - sédimentant - sédimentât - sédimente - sédimenté - sédimentent - sentaient - sentiment - situaient - suintaient - suintante - suintement - teintâmes - tendaient - tendineuse - tendinite - tendinites - tennisman - tennismen - tétanisée - tièdement - timidement - tunisienne - unanimement - unanimisme - unanimiste - unanimité – usinaient

9 novembre 2021

Cinéma étudiant / Dominique H.

2021-09-12 - 285 80

Il était une fois, en 1967, un étudiant de dix sept ans qui émigra de son Centre-Bretagne natal vers la métropole régionale, Rennes. Sa destinée allait changer et l'immensité des possibles le faisait rêver. Bien-sûr, il était là avant tout pour les études, il ne devait pas trop dérailler, il était boursier. Cependant, il était intimement convaincu que les cent kilomètres qui le séparaient de ses parents allaient lui permettre de déployer enfin ses ailes, tant physiquement que mentalement. Son cerveau bouillonnait, son corps fourmillait et de tous ses pores les désirs suintaient. Il devait agir.

Les premiers jours ont concerné la logistique, le repérage géographique, la petite épicerie du coin, le trajet pour aller de la cité universitaire Boulevard Sévigné à l'amphi Donzelot près de la Place Pasteur, en traversant le Thabor ou encore au restaurant universitaire de la rue de Fougères, juste à côté de la cité universitaire des filles rue Jules Ferry.

Une de ses priorités était évidemment les filles. Rien de plus normal, il venait d'atteindre l'âge moyen du premier rapport sexuel, il était temps qu'une fille le déniaisât. Bien que s'imposant, la perspective de cette étape lui donnait quand même un peu le vertige. Heureusement, le corps a ses raisons et bientôt, le désir aidant, il osa. La fille, aussi jolie que peu farouche se révéla experte de surcroît. Ainsi l'affaire fut faite et bien faite et il y eut dans cette histoire la juste dose de sentiment pour qu'elle fût plaisante, courte et légère pour les deux partenaires. Le voilà donc rapidement libéré sur le plan sexuel et, en prime, le voici confiant en ses charmes et expérimenté en clitoris et en préservatifs.

Il nouait facilement de nouveaux liens, tant à la faculté avec ses voisins d'amphi que dans la lente montée de l'escalier du restaurant universitaire où les queues étaient la règle. Au début, tous les étudiants lui paraissaient sympathiques. Puis il prit conscience de l'existence de groupes et des tensions qui les tiraillaient. Il se fit courtiser d'ailleurs par les uns et les autres. Saisissant mal les enjeux, tout en ayant l'envie réelle de rejoindre une bande, il resta sur le bord quelques semaines, le temps d'observer et de peaufiner son jugement. Comme souvent, dans ces périodes de réflexion, il appliquait à ses inclinaisons vers les uns ou les autres la carte mentale de la théorie mathématique des ensembles : elle l'aidait vraiment à faire ses choix, à repérer ceux avec lesquels il partageait des valeurs communes . Et ce n'était pas chose facile de choisir entre les groupes.

Il y avait d'abord les « polards » , ceux dont la seule préoccupation était d'être les premiers. Il ne se sentait pas bien dans ce groupe pas très marrant et ce d'autant moins que certains usaient de méthodes peu catholiques pour évincer les concurrents. Lui, voulait bien travailler, même dur par moment, mais il ne voulait pas y perdre ni son âme ni sa santé.

Il y avait aussi les « cathos », plutôt accueillants, mais pas assez exotiques à son goût ; il les connaissait déjà par cœur et ils lui rappelaient trop ses parents. Il avait passé sa classe terminale chez les Frères de l'instruction chrétienne de Ploërmel. Il avait espéré que le cours de philosophie lui ouvrît l'esprit. Hélas le frère enseignant ne s'était guère aventuré dans le champ des idées subversives... Heureusement le frère chargé de la littérature était allé du côté de chez Paul Eluard en s'attardant au poème «  j'écris ton nom Liberté ! ». Cette ouverture lui apporta une vraie bouffée d'oxygène.

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Il y avait aussi les cinéphiles qui fréquentaient le ciné-club «La Chambre Noire » rue Poullain-Duparc puis émigraient dans les bistrots après la séance et passaient la nuit à faire, défaire et refaire le monde. C'est là qu'il découvrit entre autres le cinéma de Bergman avec « Les fraises sauvages ». Ce groupe lui plaisait, il assurait la continuité des soirées ciné-club de ses années lycée : « Orphée » de Jean Cocteau avec Maria Casarès et Jean Marais, les mutinés de la Mer Noire du « Cuirassé Potemkine ». Mais ils s'écoutaient trop parler et finissaient par le fatiguer.

Il y avait les fêtards noctambules qui commençaient à boire rue Saint-Malo au « Sympatic bar » et tiraient leur piste de bistrot en bistrot jusqu'au petit matin « Chez Annick», place Sainte Anne.

A la fac de lettres il y avait les gauchistes divers et variés, anarchistes, les trotskystes, les maoïstes, les situationnistes. Il lisait leurs tracts et réfléchissait. A la fac de droit il y avait les fachos, les membres d'Occident, il dédaignait leur prose et sentait ses poings se serrer à leur approche.
C'était vraiment difficile de s'orienter dans cette mosaïque humaine. Heureusement Mai 68 est venu donner un coup de pieds dans la fourmilière, et il a pu choisir son camp, coaché par quelques bons amis : en deuxième année, il est devenu marxiste convaincu mais néanmoins travailleur et aussi fêtard. Des années plus tard, même si la fougue de la jeunesse s'amenuisait, les études terminées, la vie professionnelle commencée, les enfants nés, les amis de la fac étaient restés de vrais amis pour la vie.

9 novembre 2021

Balade dans mon enfance / Anne J.

2122-08 Anne J

Approchez, mesdames et messieurs, dans un instant, ça va commencer !

Avant toute chose et pour l’amusement laissez-moi vous distribuer des indices pour cette visite guidée : une télévision, un petit bateau en bois, un goéland perfide, une paire de patins à roulettes, une tortue, un bocal en verre pleins de bonbons, une fausse grotte et une pile de livres.

La visite est imminente et le départ immédiat .

Voici le 33 bis de la rue d'Antrain à Rennes et son 1er étage, un double appartement pour y loger une famille plutôt nombreuse, le père, la mère et les cinq enfants plus le cabinet du père au rez de chaussée.

Au 3ème du même immeuble vivaient la grand-mère paternelle et la sœur célibataire du père, la tante Françoise qui y mourut d'ailleurs de nombreuses années plus tard.

Dans l'immeuble derrière vivait la tante Mado, au 4éme étage ; les fenêtres de sa cuisine donnaient sur la cour mitoyenne, ce qui lui permettait, avec son œil de lynx d’observer les allées et venues et de critiquer sans doute ce qui se passait chez sa sœur et son beau-frère. Médisante, moi ? Jamais !

Vous voyez, il n'y a pas que dans le Nord qu'on vit en tribu !

Pour terminer ce bref tour d'horizon familial, allons jusqu'à l'immeuble du coin, le 33, celui qui donne sur la place Saint Jean Eudes. Au 3eme étage, on trouve la cousine germaine du père, la tante Maryvonne : elle vivait là avec son mari et son beau-fils qui était aussi son neveu puisque le fils de sa défunte sœur. Vous suivez ?

2122-08 Anne JUn intérêt majeur pour les enfants, elle avait la télévision et on y allait pour voir Rintintin et « La piste aux étoiles ». , Ça sentait la pisse de chats et la poussière mais ça permettait de discuter unanimement à la récré car chez Anne, il n’y avait pas la télé.

Veuillez me suivre maintenant, nous allons descendre la rue de l'Hôtel-Dieu et faire un arrêt au 6 où se trouvait l'école de la Providence, une école tenue par des religieuses pas du tout commodes. On aperçoit la cour et son unique marronnier, les bâtiments anciens et l'école maternelle sur le côté. Anne y a suivi sa petite école du CP au CE2, après un passage de quelques mois a la maternelle

Remontons la rue et prenons la rue de Robien pour rejoindre la bibliothèque de la rue de La Borderie, un lieu essentiel dans la vie de notre personnage : inscrite dès l’âge de 6 ans dans ce lieu de culture et de bonheur, elle y passait des après-midis entières à dévorer des piles de livres, dans l'espace enfants puis dans l'espace ados, un livre par après-midi, plusieurs fois par semaine l'été, un endroit de rêve loin du bruit et loin du quotidien.

En remontant la rue de la Borderie, on arrive à un carrefour et à droite dans la rue du Thabor qui mène droit à ce jardin, la jungle pour une fillette de moins de 10 ans, qui plonge toute habillée dans 40 cm d'eau pour rattraper son petit bateau et où heureusement il n’y avait pas de canards…ils étaient plus loin et Anne émiettait des vieux croûtons de pain pour les faire venir.

2122-08 Anne JDans le jardin du Thabor, elle avait failli laisser un morceau de doigt, attaquée par un goéland perfide de la volière, mais adorait se réfugier dans la pénombre de la fausse grotte qui suintait et sentait le moisi.

En sortant par le bas du jardin, on débouche sur la rue Martenot, avec vue sur le lycée de jeunes filles où notre vedette a obtenu son baccalauréat, mais surtout on longe le square de la préfecture et ses allées goudronnées, le royaume du patin à roulettes, bien moins facile que le bac, et auquel Anne s’est adonnée parfois vers 9 ans avec une bande de joyeux gamins inventant des jeux plus ou moins dangereux, par exemple descendre en file, genre «  c’est la chenille qui redémarre »  derrière un petit vélo dans la partie la plus en pente et prendre le virage en bas. Gamelles attendues à tous les coups.

Si nous poursuivons notre route en passant devant la préfecture, c’est la rue des Fossés, et en tournant à droite, la rue Hoche : à l’unanimité, nous votons un arrêt chez la marchande de bonbons juste avant le conservatoire national, une vieille boutique avec des bocaux en verre pleins de bonbons collants «  des roudoudous qui nous niquaient les dents et des mistrals gagnants » et aussi des rouleaux de réglisse et des coquilles Saint-Jacques a la confiture, des trucs horriblement sucrés, achetés en douce avec son argent de poche.

Nous voilà presque revenus à notre point de départ, la place Saint Jean Eudes mais autorisons nous un petit détour bucolique et une pause méditante au bord de la rivière : en longeant le 33 bis et en descendant vers la rue des Tanneurs, nous rejoindrons le jardin de la grand-mère au 8 : une cabane en bois et un minuscule jardin-fouillis descendant en pente vers le bord de l’eau . Des groseilles, un grand cerisier, des plantes aromatiques et une belle tortue nommée Caroline qui hibernait tout l’hiver et réapparaissait sereinement au printemps - ou pas !

Et c’est ici que s’arrête notre visite, j’espère que vous avez passé un bon moment, il y aurait encore bien d’autres lieux de souvenirs mais ce sera pour une autre visite

N’oubliez pas le guide !

Bonne journée à vous et à bientôt !

 

9 novembre 2021

Dingé / Maryvonne

Si à l'aide de vos mots je vous parle de la "ville" de mon enfance, vous pouvez y ajouter "âge" pour ville-age car je suis vintage. Il y a si longtemps que s'est déroulé cet épisode de ma vie !

J'avais oublié en partant de mettre de l'antimite et des trous se sont formés dans le tissage des souvenirs.

2122-08 Maryvonne - Dingé 1 réduit

Quand je déroule le film, j'ai le sentiment que l'image a pâli. C'est une petite bourgade dont les maisons de granit sont solidement campées autour de l'église Saint-Symphorien et du monument aux morts. Aujourd'hui elle s'est un peu déniaisée et quelques bâtiments restaurés comme la mairie ont assez belle allure.

Alors que mon père était maréchal-ferrant ma mère tenait un estaminet estampillé «café rouge» en raison de ses opinions politiques tranchées. La bonté et l'efficacité de cette femme remarquable faisait l'unanimité. Elle nous a élevées sainement mais pas saintement. L'immensité de son rejet de la religion était pour nous un amusement. Dans ces petits villages les luttes intestines étaient autour des deux écoles, publique et privée. Il m'était défendu par exemple d'aller au patronage, interdiction que je n'ai pas toujours respectée.

C'est dans cet estaminet que je me suis entraînée au maniement des bouteilles, tire-bouchons et décapsuleurs. Un peu déteinte, l'ambiance reste gravée comme un vieux film dans ma tête.

Les acteurs vont du client préféré au dernier des rastaquouères, des midinettes du dimanche qui minaudent aux joueurs de belote, des chasseurs à l'équipe de foot après le match du dimanche après-midi, des clients de la forge aux cultivateurs et surtout l'inattendu, le client venu d'ailleurs qui nous faisait rêver. Ils étaient de passage, les bohémiens, les forains, les petits cirques et les acteurs de théâtre, mais ils nous apportaient la fantaisie qui nous manquait.

Par contre ceux qui avaient le vin mauvais, les indélicats m'ont immunisée contre ce genre de commerce. Vaccinée anti bistrot, j'ai eu la dose 1,2,3 et 4.

C'est une vie dans ma vie, la parenthèse dingéenne, un monde à part où des êtres humains aux identités variables se croisent autour d'une activité commune : boire un verre ou deux.

Quelle chose étrange quand on y pense et mon enfance est intimement liée à cela.

Ce soir nous voilà 5 clients, grâce à un cocktail de lettres et de mots mélangés, en train de méditer à sec sur l'ambiance d'un estaminet de campagne !

2122-08 Maryvonne - Bar des amis (réduit)

9 novembre 2021

K comme kiosque / Adrienne

2122-08 Adrienne - kiosque dsci7639


Il existe quelques cartes postales, un peu déteintes et floues, sur lesquelles on peut voir l’ancien kiosque à musique, avec ses ferronneries tarabiscotées qui sentaient bon l’an dix-neuf cents.

Où bourgeois et ouvriers emmenaient leur famille le dimanche, après la messe, l’estaminet et le rôti, pour écouter une des fanfares locales ou l’harmonie des pompiers. On y entendait flonflons ou conversations et les unes ne nuisaient pas aux autres.

Puis sont venues les années soixante, celles qui détiennent le record du maniement de la bétonneuse : les édiles estimaient le vieux kiosque trop fragile et l’ont instamment remplacé par du «neuf» et du «solide».

Seulement voilà, depuis qu’il est en briques et béton, on n’y joue plus de musique. Cet espace rond, surélevé, chapeauté, est devenu le lieu d’amusement de la jeunesse qui s’y adonne – sainement et intensément – au panna, street free style ou street soccer.

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