Notre musique intime est une fenêtre secrète qui donne sur Wonderland.
Quand on l’ouvre on a l’impression que la vie est un miracle : ma mère l’a regardé en gardant les yeux secs mais moi j’y ai plongé et je m’y noie encore dans ce paysage vert de Bretagne et de pluie.
La famille indienne n’a rien contre le mariage mixte… chez les autres. Mais on peut rire sans alliance et trouver son terroir dans un ailleurs très proche. Une visite au Louvre, loin des bandits de l’intox, vous emmène au-delà des frontières, là où tous les artistes sont des frères.
Comme le disent les gynécologues « le vagin, c’est un espace avec du possible ». Alors, du coup, on peut le lire dans « Ciné live », : Béatrice Dalle a le feu occupé Un marcel, deux saillies Oseille, oseille Joséphine ! Mambo sapin, roi défloré ! Machu, Pichu et leurs amis lèvent leur verre aux lovers verts Gode save the queen Nicolas Cage se gèle les fouilles devant la cantatrice chaude Tout sur mammaire Tous sur ma mère Etc. Etc.
Lorsqu’on met en place le processus du mambo italiano et qu’on découvre le prix à la fin de la séance on se dit que le professeur est du genre « Tout pour l’oseille ».
Mais c’est un gars sûr. Il ne parlera jamais. Et pourtant, il le sait très bien : les petits meurtres d’Amérique dans l’école en campagne sont souvent commis par Mercano le Martien, tout à fait en osmose avec son costard de sœur Alice
Et s’il ne dit rien de ceci, c’est surtout parce qu’il ne connaît pas la réponse : Mon chien, ce héros, sera-t-il encore en vie là-haut dans la bodega de nuit du Paradis ?
Quarante titres (et un abécédaire) pour mille et une fictions (1)
Voici quarante titres proposés par Hubert Haddad à la page 245 de son "Nouveau magasin d'écriture" :
Le corbeau sentimental - Ultimes confidences d’un Dom Juan de basse-cour - Le chat qui se promenait dans un rêve - La transparence des loups - Le marionnettiste ficelé - Le manège noir - Et voilà les parents de Dieu - Le chirurgien des ombres - Le paysan photographe - Paysage à la pointe de diamant - Meurtre sous une ombrelle - Les trois vies de l’apprenti veil homme - Le charbonnier, le nègre et la pleine lune - Le sculpteur de larmes - L’énigme du somnambule ou les rendez-vous de la bohémienne - L’inconnu de chaque instant - L’abîme derrière la porte - Narcisse et le crâne - Déjeuner de Newton avec un pendu - Le bourreau amoureux - Crime en deux nuits et une messe - Monsieur chez les femmes - D’Oedipe à Daisy - La statue de pluie - Le pêcheur de corail qui plongeait au fond des mers pour raconter sa vie à la sirène aux yeux d’oubli - Le roseau funèbre - Des rats dans les Dolomites - Flânerie de l’apocalypse - Le voleur sans nom poursuivi par son ombre - L’infini quelquefois - L’industriel et ses amulettes - L’assassin et son double - Nuit blanche à l’hôtel de la Courte paille - Le grenier de l’amnésique - Chronique de la canicule - Un hiver à Pékin - Tancrède ou l’Art d’aimer - Le singe et la prisonnière - L’accordeur de cigales - La véritable histoire de Dieu –
Vous choisissez un titre dans cette liste. Puis vous listez 26 mots qui vous serviront à écrire votre histoire : chaque mot commence par une lettre différente de l’alphabet (anacoluthe – bachi-bouzouk – cornichon - dinosaure etc.)
Si possible, vous insérez les 26 mots dans l'ordre alphabétique au sein de votre texte.
Tout a sans doute commencé à cause de l’accordéoniste. Il s’est incrusté dans une discussion entre Nathalie et Monique dans la salle des périodiques de la Bibliothèque universitaire où je venais d’atterrir. Dans toute la joyeuse bande de mes collègues d’alors j’avais réussi à en embarquer trois dans ce projet musical totalement au diapason du Jack Lang de 1981 : descendre dans la rue le jour de la Fête de la musique et donner à entendre et à voir son savoir-faire de tapeur de casseroles, de frotteur de violon ou d’élytres, de joueur de piano debout ou de chanteur de salle de bains.
Ce n’est pas pour embêter la fourmi mais moi je suis du signe de la cigale et mon instrument c’est la gratte, la guitare. Je souffle également dans des harmonicas et mon inspiration pour ce jeu de souffler-aspirer dans un « ruine-babines » vient de Neil Young plus que de Bob Dylan. Encore que les modèles français que j’ai eus dans l’enfance s’appelaient plutôt Albert Raisner ou Antoine. Ce dernier, dans ses « Elucubrations » de 1965 ou 66 nous gratifiait de deux petites notes par-dessus ses chemises à fleurs à la fin desquelles il proclamait : « Oh ! Yeah ! ».
A l’époque Sheila chantait « Le kilt », « Petite fille de Français moyen » et « Le Folklore américain ». Il y avait plein de joyeux loustics qui avaient débarqué avec des guitares électriques et il fallait choisir son camp entre Beatles et Rolling Stones. Mais on pouvait aussi préférer la guitare sèche du moustachu de Sète, l’oncle Georges B. avec son « plonk plonk » régulier qu’on appelle la pompe.
Mais je m’égare. Tout ça c’était bien avant qu’on fasse la connaissance de ce pharmacien à thèse tardive – il ne l’a toujours pas soutenue - qui jouait de l’accordéon. Il m’est arrivé plus tard de chanter avec lui du Bruce Springsteen (« Pay me my money down ») mais jamais de morceaux de Neil Young.
Donc l’accordéoniste, Hervé, s’est joint à nous, a tenté de se mettre en osmose avec notre répertoire de javas folles et de tangos stupéfiants pour que finalement, sur la petite place derrière chez nous, nous produisions sans recevoir top de quolibets la première prestation des « Rats déridés » ce 21 juin 1998 dans la bonne ville de Rennes.
Vingt ans ont passé depuis, la chorale a grossi puis s’est éteinte, puis s’est transformée en Club des 5 et j’en ai à nouveau deux autres sur les bras. Grâce à l’informatique et à cause de la nécessité de transposer la tonalité des partitions pour les joueurs de piano à bretelles sans capodastre, j’ai fait d’énormes progrès en solfège. Mais franchement, être accordeur de cigales, quel turbin ! Que devrait dire vrai un chef de chœur, quel enfer vit-il, le roi de la polyphonie ? Parce que moi, mes cigales chantent à l’unisson. Une fois sur deux j’oublie de leur faire faire des vocalises mais il me semble bien que le quart d’heure qu’elles passent à bavasser entre elles avant de pousser la moindre note est un exercice de mise en voix bien plus efficace que les « Rheu Keuh Tseuh Keuh », le « Chênehutte-les-Tuffaut » ou le « La belle eau, la belle eau, la belle eau » que j’ai pratiqué en tant que choriste de 2008 à 2018 au sein de la Chorale Héloïse, le lundi soir, rue de Redon.
Quand je jette un œil sur cette activité musicale continue je me questionne cependant. Ne serais-je pas plutôt une très patiente et très utopique fourmi rêvant que de ces gosiers de bavardes sortent des watts Castafioriens, des habaneras de Carmen bien en place, des « Eaux vives » habitées ou des « Emmène-moi » chavirants ?
Je réussis désormais à accompagner deux accordéonistes tatillons, un violoniste souple et des joueurs de ukulélé de rencontre. Personne ne joue du xylophone avec moi et Jean-Luc Godard a encore oublié son ocarina – pardon, son Anna Karina – dans les limbes des années soixante évoquées plus haut.
Mais toutes ces prestations déjantées, du « Meuh Meuh Meuh font les vaches » donné sur la place de la Mairie de Rennes au « Yoga de la narine » balancé sur la scène du « Diapason », du « Galette saucisse je t’aime » envoyé à l’A.G. de la Maison de quartier de Villejean à cet « Homme debout » qui ne doit rien évoquer du tout aux pensionnaires des deux EHPADS où l’on me traîne, tout ce travail d’accordeur improbable n’a-t-il pas pour objectif de réconcilier les cigales et les fourmis dans un même éclatement jovial des muscles zygomatiques ?
Faut-il que j’ajoute « J’ai usé cinq culottes » à la liste de ces gentilles provocations pour me persuader que « Tant que je chanterai, nous serons en été et la vie sera belle » ?
Parce que de toute façon, si on me demande à l’hiver de « danser maintenant », La Fontaine ne sera pas déçu du voyage : la danse et moi, ça fait deux ! Plus que deux, même !
Il sculptait les pierres, L’aigue marine, délicatement, Pour une bague, un collier ou un autre bijou, Une rivière de diamants Des émeraudes, vert vif, vert profond, vert foncé, Toutes gemmes Habilement, inlassablement, Jais, jade, Il cherchait la blancheur du jour, le khôl de la nuit, Lapis-lazulis, Lueurs mordorées, Dégradés irisés du nacre, Opale, onyx, Il taillait, donnait sa noblesse Au quartz rose, au rubis, au saphir, à la turquoise, à la topaze.
A ses yeux, chaque pierre était unique. Il créait des liens avec chacune, entrait en dialogue Et elle lui révélait ses secrets, tout ce qu’elle était. C’était son équilibre à lui, sa vérité au rayon X, son yin, son yang, le zen. Explorer l’âme de la terre, De vulgaires cailloux en apparence faire advenir des pierres précieuses, C’était son métier, sa passion, sa vie.
Mais il découvrit un jour autre chose dans les yeux d’une passante. Des larmes avaient roulé sur ses joues. Elles avaient un éclat et une beauté qu’il avait déjà découverts dans des pierres Mais il n’avait jamais vu ce mouvement, ces variations et cette vie-là.
Il se saisit avec douceur de ces larmes et les observa longuement.
Il tailla chacune avec douceur, avec élan, avec flamme, avec fascination.
Il y vit les bonheurs, les colères, les peurs, les joies et peines infinies De cette femme qui lui était restée inconnue.
Il en fut troublé, profondément…
Un jour, il croisa la femme dans la rue. Il lui prit la main, l’emmena dans son atelier et lui montra ce qu’il avait fait de ses larmes. Elle en fut surprise et attendrie. Elle le regarda longuement. Il plongea dans ses yeux, des joyaux magnifiques et merveilleux. Il découvrit alors ce qui lui devint le plus précieux.