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L'Atelier d'écriture de Villejean

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8 octobre 2014

Consigne d'écriture 1415-05 du 7 octobre 2014 : Bref

Bref 

 

Bref est une pastille télévisée de Kyan Khojandi et Bruno Muschio.
Elle a été diffusée au sein du Grand Journal de Canal+ du 29 août 2011 au 12 juillet 2012.
Chaque épisdoe commence par Bref suivi d'une phrase et se termine par la même formule.
L'acteur monologue face à nous et raconte en images un événement de sa vie

Il est demandé de choisir un ou plusieurs épisodes et d'écrire le monologue correspondant. Ou d'inventer un épisode inédit respectant la même trame :
Titre = incipit = excipit
25 lignes maximum, 3 minutes de lecture maxi.

 Bref. Je suis vieille  Bref. J'ai dragué cette fille
 Bref. Ma copine travaille dans un sex-shop  Bref. Je remets tout à demain
 Bref. Baptiste est super flippant  Bref. Je me suis préparé pour un rendez-vous
 Bref. J'ai fêté le nouvel an  Bref. J'ai passé un entretien d'embauche
 Bref. Mon frère a quelqu'un  Bref. J'ai fait un repas de famille
 Bref. Je suis en couple  Bref. J'ai traîné sur internet
 Bref. Y a des gens qui m'énervent  Bref. Je joue de la guitare
 Bref. J'ai aucune mémoire  Bref. J'ai vu un psy
 Bref. Je m'appelle Éric Dampierre  Bref. J'ai recroisé cette fille
 Bref. J'ai grandi dans les années 90  Bref. J'ai un plan cul régulier
 Bref. On était des gamins  Bref. Je suis comme tout le monde
 Bref. C'était sa chanson préférée  Bref. J'ai eu un job
 Bref. Mon père veut être jeune  Bref. J'étais coincé dans un ascenseur
 Bref. Je suis un plan cul régulier  Bref. Mes parents divorcent
 Bref. J'étais dans la merde  Bref. Je suis allé faire les courses avec mon frère
 Bref. J'étais toujours dans la merde  Bref. Je me suis bourré la gueule
 Bref. J'ai fait un choix  Bref. Je suis allé à ce mariage
 Bref. J'ai fait un dessin  Bref. J'ai couché avec une flic
 Bref. J'ai un nouveau pote  Bref. Mon pote s'est fait larguer
 Bref. Mon frère est gay  Bref. J'ai eu 47 minutes de retard
 Bref. J'ai perdu mes cheveux  Bref. Je suis allé au supermarché
 Bref. J'ai passé un coup de fil  Bref. On a enterré Croquette
 Bref. C'est la merde  Bref. Mon coloc a fait l'amour
 Bref. J'ai fait une connerie  Bref. J'ai fait un rêve
 Bref. J'ai fait une soirée déguisée  Bref. J'ai fait un dépistage
 Bref. J'ai fait une soirée déguisée (partie 2)  Bref. J'ai un pote à conditions générales
 Bref. J'ai fait une soirée déguisée (partie 3)  Bref. J'ai recouché avec mon ex
 Bref. J'ai fait une soirée déguisée (partie 4)  Bref. J'aime bien cette photo
 Bref. J'ai tout cassé  Bref. Je suis hypocondriaque
 Bref. Je suis en mode survie  Bref. J'ai pas réussi à dormir
 Bref. J'ai envoyé un texto  Bref. Je suis allé au cinéma avec cette fille
 Bref. Je me suis réveillé à côté d'une fille  Bref. Je sais pas dire non
 Bref. Je suis né  Bref. J'ai couché avec Émilie
 Bref. J'ai fait une dépression  Bref. J'ai fait un concert
 Bref. Lui, c'est Kheiron  Bref. J'ai monté un meuble
   Bref. J'ai dîné avec cette fille
   Bref. J'y pense et je souris
   Bref. J'ai voulu partir en vacances
   Bref. J'ai déménagé
   Bref. J'étais à côté de cette fille
   Bref. J'ai pris le métro
   Bref. J'ai un nouvel appart'
   Bref. Je suis allé aux urgences
   Bref. Je me suis fait agresser
   Bref. J'ai eu une panne
   Bref. J'ai eu 30 ans

 

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7 octobre 2014

Bref, j'ai monté un meuble ! / Jean-Paul

Bref, j’ai monté un meuble.

 

A vrai dire, c’est mon épouse qui l’a monté. Un meuble de cuisine hyper-large et hyper lourd qu’il a fallu accrocher au-dessus de l’évier à la place des trois placards qu’elle avait descendus pour que les gars de l’entreprise précédente puissent démonter les vieilles fenêtres et remonter les neuves.

 

Elle a donc percé quatre trous dans le mur, a installé des méga-chevilles, mis les vis renforcés et le soir elle m’a attendu pour qu’on monte le meuble et qu’on l’accroche là-haut. Ca me plaisait bien qu’on en arrive à ça parce que ça faisait quatre jours qu’il y avait les assiettes dans le séjour, la farine dans l’arrière-cuisine, les gâteaux de mon goûter sur le bord de la cuisinière et que je n’osais pas trop lui dire que je ne retrouvais plus rien dans ce bordel.

 

Donc on dispose la table près de l’évier, on pose un tabouret à deux marches sur l’évier. Par-dessus on met une boîte plate qui contient des cassettes audio mais sans les cassettes audio. Elle pose son escabeau face à tout ça et on va chercher le meuble hyper-large et hyper-lourd. Avec bien du mal, déjà, on le pose sur la table. Avec encore plus de mal on le monte sur la première marche du tabouret puis sur la deuxième et quand on a réussi à ne pas le faire chavirer et à poser les perforations du fond sur les quatre vis qui dépassent du mur, je m’aperçois que j’ai les mains qui tremblent et je sens que j’ai au moins 19-12 de tension tellement j’ai eu la trouille que ce machin se casse la gueule.

 

 

Je la laisse serrer les vis pour faire éclater les chevilles dans le mur et je retourne à mes expériences de chimie amusante sur la gazinière : chez nous c’est en effet moi qui fais la cuisine et ma femme qui bricole.

 

Le lendemain, quand je rentre du boulot, elle a fait place nette : la farine, les pois cassés, mon mazagran et les assiettes sont dans le meuble suspendu.
Mais le surlendemain tout est à nouveau étalé partout dans l’appartement.


- Faut qu’on démonte le meuble, qu’elle me dit, la vis en haut à droite a du jeu !».

 

Alors on a réinstallé le jeu de badaboum et on a desserré les vis… vraiment très facilement ! Puis on a refait notre numéro d’équilibriste mais, de plus en plus forts, les artistes du cirque Krapov, à l’envers cette fois ! On est allés poser le bahut dans la chambre de notre fille puis j’ai vérifié que j’avais de nouveau 19-12 de tension. En réalité, je n’avais que 12-8 mais j’aurais pu avoir le double : Marina Bourgeoizovna a constaté que les chevilles n’avaient pas éclaté vu qu’elles étaient enfoncées dans... de la brique creuse ! Pendant deux jours on aurait pu se prendre cent kilos de vaisselle et de meuble sur le coin de la gueule rien qu’en sortant un verre pour boire un jus d’orange !

 

Bref j’ai monté un meuble !

 

 

7 octobre 2014

Bref j’écoute des vidéos sur Youtube et je crois que je ne devrais pas ! / Jean-Paul

Bref j’écoute des vidéos sur Youtube et je crois que je ne devrais pas !

Pendant des années j’ai acheté régulièrement les disques des artistes que j’aimais en vue d’écouter leur musique ou leurs chansons sur :

(Attention à la case que vous allez cocher car je suis très susceptible quand on me donne plus que mon âge !)

 un gramophone
 un Teppaz
 un vieil électrophone trop souvent détraqué
 une chaîne Hi-Fi
 un lecteur de CD

Je dois donc posséder 400 ou 500 disques vinyle car je n’en ai jamais revendu ni balancé aucun. J’ai aussi des armoires pleines de cassettes audio et, comme tout le monde maintenant, plein de MP3 sur mon disque dur d’ordinateur. Il y a des artistes dont je possède à peu près tout ce qu’ils ont pondu depuis… Non, je ne mets pas de cases à cocher ici, je dis juste « un certain nombre d’années ».

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Tout cela représente une valeur sentimentale inestimable car chaque pochette de disque, chaque album d’un artiste suivi au fil du temps évoque des ami(e)s d’une certaine époque, des moments différents de ma vie, des périodes et des lieux de notre vie commune, comme ce fameux 5 décembre 1996 où nous sommes allés écouter le Renaud de « Marchand de cailloux » au Centre culturel Joël Le Theule à Sablé-sur-Sarthe.

Dans le même genre, si vous écoutez bien sur la fin de chaque morceau, c’est réellement moi qu’on entend applaudir avec tout le public le 29 novembre 1979 sur l’album de Supertramp Live in Paris.

Tout cela représente aussi une fortune à l'achat et rien à la revente ainsi qu’un bon poids à transbahuter lors des déménagement et mes bars se souviennent bien qu’avec mon épouse préférée, celle qui monte et démonte les meubles pour le plaisir, on a souvent déménagé, une fois tous les cinq ans, c’était sa moyenne avant que ma force d’inertie ne prenne le dessus et dise « Cette fois-ci je ne bouge plus ».

En réalité, tout cela ne vaut plus rien aujourd’hui et je sens que je vais louer un emplacement à la prochaine braderie de La Touche pour me débarrasser de ces vieilleries. En effet, toutes ces richesses sonores, toute cette histoire de la musique populaire ou pas peut désormais être écoutée sur Deezer, Musicme, Spotify ; Grooveshark et Youtube GRATUITEMENT !

On peut ainsi regarder le concert de Neil Young aux arènes de Nîmes le 17 juillet 2013 dans son intégralité et dimanche dernier, tout en travaillant sur un gros document Word sur mon ordinateur j’ai écouté un concert de 2 h 45 de Steve Hackett à l’Hammersmith (Odeon ?). Ce guitariste fabuleux et mélodiste assez intrigant y redonnait la quasi intégrale des morceaux du groupe Genesis auquel il appartint de 1971 à 1977.

Parmi les invités il y avait le bassiste de King Crimson, John Wetton. Qu’est-ce qu’il a grossi, dites donc ! Du coup j’ai iconisé Google et je n’ai plus fait qu’écouter la musique sans les images. C’est que, voyez-vous, 1977-2014, ça fait 37 ans, quand même !

Bref, j’écoute des vidéos sur Youtube et je crois que je ne devrais pas ! 

Les meilleurs moments sont à :
54' : une jolie voix féminine
1 h 05 : un moment classique
1 h 52 ' : Supper's ready
1 h 18 : John Wetton !

 

7 octobre 2014

Bref, je cohabite avec une Martienne / Jean-Paul

Bref, je cohabite avec une Martienne.

Les Martiennes viennent au monde entre le 21 mars et le 20 avril et elles sont le premier des douze signes du zodiaque. On les représente comme des bêtes à cornes qui enfoncent les portes ouvertes ou fermées mais pour celle avec laquelle je vis ce n’est pas moi qui les lui fais porter, les cornes : c’est plutôt elle qui me fait porter les meubles. Moi je suis un homme de fidélité, d’habitudes et même de TOCs. C’est vous dire si, depuis le 1er septembre où Marina Bourgeoizovna, ma Martienne préférée, dispose de tout son temps pour chanstiquer la maison, je suis bousculé par cette cohabitation d’un nouveau genre. En un mois de temps les fenêtres ont été changées, les meubles de la cuisine également, la hotte aspirante suit le même chemin, la tapisserie de la cuisine a été refaite et tout ce qui était à gauche dans les placards est désormais à droite et lycée de Versailles.

Mme la Martienne a aussi repris ses activités. Le lundi soir, quand je reviens de la chorale, elle part à son atelier conte. Le mercredi, ce n’est pas raviolis mais cours de chant suivi de taï chi. Un dimanche sur trois « Madame Bricoflex » chante et danse avec Vocaline pour préparer « Le voyage dans la Lune » d’Offenbach. 

Après avoir fait du ménage dans sa bibliothèque et dans sa cave, Marina est allée jouer à la marchande à la braderie de La Touche, obligeant son mari travailleur à se lever à 6 heures du matin un samedi pour l’aider à transporter son souk.

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Non contente d’avoir jadis pratiqué l’escrime, le tir au pistolet, l’escalade, la psychologie en milieu « carcéral » scolaire, Mme Krapov fait désormais du longe-côte à Saint-Malo une fois par semaine et il y a sa combinaison orange qui pendouille ensuite au-dessus de la baignoire. C’est bien simple, chaque fois que je vais me laver les dents, j’ai l’impression d’entrer dans une cellule de Guantanamo.

Ajoutons que Marina gère la comptabilité de deux associations, qu’elle a, avec une de ses collègues, un projet d’espace jeux pour favoriser le dialogue des parents immigrés avec leurs enfants et qu’elle veut proposer ses services de conteuse au Noroît. On reconnaît bien là la resquilleuse qui, sous prétexte de vol retour annulé, a prolongé son séjour à Barcelone d’une journée pour monter voir au Tibidao si j’y étais. Et non, je n’y étais pas : j’étais dans le train du retour puis à la gare Montparnasse en train de traverser la foule des supporters bretons venus assister à Rennes-Guingamp en finale de la Coupe de France.

Justement, qu’un Lunatique comme moi puisse, pareil à la Mer de la tranquillité, supporter sans plus broncher tout ce tohu-bohu de native de la planète rouge, ça me la coupe !

Bref, je cohabite avec une Martienne !

7 octobre 2014

Brèves de "Bref!" / Dominique MD

Bref ! J'ai eu un job.

Ce matin, il y avait des embouteillages. J'ai décidé de prendre mon vélo. Les pneus étaient un peu dégonflés, mais il roulait.

En arrivant au premier carrefour, le feu est passé au rouge. J'ai voulu passer quand-même. J'ai appuyé très fort sur les pédales, peut-être est ce pour cela que la chaîne a sauté. Je l'ai remise très vite mais j'avais les mains pleines de cambouis.

J'espérais les laver avant l'entretien d'embauche, mais une hôtesse m'attendait et j'ai été conduite aussitôt chez la DRH. Je gardais mes mains soigneusement cachées sous mon sac à main. Elle m'a dit : « il y a beaucoup de candidats, vous n'avez pas vraiment le profil du poste et il nous faut quelqu'un d'opérationnel dès lundi ». Puis elle m'a emmenée chez le directeur-adjoint.

Il a voulu me serrer la main. J'ai tendu la main gauche qui était moins sale. Il m'a dit : « Vous êtes gauchère ».

- Oui, aujourd'hui ! 

- Ah ! C'est intéressant ! Nous avons besoin de diversité dans l'entreprise. Revenez lundi !

Bref ! J'ai eu un job!

 ***

Bref ! J'ai aucune mémoire.

J'ai noté son numéro de téléphone sur un bout de papier. Quand j'ai voulu l'appeler, j'avais perdu le papier. C'est lui qui m'a rappelée. Il m'a donné un rendez-vous au café Zola. Quand j'y suis allée, il n'était pas là. Le lendemain il a à nouveau appelé. Je m'étais trompée de jour. Il m'a dit : « Je viens chez toi demain ». J'étais tellement contente que j'ai passé le reste du jour et de la nuit à me répéter « il vient demain, il vient demain ! Le lendemain quelqu'un a sonné à la porte. J'ai ouvert, croyant que c'était lui. Je ne l'ai pas reconnu. Pourtant, c'était lui !

Bref ! J'ai aucune mémoire !

 ***

Bref ! Je suis en couple.

Je lui ai dit « Tu parles vraiment trop ! Ça me saoule. »

Je lui ai dit : « Mon appartement est trop petit. Ne viens pas ! »

Je lui ai dit : «  Ne me dérange pas , je prépare un exposé. »

Je lui ai dit : « Je ne sais pas faire les desserts. » Or, il est très gourmand.

Je lui ai dit : « Mon lit est très étroit, on n'est pas confortable à deux ». Or, il est assez massif.

Je lui ai dit : « La nuit, je rêve tout haut, et parfois, je ronfle». Lui, il a l'oreille musicale et le sommeil léger.

Je lui ai dit : « L'hôtel, c'est très cher. On ne peut pas se payer ça ».

Je me suis réveillée, un matin, dans sa grande canadienne, au camping du Touquet.

Bref ! Je suis en couple !

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1 octobre 2014

Consigne d'écriture 1415-04 du 30 septembre 2014 : Fusion de trois textes poétiques

Fusion de trois textes poétiques

 

L'animatrice demande de fusionner trois textes poétiques. On gardera la trame syntaxique du premier texte mais on remplacera son vocabulaire par des mots issus de deux textes fournis à la suite.

La matrice : Thomas Vinau - la Part des nuages

Le texte vocabulaire 1 : Marius Chivu - La ventolière en plastique

Le texte vocabulaire 2 : Pasolini. - le Lamento de l'excavatrice


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30 septembre 2014

Isaure Chassériau se fait couper les cheveux chez Francis le coiffeur-philosophe / Jean-Paul

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Il coupe la toison, ouvre la juvénile valse du peigne et des ciseaux, lacère parmi les ondulations. Il promène le museau de la tondeuse parmi cette forêt. Elle l’allume à nouveau avec son jardin de macarons et son quelque chose qui n’est pas à sa place dans cette robe rose et printanière. Mais rien ne va. Rien n’est mieux. La plastique est parfaitement baroque, abrupte et frisée drue. Comme un voile de pollen qui voudrait caresser les oiseaux dans la lumière neuve du jardin.

Sa chance réside dans sa propension au plaisir, dans les beaux restes de ses mèches qu’elle a su préserver des cicatrices de l’écroulement et dans son désir de clairières, de prés printaniers, de lumières de paradis, d’errance d’oursonne excavatrice dans la ville à moitié vide malgré l’heure matinale.

Lui, Francis, le coiffeur-philosophe, voudrait capter, dès qu’il le peut, des fragments d’attention, des encouragements pour qu’il se remette à tournoyer, à lâcher des figures de style ou des formules de soprano qui bougent là-haut en apesanteur et qui s’offriraient à lui dès qu’il lèverait le peigne au ciel. Mais aujourd’hui le grand ballet des aphorismes et des sentences définitives s’est glissé dans une pile de silence haute jusqu’au plafond.

C’est pour ça qu’il aimerait mieux être dehors, transporté par le flot de ses pas. Il lui arrive même d’avoir des envies prunifères envers cette jeunesse, de vouloir la mettre à l’amende, de désirer grimper aux rideaux du zeugma, de la périphrase et de la fenêtre qui donne sur la rue pour que, du sommet de cette colline, il voie, au-dessus de l’espace bleu ciel de la blouse enfilée par la cliente, se suspendre ne serait-ce qu’un instant l’incessante danse de ce mutisme soudain.

 

Isaure

C’est plutôt beau quand le coiffeur s’énerve, songe-t-elle. Quand les pistes se brouillent dans son désert de mots. Quand les nuages de perplexité se dressent dans ses muscles, dans ses crocs de verrat. Que Francis lève un menton noir, défiant, en fronçant les sourcils m’indiffère. Je sens que je ne lâcherai pas. La patience est la mesure du véritable amour, jusqu’à l’explosion du feu allumé sur la gelée blanche, jusqu’à la révolution du vent léger, désespéré qui enflamme la peau de sa douceur.

Car Isaure, malgré les apparences, ne lâche rien elle non plus. Juste un peu surprise de temps à autre, perdue dans ses jeux, mais c’est pour mieux conjurer les aléas d’un quotidien terre à terre qu’elle transgresse à sa manière les codes sociaux inégaux, vieux comme le temps, gris comme les tempes, luisants et patinés le long des routes, qui permettent que, seul maître à bord après Dieu, à la suppliciée du fauteuil comme aux décrépis friables comme des os qui patientent sur les deux longues banquettes, le coiffeur-philosophe assène ses vérités sur la forme du 8, le cheval qui ressemble à Shakira et va gagner selon lui la course de dimanche, l’église écroulée du PSG relégué derrière Marseille en ce début de championnat, le soleil de ce merveilleux matin et patati et patata. Il y a chez lui un instinct de survie qui lui permet de ne jamais perdre le fil de cette logorrhée, comme s’il possédait en tête l’ordre immuable dans lequel les chars de ce Corso fleuri vont défiler sur cette placette familière.

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Aussi, quand il déprime, parce qu’il est seul, parce que la cliente n’accroche pas, succède au premier réflexe, celui du repli loin des mises en plis, un irrépressible besoin de sortir, de se mêler à l’air ambiant, de croiser d’autres solitudes et de frotter au passage quelques-unes à la sienne.

Il y a des moments comme ça, malheureusement parcimonieux et rares, pense Isaure, où on a l’impression de ne pas parler la même langue que l’autre.

Il y a des moments comme ça, heureusement parcimonieux et rares, pense Francis, où on a l’impression de ne pas parler la même langue que l’autre.

 

24 septembre 2014

Consigne d'écriture 1415-03 du 23 septembre 2014 : Dialogues à base de chansons

Dialogues à base de chansons

 

Chacun reçoit de l’animateur un recueil de chansons d’un même auteur-compositeur ou interprète (Piaf, Montand, Trénet, Renaud, Brassens, Brel, Pierre Perret, etc.). 

Il doit écrire un texte avec de nombreux dialogues dans lesquels on retrouvera des extraits de chansons.

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23 septembre 2014

Tonton Nestor / Jean-Paul

- Qu’est-ce que tu fais là ? a demandé Tonton Nestor.
- Rien, Tonton ! Avec mon copain Archibald, on joue juste à l’Ecoute-aux-portes !
- Poussez-vous donc un peu, les mômes ! Je n’ai pas très envie que vous renversiez cette grande potiche. Elle vient de Chine, elle coûte une fortune. Allez jouer dehors, garnements !
- Mais… Tonton Nestor. C’est qu’il pleut abondamment, bien plus que dans la Bretagne et la Belgique réunies !
- Alors va-t-en voir là-haut si j’y suis, Augustin !

On ne se l’est pas fait dire deux fois. La maison de Tonton ressemble à un musée et rien ne nous plaît plus, à mon copain Archie et moi, que d’en explorer les coins et les recoins chaque fois que Maman nous laisse en garde chez Tonton. Ce jour-là, du coup, comme on avait la permission, on est allés jouer aux aventuriers dans le grenier.

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Chez Tonton Nestor, le comble des combles c’est qu’on n’y trouve aucune poussière. Tout l’amoncèlement d’objets exotiques, hétéroclites, insolites et cosmopolites qui se trouve là est propre comme un sou neuf. La petite statuette à laquelle il manque une oreille semble avoir été sculptée la veille, la collection de plumeaux de Tonton semble avoir été nettoyée au plumeau et le vieux scaphandre orange est comme prêt à servir.

- Messieurs a clamé Archibald du haut de ses neuf ans en refermant la porte, allons faire à présent la tournée des boxons !
- Du boxon, Archibald !

On a fouiné un peu partout et on a commencé par ouvrir un coffre aux trésors dans lequel il y avait surtout des vêtements de femme. Ça nous a paru surprenant parce que Maman m’a toujours dit que Tonton Nestor était resté « vieux gars » et c’est vrai qu’il n’y a jamais personne du sexe féminin à lui rendre visite chez lui du moins quand Maman a son bridge et qu’elle me dépose chez Tonton avec un de mes copains. Tonton Nestor, depuis que je suis tout petit, c’est mon baby-sitter préféré !

- Attends une minute Augustin. Retourne-toi, je te prépare une surprise !

J’ai fait ce que mon pote demandait, j’ai contemplé le tableau du pirate barbu avec son chapeau à grandes plumes et sa caravelle au loin sur la mer pendant qu’Archibald, je m’en doutais bien, enfilait un déguisement.

- Alors mon rat ? Est-ce que je te tente ?

Mon Dieu, ce que c’est tout de même que de nous ! Cet idiot d’Archibald s’était vêtu d’une robe rose à manches courtes et bouffantes et il s’était mis des fleurs sur les oreilles !
- Remball’ tes os, ma mie, ai-je répondu. Tu es bien trop maigrelette à mon goût !
- Allons, ne te défends pas ! Avoue que je te plais ! Tu me plais, viens donc, beau militaire !
- Je suis le maître à bord ! Sauve qui peut ! Le vin et le pastis d’abord ! Chacun sa bonbonne et courage ! » criai-je en m’enfuyant à l’autre bout du grenier.
- Je suis un p’tit poucet perdu ! Je suis seule et j’ai peur ! Ouvrez-moi par pitié !
- Le bon Dieu me le pardonne, mais chacun pour soi !

Là-dessus, parce que la virtuosité est une affaire de balourds, ce gros malin d’Archie, bien que ses frêles mollets fussent empêtrés dans les dentelles de sa robe trop longue, a quand même réussi à m’agripper et a entrepris de m’embrasser !

- Arrête, crétin, ai-je dit. J’ai vu par la lucarne qu’il a cessé de pleuvoir et que le soleil brille. On peut retourner jouer au foot dehors.
- Le temps, madame, que nous importe ? Les femmes adultères, d’abord, n’en ont que faire !
- Attends, je ne suis pas une femme moi ! T’as dû te gourer dans tes répliques ! Je suis un pirate porté sur la bouteille !
- Les poivrots, le diable les emporte ! Reviens plutôt au coffre essayer d’autres déguisements !

Effectivement, Archibald a voulu me faire revêtir une autre robe d’apparat avec une coiffe blanche ridicule et pour rire encore plus, m’a affublé d’un miroir orné de marguerites mais j’ai refusé et j’ai jeté mon dévolu sur une superbe veste blanche avec un nœud papillon de la même couleur. Une fois que je l’ai eu enfilé, Archie m’a appelé.

- Hé ! Augustin ! Qu’est-ce que c’est que ça ?

Il s’était arrêté devant une grande malle verticale sur le couvercle de laquelle une étiquette disait « Fermé jusqu’à la fin des jours pour cause d’amour ».

- Tu crois qu’on peut l’ouvrir ? C’est peut-être dangereux ?
- Je ne sais pas ! Essaye pour voir ! Tu vas peut-être trouver dedans la femme ou l’homme de ta vie ?

Archibald a fit glisser deux petits boutons métalliques ronds. Cela a libéré deux fermetures à ressort puis il a soulevé le petit cliquet au milieu, ouvert le couvercle de la malle et alors nous sommes restés pétrifiés quand une voix d’outre-tombe est sortie de l’horreur à bandelettes qui était à l’intérieur.
- Merci ! Qu’on pût encore me désirer ce serait extraordinaire et pour tout dire inespéré ! Je ne suis pas bien grosse mais ça n’est pas de ma faute !
- Une momie ! » me suis-je exclamé en poussant Archie du coude.
- Et qui cause ! » m’a-t-il répondu d’une voix chevrotante. Il ouvrait de grands yeux hébétés et il me faisait mal à force de me serrer le bras. La momie poursuivit ce qui ne semblait être qu’un monologue.
- Mon cher, dit-elle, vous êtes fou ! J’ai deux mille ans de plus que vous !

Soudain il se passa une chose encore plus étrange. La momie pivota sur elle-même, ses yeux devinrent deux boules rouges phosphorescentes, elle fixa son regard sur moi et dit :

- C’est toi que j’aime et si tu veux tu peux m’embrasser sur la bouche et même pire !

Elle me tendit ses bras, ses lèvres, comme pour me remercier mais Archie réagit le premier et d’un coup sec il rabattit le couvercle de la malle. Nous repoussâmes les verrous tandis qu’à l’intérieur la momie protestait :
- Aïe ! Vous m’avez fêlé le postérieur en deux !

***

Quand l’incident a été terminé, nous nous sommes épongé le front et sans demander notre reste nous avons redescendu l’escalier quatre à quatre, encore haletants, les cheveux dressés sur la tête d’avoir ressenti un tel effroi.

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Pour donner le change à Tonton Nestor, une fois arrivés en bas, nous avons rectifié notre tenue et nous avons pris chacun un illustré dans sa collection de bandes dessinées. Puis nous nous sommes installés sagement sur le canapé du salon.

Tonton Nestor nous tournait le dos car il était en train de téléphoner. Nous l’avons écouté sans qu’il se rendît compte de notre présence :
- Non, Irma, disait-il à son interlocutrice. Je ne pourrai pas tout de suite. Quand je travaillais encore dans son château, Madame la marquise m’a collé des morpions. Ils ont grandi depuis et je suis en train d’en garder un. Quand j’aurai rendu Augustin à sa mère je viendrai te prouver que je n’ai jamais aimé que toi, ma Bibiche.

C’est donc ce jour-là que j’ai appris, tout à fait par hasard, à cause d’une momie nymphomane, que Tonton Nestor n’était pas mon oncle mais bel et bien mon père génétique ! Dès qu'il s'agit de cacher la poussière sous le tapis, les adultes sont décidément très forts !

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23 septembre 2014

Tonton Nestor et le Hezbollah / Dominique MD

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« Mon cher, dit-elle, vous êtes fou, j'ai deux mille ans de plus que vous ». Tonton Nestor n'en croyait pas ses oreilles. Lui qui avait mis la zizanie aux noces de Jeannette, lui qui avait mis un pinçon en son éminence charnue, lui qui n'avait pu, jamais, mettre un peu d'ordre dans sa tenue, ses propos, ses façons d'être, voilà qu'une statue, et pas n'importe quelle statue, une statue de reine, le tenait en respect, lui disait « pas touche !», l'enjoignait de garder ses distances, d'arrêter de maudire.

Deux mille ans, diable ! Qui pouvait bien être cette femme ? C'était refroidissant.

Il arpentait un ancien cloître glacial, un soir de décembre, au Liban, à Tripoli exactement. La neige était tombée depuis plusieurs jours sur le Mont Liban, c'était magnifique.

 

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Il s'était joint à un groupe de joueurs de cricket pakistanais, rencontrés dans l'avion Paris-Beyrouth. Eux poursuivraient leur route vers l'Est, lui remonteraient vers le Nord.

« Le temps, madame, que nous importe ! ». Voilà ce qu'il aurait voulu répondre. Mais il n'avait pas eu le temps. Déjà le groupe se déplaçait, il ne voulait pas perdre ses joueurs de cricket. Avec eux, il s'amusait vraiment. Certes, il ne parlait pas l'ourdou, et ne comprenait pas non plus leur anglais chantant parlé à la façon indienne. Lui ne connaissait tout au plus que dix mots de la langue de nos voisins. Mais curieusement, la statue lui avait parlé dans une langue qu'il avait comprise. Ce n'est pourtant pas la Pentecôte, pensait-il !

Les joueurs de cricket s'engouffraient maintenant dans un car qui devait les emmener au restaurant à Byblos. Il se fit tout petit, cacha son visage et ses bacchantes dans sa casquette et monta incognito dans le car. A Byblos, il regretta un peu son initiative. En effet, les joueurs étaient accueillis dans un restaurant luxueux. Dans l'entrée, on servait du champagne et des mezzés. Mais bientôt, il faudrait s'asseoir à table or sa place n'était pas prévue. Il pensait passer le temps du repas avec le chauffeur de car mais celui-ci était déjà reparti pour essayer de garer son engin quelque part dans les rues étroites de la ville.

Il alla alors se cacher dans les toilettes, le temps du repas des joueurs. Mais au bout de dix minutes d'enfermement, il entendit une voix semblable à celle de la statue : « Etranger, sauve-toi d'ici, ou l'on donne l'alarme aux chiens et aux gendarmes !». Les gendarmes, il en faisait son affaire, il avait toujours su leur parler. Il avait fait ses premières armes à la foire de Brive la Gaillarde, où il s'était interposé entre quelques dizaines de gaillardes et des gendarmes mal inspirés. Mais les chiens, il en avait une peur bleue. Des chiens arabes, qui plus est !

Il se mit alors à écrire fébrilement sur le papier de toilettes, qui s'effilochait un peu : « Fermé jusqu'à la fin des jours pour cause d'amour !», et réussit à suspendre son libelle à l'extérieur de la porte, pendant un instant où il était seul. Le temps passait, il n'entendait plus rien, il se mit à craindre que les joueurs ne fussent partis sans lui dans leur hôtel près de la route de la corniche.

Il sortit des toilettes. Il n'y avait ni chiens, ni gendarmes. Le restaurant s'était vidé. Il restait seulement un serveur endormi, au fond du restaurant une femme de ménage  magnifique, belle comme la statue du cloître, qui rangeaient les tables abandonnées par les joueurs de cricket, et,  attablé au bar, un vieil irlandais, ivre probablement puisqu'il lui dit : «  C'est toi que j'aime, et si tu veux, tu peux m'embrasser sur la bouche et même pire ». Puis il continua : « Cher Monsieur, vous êtes un autre !».

Tonton Nestor était dans une situation inédite. Lui qui venait de Brive-la-Gaillarde n'avait jamais été confronté à un vieil Irlandais ivre, gay de surcroît. Il se rappela les leçons de son grand-père qui avait fait la guerre de 1870 contre les Prussiens. Il garda son sang-froid, et répondit « C'est aujourd'hui que je le perds ! ». Au moins pour la nuit, il aurait une chambre et un lit et de la compagnie. « Venez ! » dit l'Irlandais, « je vous montre le chemin, et vous conduis at home ».

On ne sait pas ce qu'il advint de tonton Nestor mais pendant la nuit la femme de ménage rémunérée par le Hezbollah pour espionner tonton Nestor, qui était aux aguets dans la chambre à côté, entendit une des deux voix dire « Qu'est ce que tu fais là ?», et l'autre répondre « Pousse donc un peu !».

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