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L'Atelier d'écriture de Villejean

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26 janvier 2016

D'un nuage l'autre : prendre de la hauteur / Jean-Paul

Ma nièce Célestine dite « la Céleste » réclame qu’on aille toujours plus loin, toujours plus haut. Elle va être ravie ! Me voici aujourd’hui à pelleter les nuages, une expression québécoise qui signifie qu’on est un rêveur, qu’on n’a pas les pieds sur la terre, qu’on tient peu compte des réalités. Et pourtant si. Je me demande même comment on conjugue le verbe "pelleter". Si ce n'est pas une préoccupation réelle, ça !

Ce verbe est-il construit sur le modèle de haleter ? On dirait alors « j’halète ou je halète », je pelète, on hériterait de Bruxelles d’une prime à la vache haletante mais d’un seul coup je me souviens que le Québec ne fait pas partie de l’Europe. Ce verbe est-il construit sur le modèle de jeter ? Je jette, je pellette. Ca nous rappelle « J’ai vu le loup, le renard et la pelette, j’ai vu le loup le renard chanter, la jument de Michao passer dans le pré et la belette mémérer ».

En effet, prenant exemple en cela sur Bernadette Chirac, la belette mémère. Elle a un nez de fouine, elle épie, elle écornifle, elle est prête à médire, à cancaner, à débiner, la bignole ! Gardez-vous de prêter le flanc à ses commémérages ! De toute façon, ne prêtez jamais le flanc à personne ! Il est très rare qu’on vous le rende, surtout si c’est un flanc aux œufs.

AEV 1516-17 photo de nuage et expression québécoise 2016 01 26Au Québec, les brunes comptent pour des prunes. Quelle que soit la couleur des cheveux de la dame, si on a une petite amie, ce sera forcément une blonde. Vous deviendrez son chum une fois que vous serez tombé en amour avec elle. Si tout se passe bien on est vite rendu au stade « être en amour par-dessus la tête ». Sur la cendrée du dit stade, on fait des tours et des détours et là, deux solutions. Soit on se marie, soit on est accoté. Concubin, si vous préférez. On se promet d’être fidèle et on ne casse pas trop de vaisselle puisqu’il n’y a pas eu de liste mariage déposée chez Pronuptia. Mais attention, on peut être accoté et quand même dans le lit ! C’est étrange, non ?

Mais trêve de préambule ! J’étais donc ce jour-là accoté à une blonde qui était brune, nous étions au creux du lit, nous reposant après des ébats fougueux, quand soudain la ficelle qui reliait mon bras à sa cheville s’est cassée. Du coup, on a cassé. Comme elle tenait à la main une grappe de ballons gonflés à l’hélium, elle s’est envolée dans les nuages, direction le huitième ciel. « Toujours plus haut ! » a dit ma nièce !

Que devais-je faire ? Il n’était plus temps de pelleter en avant. Je ne devais pas montrer que j’étais un deux de pique, que j’étais du genre poche au jeu de l’amour. Je tenais à elle alors j’ai fouillé dans ma poche et j’ai sorti un grand livre que j’avais déjà en partie dévoré. C’était un roman-fleuve écrit par un senteux. Ou bien c’était l’Ecornifleur, de Jules Renard, mais pas celui qui chantait avec le loup et la belette. Je ne sais plus, parce que tout de suite, quand je me suis replongé dedans, j’ai pelleté dans la cour du voisin les problèmes de gravitation universelle, de loi de la pesanteur, d’attraction terrestre et tout ça. Si cette fille disparaît de ma vie, me suis-je dit, l’existence me pèsera et moi je n’aime rien tant que la légèreté. Si je me suis attaché à elle, c’est qu’elle me faisait planer aussi et comme c’est elle qui m’attire, et pas la terre, je ne pèse plus rien et je peux m’envoler pour la rejoindre. Je veux être son chum à jamais, c’est-à-dire l’être pour toujours. Je me suis remis sur le piton, j’ai pitonné sur le premier mot de la première ligne de la page 99 et le livre et moi, on s’est envolés. Facile pour le livre, il ne pesait même pas une livre.

Vu de là-haut, mes amies, vous semblez très bizarres ! J’ai eu vite le piton collé, mort de rire, LOL comme on dit désormais. Comment ? me suis-je dit, il y a là neuf personnes dans la salle Mandoline et aucune ne placote avec sa voisine. Aucune ne pique une jasette avec Cosette, aucune ne taille une bavette, aucune ne fait sa pipelette, pas la moindre causette, un vrai congrès d’ascètes ! Tout le monde fait silence et écrit autour d’une boîte de chocolats dans laquelle il reste treize carrés. Jeff de Bruges est vexé qu’on le boude ! Après on dit les femmes bavardes ! Après on dit les femmes gourmandes !

Toujours plus haut, toujours plus haut et pas de traces de ma blonde. Pour me désennuyer un peu et tuer le temps comme on peut avant d’arriver sur Saturne j’ai pris cette fille en stop sur mon grand livre. Elle était sur un nuage et levait le pouce alors j’ai levé le pied.

AEV 1516-17 JP Nimbus

- Vous allez vers les cumulo-stratus, professeur Nimbus ?
- Ne pelletons pas de la boucane. Montez. Si on en rencontre à votre convenance, je vous déposerai.

Elle avait de longs cheveux noirs et une combinaison moulante d’acrobate de cirque danseuse de tango ou de femme-grenouille danseuse de java.

C’était un beau voyage mais quand on a été rendus au-dessus des derniers nuages je me suis souvenu d’un seul coup que je souffrais d’acrophobie.

- S’il vous plaît, arrêtons ce rêve et ce texte, lui ai-je proposé.
- Pourquoi ? On est bien ici ? J’étais très contente d’avoir trouvé un co-voiturage où l’on ne jase pas.
- Désolé mais j’ai un peu peur d’avoir deviné la chute et je crains fort que, comme pour Isaac Newton chez Gotlib, elle ne soit pour ma pomme.
- Aussi vrai que je m’appelle Céline de Dion Bouton, je n’ai jamais vu un aéronaute aussi pleutre !
- S’il te plaît, Céline ! En fait je suis spéléologue spatio-temporel et je ne peux pas monter plus haut que le grenier ni descendre plus bas que la cave. Redescendons, je t’en prie ou sinon je vais me répandre en flaque d’eau dans l’illustration de la page 202 du bouquin. Ce serait dommage d’abîmer un si beau livre !

Elle a eu pitié de moi, elle a gueulé un grand coup, comme savent faire les chanteuses canadiennes : « Goéland » !

Bretagne 16 goéland sans bords

Alors cet oiseau blanc dont j’avais fait le portrait en aquarelle en 1992 est arrivé illico. Il s’est posé sur sa main.

- Mon pelleteur de nuages n’est pas très en train, a-t-elle dit à l’oiseau. Amène lui donc celui de 8 h 47.

Derrière lui est arrivé un train à vapeur, du genre de ceux qui font de courtes lignes et des signaux de fumée-poèmes pour les Indiens. J’ai grimpé dans le wagon de queue. Au fur et à mesure qu’on redescendait c’est devenu un bus. Quand nous sommes arrivés à la gare de Rennes, je me suis réveillé. J’étais dans mon lit et je me fichais bien de savoir ce qu’il était advenu des deux canadiennes dans les nuages. Bien content d’avoir cassé sans avoir cassé du sucre sur leur dos. Bien content d’être revenu sur une terre bien ferme.

Bien content de pouvoir y planter ma tente en ayant satisfait ma nièce !

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26 janvier 2016

Les mots et les pages / Josiane

Elle surfe sur les mots
Elle surfe sur les pages
Elle donne à manger des rimes aux nuages.

L'oiseau blanc descendu
L'a vue.

Le ciel lentement déchire,
Son manteau de coton blanc.

Elle trace une phrase
Dans l'entaille ébauchée.

Une phrase à couper au couteau
Une phrase belle comme l'oiseau.

L'oiseau picore les mots,
L'oiseau refait la phrase
Qui se déploie et flotte et jase.

Le vent la prend,
Le vent l'emporte,
Qu'importe.

AEV 1516-17 photo de nuage et expression québécoise 2016 01 26

Les phrases sont faites pour être lues,
Sur un banc, dans la rue,
Dans la cour d'une école,
Sous un coin de ciel bleu,
Au fond d'une cellule.

Mais, le livre à perdu ses couleurs.
Et, à genoux sur les images
Elle s'envole...

L'oiseau a déployé ses ailes,
Ils partent pour le long voyage
De page en page.

Au loin, très loin...

...Le mot fin.

AEV 1516-17 josiane La fin qui nous attend

26 janvier 2016

La Blonde envolée / Eliane

AEV 1516-17 Image de nuage québécois

A force de pelleter des nuages, ma blonde s'est envolée. Elle a décidé de quitter cette terre où tout lui paraît trop concret, lourd, fastidieux.

Ce soir-là le ciel était beau, d'un bleu sombre et profond. Les nuages étaient denses, épais, presque noirs au-dessous. D'autres, plus légers, s'étiraient langoureusement plus haut dans les nues. C'était tellement tentant, cet infini moutonneux.

Ma blonde a décidé de rejoindre cette liberté promise, cette beauté. Elle s'est accrochée à une grosse grappe de ballons, bleus et blancs, déjà une promesse.

Elle est allée se perdre si loin que je ne sais si je la reverrais jamais.

Alors je pleure, je n'ai pas su la retenir. J'ai l'impression d'être un deux de pique. Si elle a préféré ses rêves à ma compagnie aimante c'est que je suis un médiocre, un incompétent. Je ne peux m'empêcher de penser que si j'avais été plus intelligent, plus instruit, plus drôle, elle serait restée, intéressée par ce que j'aurais eu à lui offrir.

Son amie, sa confidente, apitoyée par mon chagrin, me propose, pour tenter de la rejoindre, de prendre place à ses côtés sur son livre d'images et de se faire tirer par les oiseaux qu'elle a si bien su apprivoiser tout en douceur.

J'hésite. Les oiseaux seront-ils assez forts ? Il leur fallait tout de même prendre en charge deux personnes !

Et puis son livre est pas mal abîmé, il a beaucoup vécu, ses pages ont été maintes fois tournées et contemplées. Elles ont subi le vent, la pluie, la neige, le gel. Des morceaux entiers manquent, il risque de se déliter en route, nous laissant lourdement retomber sur le sol, nous brisant en mille morceaux comme des morceaux de verre.

Elle m'accuse d'être couard, de ne pas mériter celle que j'aime, et qu'il n'est pas étonnant qu'elle soit partie.

- Tu n'es pas un vrai chum !» me crie-t-elle. Mais elle a tort sur ce point, je suis en amour par-dessus la tête.

Mais cette amie a raison sur un autre point : je ne suis pas téméraire. Je n'ose jamais sortir des sentiers battus, j'ai peur de l'aventure, peur de quitter mes repères, même si la perspective est infiniment séduisante, voire vitale.

Elle me crie de me remettre illico sur le piton, sinon elle partira sans moi.

AEV 1516-17 Le_Meilleur_de_Beau_Dommage_Compilation

Ce qu'elle veut, c'est attraper le train de bonheur qui la mènera vers la légèreté, loin de la pesanteur de la vie quotidienne sur terre et de tous ses tracas. Elle veut rejoindre son amie et piquer avec elle une jasette tranquillement assises sur un gros nuage joufflu.

Mais mes pieds sont en plomb et restent fermement collés au sol.

Je choisis la terre ferme plutôt que les nues. Je choisis de ne jamais rejoindre ma blonde dans son paradis. Je choisis ce que je connais déjà, ce qui ne me déstabilise pas

Mon magnifique rêve d'amour se transforme en une sourde nostalgie des moments heureux avec, chevillé au cœur, l'espoir fou qu'un jour elle reviendra.

20 janvier 2016

Consigne d'écriture 1516-16 du 19 janvier 2016 : Contes de Lannion à réécrire

Contes de Lannion à réécrire

 

L'animateur a participé à un stage de conte qui avait lieu à Lannion. Il a ramené sept enregistrements de contes qu'il a transcrits sur le papier. Il demande que chaque écrivant(e) réécrive le conte qu'il reçoit "à sa sauce" pour le restituer aux autres participant(e)s.

 

LA GRAND’MERE DU PAYS DE PLUIE

AEV 1516-16 grand-mère conteuse

Il était une fois une petite grand-mère qui vivait dans un pays de pluie fréquente.
Elle est bien tranquille chez elle à tricoter au coin du feu quand soudain on entend des coups à la porte. Elle va ouvrir et se trouve nez à nez avec un cheval tout trempé.

- Ma pauvre bête ! s’écrie-t-elle. Mais tu vas attraper la mort. Fais le tour de la maison ! Viens dans la grange, je vais te bouchonner et tu resteras-là le temps que la pluie cesse.

Elle fait ainsi puis va se réinstaller près de son foyer, reprend son ouvrage. Une maille, deux mailles, dix mailles. Toc toc toc ! Rebelote ! Cette fois c’est une chèvre. Même discours.
L’opération se renouvelle avec un chien, un chat, puis un pigeon qui tape au carreau.
A la fin elle va se rasseoir mais elle entend un remue-ménage pas possible dans la grange.
Elle va voir mais impossible de comprendre ce qu’ils veulent. Alors le vieux tracteur prend la parole et dit :

- Etre au sec c’est bien, mais recevoir de la chaleur et de l’amitié, c’est mieux !

Alors la petite vieille les fait entrer dans la maison et les animaux calmés se posent autour du feu.
Au lieu de reprendre son tricot elle leur dit : Je vais vous faire la lecture. Elle prend un grand livre et commence : « Il était une fois une petite grand-mère qui vivait dans un pays de pluie fréquente…


BÉBERT

AEV 1516-16 cantonnier

C’est Bébert. L’innocent du village, le cantonnier, le traîne-savates. Quand il a quelques sous il va rejoindre les autres au bistrot « On est mieux ici qu’en face ». Oui, celui qui est en face du cimetière. Quand il n’a plus de sous il chine le patron ou les autres clients pour avoir un verre gratis. Ce jour-là il dit au patron :

- Si tu me payes un verre, je te montrerai ce que j’ai dans ma poche gauche.

Le patron se doute bien qu’il va sortir un mouchoir crasseux ou une autre bêtise mais il cède.
Bébert sort alors de sa poche une minuscule cage à oiseau. Dedans un oiseau de paradis miniature se met à siffler une chanson tellement belle que tout le bistrot s’immobilise et vient écouter au comptoir.

Quand l’oiseau a fini, Bébert remet sa cage dans sa poche.

Le patron sidéré veut acheter l’oiseau mais Bébert refuse. Discussion à n’en plus finir, à la fin de laquelle Bébert dit :

- Si tu me payes encore un verre, je te montrerai ce que j’ai dans la poche droite.

Le patron offre un deuxième verre et Bébert sort une petite boîte d’allumettes. A l’intérieur il y a un piano minuscule et une petite souris qui se met à jouer et à chanter un rock endiablé. Tout le monde danse dans le bistrot. A la fin du morceau même discussion que précédemment. Même refus.

Puis Bébert s’en va. Sur la grand’ place du village il sort la boîte d’allumettes et dit à la souris.

- Moi, te vendre à ces ignares ? Jamais ! Ils n’ont même pas vu que tu étais ventriloque !

 

LE CHIEN

AEV 1516-16 toutouig

Ce conte-ci est rythmé par la berceuse bretonne Toutouig :

Toutouig la la va mabig
Toutouig la la

C’est une petite grand-mère qui vit toute seule dans la dernière maison au bout du village. Elle est veuve mais elle est heureuse parce qu’elle a un mignon petit chien. Il n’a pas le droit de monter sur son lit mais elle lui a installé un panier au pied de son lit et le soir après avoir fermé la lumière elle laisse pendre son bras et sur le bout de ses doigts le chien passe sa langue douce, chaude et humide et ça l’apaise, ça la rend benaise et elle s’endort heureuse.

Toutouig…

Parfois elle se réveille la nuit. Elle tend l’oreille mais ce n’est rien que le vent dans les volets ou une branche qui casse à cause du vent. Elle se rallonge laisse pendre son bras et sur le bout de ses doigts le chien… idem.

Toutouig…

Cette nuit-là elle se réveille et ce qu’elle entend c’est plic plic plic. Elle se dit : j’ai dû mal fermer le robinet de la salle de bains. Bon, je vais pas me lever pour ça, je vais essayer de me rendormir. Le bras, la langue du chien…
Toutouig.

Un peu plus tard rebelote. Tourne, retourne, bras langue du chien, Toutouig.

Et puis maintenant ce qu’on entend c’est ploc, ploc, ploc, plus fort, plus lentement.
Alors là elle se lève, contourne la corbeille pour ne pas réveiller le chien puis va à la salle de bain.
Là elle découvre que le robinet est fermé et ne goutte pas. Elle se dit « C’est peut-être la pomme de douche ? » Elle écarte le rideau et là, horreur » elle découvre son chien, pendu par les pattes de derrière, la gorge tranchée et ce qui fait ploc ploc ploc c’est le sang qui vient frapper le carrelage blanc de la douche.

Toutouig…

Et c’est alors qu’elle se demande : Mais… tout à l’heure… Quand j’ai laissé pendre mon bras, qui a léché le bout de mes doigts de sa langue douce, chaude et humide ?

Toutouig…

 

LE MEUNIER ET LE KORRIGAN

AEV 1516-16 korriganIci, près des ruines de ce moulin, j’ai rencontré un meunier en pleurs qui m’a raconté son histoire.

« Autrefois, j’étais meunier ici. J’avais une femme et sept enfants, on tirait le diable par la queue mais les choses se sont arrangées à la naissance de mon huitième. Très bizarrement. Je descendais au village pour aller chercher un parrain pour le nouveau-né quand sur le chemin j’ai rencontré un korrigan. Il ne faut jamais contrarier les korrigans. Il m’a demandé ce que j’allais faire et je lui ai dit. Il a répondu : je veux bien être le parrain de ton fils, moi ! J’ai été forcé d’accepter. Ma femme n’a pas été contente. Pensez, un korrigan pour parrain ! moment-là nos affaires ont prospéré, j’ai eu des clients jusqu’à Lannion, dans toute la presqu’île du Trégor. Le korrigan venait tous les ans rendre visite au filleul. Bref on était très heureux.
Et puis un jour que j’allais livrer ma farine, j’ai rencontré le korrigan sur la route. Il m’a dit :

- Ma femme vient d’avoir un bébé. On veut que ce soit toi le parrain. Viens voir ton filleul.
- Mais j’ai ma farine à livrer…
- Viens, je te dis !

Il ne faut pas contrarier les korrigans. Alors on est entrés dans l’allée couverte de l’Ile grande et au bout, il y a une petite trappe. Comme le lapin blanc d’Alice au pays des merveilles, le korrigan s’est engouffré dedans. Je l’ai suivi tant bien que mal et heureusement après avoir rampé cinq minutes la galerie c’est élargie et je suis entré dans un réseau de grottes. On a traversé une salle dans laquelle il y avait plein de coffres ouverts. Ils étaient emplis de bijoux, d’émeraudes, de rubis . Dans la salle suivante c’étaient des pépites d’or. Et puis enfin on est arrivés dans la salle du banquet où tous les korrigans bâfraient, bâfraient. On m’a présenté mon filleul. Qu’il était laid, mais laid ! J’ai dû l’embrasser. Je me suis mis à table avec eux, j’ai mangé, j’ai bu et puis comme ça s’éternisait, j’ai dit qu’il fallait que j’aille livrer ma farine.

- OK a dit le parrain de mon huitième, je ne te raccompagne pas parce que j’ai encore faim, tu connais le chemin. Donne le bonjour chez toi, embrasse mon filleul.

En partant j’ai traversé la salle avec les pépites d’or. Il y en avait tellement, une de plus une de moins. J'en ai fauché une. Dans la salle suivante il y avait des bijoux, des diamants, des rubis. Un de plus un de moins…
Et puis j’ai rampé et je me suis retrouvé sous l’allée couverte. Mais là, sur le chemin, ma charrette avait disparu ! Plus de cheval, plus de farine. Je suis quand même descendu au village mais je ne reconnaissais plus les maisons. Il y avait des grosses machines étranges avec quatre roues devant chacune d’elle et de drôles de machines de guerre sur les cheminées des maisons. J’ai fait demi-tour en courant et j’ai regagné mon moulin. Mais là, il n’en restait que des ruines. Depuis je suis assis et je pleure.

[On peut chanter « The fool on the hill » des Beatles ]”

Voilà, ce que m’a raconté le meunier. Aussi, si vous aussi un jour vous rencontrez un homme qui pleure devant les ruines de son entreprise en ruines (Bernard Tapie devant Adidas ?) avant de compatir, demandez-vous d’abord si cet homme-là n’a pas, une fois dans sa vie, contrarié un korrigan !

 

MAMADOU

AEV 1516-16 pêcheur africain

C’est un pêcheur africain. Il s’appelle Mamadou. Il mène une vie tranquille. Il aime sa femme, sa femme l’aime. Il a des amis, ses amis l’aiment bien. Le matin il se lève, il met sa barque à l’eau, il va pêcher une heure ou deux. Dès qu’il a pris assez de poisson pour assurer le repas de midi et celui du soir, il ramène sa barque sur le rivage, va donner les poissons à sa femme puis il l’aide à entretenir leur petit bout de jardin. L’après-midi, ils font la sieste – crapuleuse ou pas – puis ils vont écouter les palabres sur la place du village, ils rentrent manger le poisson avec les légumes du jardin, ils font ou ils refont l’amour et le lendemain c’est un autre jour tout pareil au précédent.

Un jour il y a un étranger qui arrive au village. Un Chinois. Il explique ceci à Mamadou.

- Mamadou, tu es doué pour la pêche. Tu ne reviens jamais bredouille, m’a-t-on dit. Tu connais tous les coins où le poisson pullule. Si nous nous associons, je peux te payer un bateau plus gros que le tien, avec un moteur et des filets plus grands. Tu pêcheras plus longtemps. Le poisson on le vendra aux gens du village. Avec ce que nous aurons gagné en un an, nous achèterons un deuxième bateau, nous embaucherons de la main d’œuvre à bas prix. Nous vendrons le poisson aux gens de la ville parce que nous aurons acheté une camionnette. Un an après nous achèterons un troisième bateau, un camion frigorifique et nous livrerons à la capitale. [Et ainsi de suite jusqu’à devenir une multinationale qui livrera dans le monde entier].

- Mais, demande Mamadou, qu’est-ce que je gagne dans cette histoire ?

- Eh bien tu seras riche et dans vingt ans tu pourras profiter de ta retraite avec ta femme, tes amis et l’argent que tu auras gagné. Tu feras la sieste quand tu voudras, tu ne seras plus obligé d’aller travailler pour gagner ta vie, tu feras la fête avec tes copains...

Mamadou a regardé le Chinois, l’air dépité et il lui a dit :

-Si je comprends bien tu as fait tous ces kilomètres pour venir me vendre la promesse de vivre dans vingt ans comme je vis déjà aujourd’hui ? Désolé, je ne marche pas.

Mamadou est retourné s’allonger dans son hamac. Le Chinois est reparti. Il paraît qu’il a trouvé d’autres gens, ailleurs, qui avaient moins d’aptitude que Mamadou au bonheur immédiat. Les gens qu’il a trouvés et à qui il a vendu son système, c’est peut-être nous ?

 
LE CHAUFFEUR DE CAR ET LE POPE

AEV 1516-16 kemerovo-city-architectureC’est Mikhail. Il est chauffeur de car à Kémérovo, de nos jours dans la Russie de Poutine. C’est un conducteur un peu brute dans sa conduite comme en tout mais il est apprécié de sa hiérarchie. Ce jour-là on l’appelle au téléphone. La compagnie, par Dieu sait quelle astuce ou pire encore, a acquis un nouveau car Mercedes tout neuf. Mais il faut d’abord que Mikhail aille faire un stage d’une journée pour maîtriser le nouveau véhicule. C’est aujourd’hui qu’il y va, à Novosibirsk, avec sa vieille Volga qui date de l’URSS.

Là bas, il y a Vladimir. Lui c’est un pope de l’église orthodoxe. Il n’y a plus grand monde à fréquenter son église, mais il faut bien entretenir les traditions et avoir la foi en un avenir meilleur, là-haut au paradis, et entretenir les ouailles dans cette idée. Lui il fait le chemin en sens inverse, de Novosibirsk à Kérémovo car il va au pot de départ en retraite du frère Pavel. Pour une fois, ils vont faire un peu bombance, bien manger, bien boire mais raisonnablement, hein.

Sur la route au moment où les deux vont se croiser, il y a un troisième personnage qui intervient. C’est Bambi, le chevreuil. Il a décidé de traverser la route juste au moment où les deux se croisent. Ouf, il est passé de justesse… parce que chaque véhicule a fait un écart sur la gauche et… ils se sont rentrés dedans.

Mikhail et Vladimir meurent sur le coup. Ils montent direct au Paradis. Là il y a Saint-Pietr. Il les fait entrer dans la salle d’attente. Enfin, non, il fait entrer le pope dans la salle d’attente et dit à Mikhail :

- Viens tu es attendu. Il veut faire ta connaissance

Une heure après, Saint Pietr vient rechercher Wladimir. Celui-ci est énervé et demande :
Enfin, je ne comprends pas ? C’est moi le pope, le serviteur du seigneur et Mikhail c’est un mécréant. Il boit, il jure et il a même sa carte au Parti communiste !

- Oui, c’est vrai, Vladimir. Mais toi… Il n’y a plus grand monde à venir dans ton église. Tandis que lui, chaque fois qu’il prend un virage ou conduit avec un verre dans le nez, tous les passagers du car se signent et invoquent le Seigneur ou la Vierge Marie. Ca mérite bien de passer en priorité, non ?

 

MARCEL ET LÉON

AEV 1516-16 magritte

Les conteurs sont-ils des passeurs de mots, des menteurs ou des guérisseurs de maux ?

Ca se passe dans une maison de retraite. Il y a deux vieux qui partagent la même chambre. Il y en a un qui peut encore marcher, il s’appelle Marcel et son lit est près de la fenêtre.

L’autre s’appelle Léon et il ne peut plus bouger. Il passe son temps près de la porte, on vient lui faire des soins, le nourrir, il ne peut regarder que le plafond. Toute la journée Marcel raconte à Léon ce qu’on voit par la fenêtre. La ronde des saisons, le temps jamais pareil qu’il fait chaque jour. Les travaux dans les champs, les travaux dans la rue, les gens qui passent, l’école d’en face [faire une description de tout cela à des jours différents]. Malgré ses misères, Léon le paralytique est heureux parce que tout ce que Marcel décrit, il le visualise au plafond et ça agrément ses journées.

Et puis un jour, Marcel ne dit rien. Plus rien.

Quand l’infirmière arrive Léon demande pourquoi Marcel se tait. Elle lui explique de Marcel est mort dans la nuit.

Bien sûr Léon est triste, il pleure, il passe la journée la plus sinistre de son existence. Le lendemain, il demande s’il peut déménager à la place de Marcel, plus près de la fenêtre. On lui accorde cela et on déplace le lit. Léon ne voit que le plafond mais le lendemain, titillé par le manque, il essaie de tourner la tête, de lever le cou. Il fait des efforts exceptionnels et il arrive même à s’asseoir sur le bord du lit, avec les pieds par terre. Et puis carrément, ça fait des années qu’il n’a pas fait ça, il se lève, il marche et il va à la fenêtre.

A ce moment l’infirmière entre et elle crie « Mon Dieu Léon, mais c’est un miracle, vous marchez ! »

Mais Léon l’entend à peine. Il est en larmes et n’arrête pas de marmonner :

- Mais c’est pas possible ? Pourquoi ont-ils fait ça ? Pourquoi ont-ils fait ça ?
- Quoi donc, Léon ?
- Pourquoi ont-ils construit ce grand mur devant l’école, les champs, la rue, les travaux ?
- Mais Léon, ce mur a toujours été là ? Avant même l’a construction de l’hôpital
- Mais Marcel me racontait tout ce qu’il voyait par la fenêtre, la voisine d’en face qui se déshabillait le soir, les bagarres des mômes à la récréation…
- Mais, Léon ? Marcel ne vous l’a jamais dit ?
- Quoi ? Qu’est-ce qu’il aurait dû me dire ?
- Qu’il était aveugle ?

Les conteurs sont-ils des passeurs de mots, des menteurs ou des guérisseurs de maux ?

A vous de voir !

13 janvier 2016

Consigne d'écriture 1516-15 du 12-01-2016 : Bâcler ou ne pas bâcler

Bâcler ou ne pas bâcler

Consigne empruntée aux "Papous dans la tête".

On prend toujours des bonnes résolutions pour l'année nouvelle mais parfois celles de l'an passé n'ont pu être réalisées. Aussi pour la nouvelle année nous allons faire la liste de ce que nous voulons bâcler ou au contraire ne pas bâcler.

Par exemple :

- ne pas bâcler le serrage de sa roue de secours ;
- bâcler la lecture des livres que l'on vient de vous offrir en vous disant : "Tu verras, c'est formidable !" ;
- bâcler sa plus belle histoire d'amour parce qu'on a peur de ne pas pouvoir en vivre d'autres ;
- ne pas bâcler ses voeux avec des cartes pré-remplies ;
- bâcler la lecture des modes d'emploi ou des posologies de médicaments ;

- Etc.

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12 janvier 2016

Bâcler ou ne pas bâcler / Eliane

- Ne pas bâcler les réparations de ma voiture. J'ai beau en faire faire, elle n'est jamais contente et récidive avec une nouvelle panne, à moins que ce soit la même car la dernière n'avait pas été bien diagnostiquée.

- Bâcler les textes envoyés à Jean-Paul, ce que je n'ai pas fait depuis des temps immémoriaux.

- Bâcler les quelques nettoyages profonds que requiert mon appartement.

- Ne pas bâcler les coups de fil à mes enfants, ainsi que les visites régulières que je leur rends.

- Bâcler le tri de mes photos ainsi que leur gravure sur CD.

- Ne pas bâcler la définition d'une date pour un court séjour chez mon amie nantaise. Une date qui convienne à l'une comme à l'autre, les derniers essais effectués dans ce sens n'ayant pas été concluants.

- Ne pas bâcler les sorties culturelles ou autres. Ces derniers temps j'ai un peu trop tendance à ronronner dans ma bulle.

- Ne pas bâcler une visite chez l'ophtalmo histoire d'y voir un peu plus clair, dès que les finances englouties par ma voiture me le permettront.

- Ne pas bâcler la recherche de choses drôles qui me font rire ainsi que de choses émouvantes qui me font pleurer. Les émotions, c'est la vie.

- Ne pas bâcler de passer du temps au bord de l'étang cet été, pour le moral et la vitamine D, ainsi, peut-être de nager dans le dit étang pour le plaisir, le souffle et la musculation.

- Bâcler les inévitables conversations entre voisins dans les allées des jardins ou devant les boites aux lettres.

 

AEV 1516-15 Eliane coiffeur

- Bâcler les séances chez le coiffeur dont je ressors toujours mécontente.

- Bâcler le branchement de la télévision sur le net. Mes essais ne sont jamais concluants et je ne comprends rien à la notice. Me reste à acheter un nouvel adaptateur si je veux continuer à recevoir les chaînes après avril. C'est tout de même affligeant d'être aussi nulle avec les nouvelles technologies.

- Bâcler les inévitables séances de lavage/dépoussiérage de la voiture, cela peut toujours attendre.

- Bâcler les visites chez le médecin pour des renouvellements d'ordonnances. Enfin, là, je n'ai pas le choix !

-Ne pas bâcler de chercher à savoir ce qui ne va pas dans mes équipements audio. Impossible d'écouter un CD ou un disque vinyle dans de bonnes conditions. Heureusement il y a la radio, sans elle plus de musique !

6 janvier 2016

Consigne d'écriture 1516-14 du 5 janvier 2016 : Le Voyage d'Egypte

 

 

L'animateur distribue une liste de mot qui se terminent par le son is (orthographiés isse ou ice, peu importe). Il est demandé d'inventer des noms de personnages égyptiens à partir de cette liste comme on en porte dans "Astérix et Cléopâtre".

AEV 1516-14 Numérobis 119179

 

Il fournit également la liste descriptive des hiéroglyphes égyptiens.

avant-bras - bande d'étoffe frangée - bouche - boule de corde - Butte de terre - chouette - cobra - corbeille - cruche - eau - enfant portant la main à sa bouche. - entrave pour animaux - étendard de temple - femme assise - flamant rose - jonc - linge - Lion - main - maison - montagne - oiseau à tête humaine -  pain - pente - pièce d’eau - pied - plan ou cour de maison - poussin de caille - queue de taureau - roseau fleuri - roseaux fleuris - siège - soleil - support de jarre - tresse de lin - vautour - verrou - vipère à cornes 

On collecte également du vocabulaire ayant rapport vaec l'Egypte :

Le Nil - le sphinx - Néfertiti - le sable - le nez de Cléopâtre - pharaon - Tout An Khamon - pyramide - obélisque - le phare d'Alexandrie - scarabée - profil - scribe - Cléopâtre - Râ (le soleil - la croisière - la felouque - le buisson ardent - la momie - Alexandrie - Ramsès II

On écrit un texte dans lequel on mêle tous ces éléments.

 

15 décembre 2015

Consigne d'écriture 1516-13 du 15 décembre 2016 : Z comme Zazie

Z comme Zazie

 

Il est demandé d'écrire un texte utilisant un maximum de mots contenant la lettre z (ou le son z) comme dans la chanson suivante de Serge Gainsbourg : 

9 décembre 2015

Consigne d'écriture 1516-12 du 8 décembre 2015 : Encres d'automne 10

Encres d'automne 10

 

"Encres d'automne" est un concours d'écriture organisé par la bibliothèque de L'Ermitage.

Il s'agit d'écrire un texte dans lequel on doit insérer entre dix et quinze titre de romans récemment acquis par la bibliothèque :

2084 : la fin du monde
Boussole
Ce cœur changeant
Ce pays qui te ressemble
Ce qui ne me tue pas
Check-point
D’après une histoire vraie
Délivrances
Et je danse, aussi
La brigade du rire
La dernière nuit du Raïs
La faille
La fille du train
La maladroite
La neige noire
La petite femelle
La prétendue innocence des fleurs
La septième fonction du langage
La théorie de la tartine
Le cœur du pélican
Le livre des Baltimore
Le renversement des pôles
Les nuits de laitue
Les prépondérants
Les promesses
L’homme qui ment
L’oiseau du bon Dieu
Lontano
Mirage
N’appartenir
Nos si beaux rêves de jeunesse
Petit piment
Petits plats de résistance
Seul, invaincu
Soudain, seuls
Temps glaciaires
Tout ce qui est solide
se dissout dans l’air
Toute la lumière
que nous ne pouvons voir
Un homme dangereux
Un mauvais garçon
Une fille de rien
Vernon Subutex
Viscères

 

AEV 1516-12 Boussole 119179

 

8 décembre 2015

Chronique pour celles et ceux qui aiment la musique et la vie / Jean-Paul

DD Soleil bleu 1971 02 réduit

Je ne sais où ont disparu nos si beaux rêves de jeunesse. En avions-nous du reste ? Si oui, en sommes-nous sortis ? Qu’est-ce qui a changé ? Après les cours du lycée, on allait chez l’un chez l’autre écouter des musiques venues d’Angleterre et des Etats-Unis. Les jeunes musiciens de l’époque sont devenus les gros dinosaures d’aujourd’hui, oui, mais ce n’est pas grave.

On se souciait très peu alors du fait qu’Alzheimer se prénommât Alois. Aujourd’hui, on s’efforce de se rappeler son prénom chaque matin ! Et au sortir du travail, pour ceux qui ont la chance d’en avoir un encore par ces temps glaciaires de l’économie, nous rentrons chez nous écouter la musique de ces mêmes dinosaures ou d’autres ou « Les Bourgeois » de Brel !

JP soleil bleu 1971 réduit

Si tout ce qui est solide se dissout dans l’air, l’état de jeunesse n’est pas concerné. On ne peut pas toucher du doigt l’amour que l’on éprouve pour sa première guitare, la mélodie qu’on joue à son premier amour et si l’une est partie l’autre est toujours là. On la prend quelquefois entre les bras. On caresse ses courbes, ses cordes, on chante doucement et dans ce cœur changeant, ou pas, qui est le nôtre, la jeunesse bat sur le même rythme. L’émoi, émoi, émoi d’autrefois, lorsque les branches étaient les promesses du tronc et qu’on faisait le Jacques avec Pierre et Paul !

DD James Bond 1971 réduit

Vous pouvez chercher sur Internet : aucun de nous n’est devenu un mauvais garçon. Proviseur de lycée, chef de service en préfecture, chargée de communication à la région, bibliothécaire, nous sommes allés soutenir les « nozélites » - nos élites en langage « EducNat » – d’aujourd’hui. Sachez pourtant, chers anciens condisciples, que j’ai conservé les photos compromettantes, celles où vous n’étiez pas encore des messieurs chauves et replets mais où nous agitions nos cheveux longs et nos idées encore courtes. Alors que nous pensions n’appartenir qu’à une époque opaque, celle du « Concombre masqué », nous faisions les andouilles avec un vieux képi, nous jouions les James Bond avec un séchoir à cheveux, nous enregistrions les premières fausses notes d’un hypothétique et hypnotique groupe pop baptisé « Soleil bleu » !

J’ai tout gardé de cela et ma mémoire est comme neuve car j’ai conservé toujours par-devers moi la septième fonction du langage, celle qui consiste à rire et faire rire des autres et surtout de soi-même. Cette fonction, nous la cultivions en lisant le journal « Pilote », les bédés de Gotlib, Reiser, Cabu. Cabu ? J’ai dit Cabu ?

Cabu passe ton bac

Au fil des ans, la brigade du rire s’est hélas éteinte et l’an dernier un homme dangereux, armé de son seul crayon, de son amour de la liberté, un potache toujours souriant, chantant Trénet en douce France, a été abattu avec d’autres de ses semblables qui nous servaient des petits plats de résistance, des insolences, des vérités et de l’humanité.

On s’est retrouvés, soudain, seuls mais en même temps si nombreux à battre le pavé dans les rues de janvier que nous avons repris, plus forts de cela, la route vers demain. Nous étions, nous sommes encore dans un monde sans boussole, comme au temps de nos années folles, mais nous restons résolus à croire à des maisons bleues, adossées à des collines, peuplées de musiques et peuplées de fous, qui resteront debout.

Car c’est cela qu’il faut faire : rire et chanter ! Jeunes gens, jeunes gens de tous âges, quoi qu’il advienne, n’arrêtez pas la musique ! Vivez, envers et contre tout !

JBB soleil bleu 1971 réduite

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