07 juin 2022

Consigne d'écriture 2122-32 du 7 juin 2022 : Trente et un mots et quatre incipits

Trente et un mots et quatre incipits

 

Avec les mots suivants :

averse – boire- calendrier - cesser - ciel bas - couvent - craindre - crayon - cueillir - emplir - fenêtre - hésiter - interroger - maisons - malles - nuit - oublier - passer - petit-carton - pluie - rafales - rêver - rues - ruisseaux - s’apercevoir - s’éclaircir - sac - sembler - sonner - terre - toits

composez le début d’un récit et poursuivez-le.

Vous pouvez également utiliser l’un des quatre incipits ci-dessous puis insérer des mots de la liste  dans votre texte :

1) Comment s’étaient-ils rencontrés ? Par hasard, comme tout le monde. Comment s’appelaient-ils ? Que vous importe ? D’où venaient-ils ? Du lieu le plus prochain. Où allaient-ils ? Est-ce qu’on sait où l’on va ?

2) Jeanne, ayant fini ses malles, s’approcha…

3) Le petit Poucet était malin comme un singe. Chaque matin il partait à la chasse à l’ogre. Chaque soir il revenait avec un ogre dans sa gibecière pour nourrir son papa, sa maman et ses six frères.

4) C’est pas difficile, ils l’ont ratée leur ville moderne. Et toute leur grande ceinture parisienne idem. On est bien placés pour en parler. On y habite.

Consigne empruntée à C. Peyroutet – La Pratique de l’expression écrite. - Paris : Nathan, 2005.

2122-32 Consigne La-pratique-de-l-expression-ecrite

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Partir / Anne J.

Jeanne ayant fini ses malles s'approcha de la fenêtre : le ciel était bas et ne semblait pas vouloir s'éclaircir, l'averse et les rafales secouaient les volets, la pluie durait depuis le matin.

2122-32 Anne J

Jeanne ouvrit la fenêtre et pointa son doigt vers l’astre qui venait d’apparaître entre deux gros nuages. Non elle n’irait pas sur la lune en empilant des commodes comme dans ce conte qu’on lui avait raconté petite, elle avait pris un aller simple pour une de ces navettes nouvelles entre la Terre et la Lune : elle aurait aimé qu'elle ressemble à la fusée rouge et blanche des albums de Tintin et qu'un capitaine Haddock l'accompagne mais elle s'embarquerait seule pour cette aventure, dans une banale capsule décorée de publicités.

Partir pour la Lune, était ce bien une bonne idée ? Trop tard pour hésiter ou s’interroger et pourtant des questions elle avait un plein panier !

Pouvait-on cueillir des roses sur la lune ou en cultiver ?

Rencontrerait-elle le petit Prince et sa rose bien aimée ?

Y avait-il des aubes et des crépuscules sur la nouvelle planète ?

2122-32 Anne J

Y avait-il des calendriers éphémérides dont on arrache la page chaque matin ?

Dans la ville lunaire, trouvait-on une rue Gagarine ou une rue Amstrong ?

De là-haut, entendait-on sonner les cloches des églises et pouvait on apercevoir les toits des couvents ?

Jeanne voulait rêver et le rêve n’avait plus sa place sur cette vieille Terre. Elle n’y croyait plus à ces lendemains qui chantent des chants révolutionnaires. Fini pour elle le «  Debout, les damnés de la terre ».

Ce matin elle avait glissé son petit carton dans l’urne. Elle n’attendrait pas le 2ème tour.

- NUPES, Ensemble, Patriotes ou Reconquête, allez au diable, je pars sans retour pour la Lune ce soir !

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I comme intempéries / Adrienne

Comment s’étaient-ils rencontrés alors qu’ils vivent selon des calendriers si différents ?
Par hasard, comme tout le monde.
Une nuit d’averses en rafales et de ruisseaux le long des rues.

Comment s’appelaient-ils ?
Que vous importe ?
L’essentiel n’est-il pas qu’en s’apercevant ils n’ont pas hésité ?
Qu’ils n’ont pas passé leur chemin sous prétexte de pluie ?

D’où venaient-ils ?
Du lieu le plus prochain, de ces maisons sombres aux fenêtre à peine éclairées et aux toits pentus sous le ciel bas. De ces maisons aux greniers emplis de malles, de petits et de grands cartons que personne n’ouvre jamais.

Où allaient-ils ?
Est-ce qu’on sait où l’on va ?
Ne s’interroge-t-on pas sans cesse, où, quand, comment, pourquoi ?
Ne devrait-on pas plutôt craindre d’oublier de rêver ?
D’oublier de cueillir l’instant présent ?

Et après ? vous demandez-vous, parce que vous attendez une histoire.
Sont-ils allés boire quelque chose de chaud ?
A-t-elle sorti un crayon de son sac pour noter les adresses, les numéros de téléphone ?
Se sont-ils empli les yeux de la vue l’un de l’autre au point d’oublier que les heures sonnent au clocher ?
Ou le ciel s’est-il éclairci et une promenade dans le parc leur a-t-elle semblé préférable, avec son odeur de terre humide et de feuilles ?

Après ?

Après, rien.
Elle est rentrée dans son couvent.

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Le Royaume de l'ogre / Jean-Paul

2122-32 JK Mies-cover-02-992x560
Illustration tirée de Mies, bande dessinée de Agustin Ferrer Casas

C’est pas difficile, ils l’ont ratée, leur ville moderne. Et toute leur grande ceinture parisienne idem. On est bien placé pour en parler. On y habite.

Place de l’Averse, dans le vieux garage abandonné pour la bonne et simple raison qu’il n’y a plus de voitures ni de bus à circuler. Cette place pourrait être pratique s’il y avait des bancs pour que les amoureux puissent s’asseoir, s’embrasser et rêver d’aller cueillir des fleurs à la campagne. Mais il n’y a plus de campagne et il n’y a plus rien sur cette place, que deux petits cafés, des succursales de banque – ça il y en a encore !- et l’agence d’intérim.

Il y a quatre rues qui partent de la place. La rue des Rafales de pluie s’en va vers le Nord de la ville. De l’autre côté la rue de la Course en sac à l’échalote mène au quartier des écoles. Vers l’Est c’est l’avenue du Couvent sans oiseaux, rapport qu’effectivement, il n’y en a plus des volatiles. C’est vrai que ça fait peur, toutes ces histoires de déforestation croissante, de biodiversité qui s’en va vers la nuit du point zéro. Ça interroge, cet avenir de la Terre qui ne semble plus exister que dans une migration vers Mars.

Déjà qu’on ne prend plus jamais l’avion, tu nous vois dans une fusée ? On la trouverait violente qu’il faille monter dans une soucoupe et mettre un costume vert pour habiter la planète rouge. Ça craindrait un max, mon colon !

Mais il faut qu’on cesse de s’emplir la tête de ces angoisses. Pour oublier tout ça, pour s’éclaircir le moral et passer un bon moment mieux vaut aller vers l’Ouest, chez Riton et Rita qui ont leur troquet dans la rue des Petits ruisseaux.

Quand on en a marre du ciel bas et lourd qui plombe la cité et l’ambiance, je n’hésite pas ; j’y vais, je m’installe près de la fenêtre qui donne sur la rue, je commande à boire. Rita m’apporte un demi et le pose sur un petit carton qu’on appelle un sous-bock je crois. Puis je sors de mon vieux sac mon cahier et un crayon. Sans m’en apercevoir vraiment, je proustifie, je raconte le passé, je décolle, je m’envole par-dessus les toits. Tout devient plus léger, je me fais la malle et je remonte le calendrier avec mes questions maison.

Par exemple, Rita et Riton, depuis quand est-ce qu’ils cohabitent dans ce rade ? Quand est-ce que notre Henri a engagé Marguerite ? Comment s’étaient-ils rencontrés ? Par hasard, comme tout le monde ? D’où venaient-ils ? Où allaient-ils ? Comment s’appelaient-ils ? On ne demande pas leur nom aux patrons de bistrots sauf s’ils se prénomme tous Michel et portent un blase qui se ressemble : Delezenne, Delebarre, Delépine…

Les serveuses non plus, c’est juste un prénom ou un diminutif, et on ne s’enquiert pas de leur 06. Certaines, très susceptibles, ont vite fait de rabrouer vos ardeurs en vous renversant votre commande de boisson houblonnée sur le colback.

- Excusez ma maladresse, je suis très émotive !

Emotive et refroidissante ! Riton, complice en tout de sa protégée, tire un autre demi, vous l’amène et vous le sert en vous glissant à l’oreille :

- Je ne vous le fais pas payer mais vous savez que bien que c’est interdit par la loi de draguer comme un lourd, non ?

La tête du DSK de passage ! Nous à côté on rit sous cape et moi je fais le récit du double dérapage dans mon carnet à petits carreaux.

On y est bien, au Balto, chez Riton et Rita mais avec les poteaux on sait très bien qu’on va partir un jour. Ça demande de s’équiper super-sérieux, de s’armer de courage pour faire la route le long de ces rues labyrinthiques bordées d’immeubles de trente étages mais on le fera. Aller jusqu’au bout de la rue des Petits ruisseaux, enchaîner avec celle des Grandes rivières dans une autre ville, puis une autre. Il paraît qu’elles mènent en Bretagne et que là-bas il y aurait encore des maisons basses au bord de la mer. Et des plages sans goudron ni plastique. Il paraît. On ne peut pas savoir.

Personne n’en est jamais revenu. Parce qu’il y aurait aussi des petits Poucet qui chassent les ogres. Chaque jour ils reviennent chez eux avec un ogre dans leur gibecière pour nourrir leur papa, leur maman et leurs six frères.

On ne peut pas leur en vouloir, c’est la vie, c’est dans leur nature. Mais bientôt pour nous ce sera ça ou monter dans la fusée. Tant qu’à faire, « Qu’on se pende ici, qu’on se pende ailleurs, s’il faut se pendre ! », comme dit une très vieille chanson. « L’aventure commence à l'aurore » répond une autre.

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Parole recueillie / Jean-Paul

Celui qui craint l’orage, qu’il ferme son ordi !
Qu’il n’aille pas mettre le nez à la fenêtre !

C’est une belle averse à rafales de pluie
Droit sortie du couvent des Pisseuses d’Enfer !

Elle a criblé de trous, à force de grêlons,
Tous les petits cartons de sa fête foraine :

« Voyez comme je caracole, dégringole
Et m’épanche en ruisseaux et rigoles 

- Plus un chat sur les toits quand j’emplis les gouttières ! -
Et fais s’écouler, au bas, des rivières !

Vous n’oublierez pas ce ciel bas résille
Qui m’avait annoncée ! Je gicle dans vos rues,

Je claque, je grésille et vous semblez K.O.
Par cette mise à sac de la terre à vos pieds !

Je sonne l’hallali de vos calendriers
Et vous allez passer d’épouvantables nuits

Sans cesser de trembler, craignant que vos maisons
Ne se fassent la malle et ne soient englouties

Comme la honte bue et les hésitations
Que vous pouvez avoir sur es rêves d’éclaircies

Et le sentir coupable d’avoir autant construit
Alors que vous ne faites, frères humains,… que passer ! ».

2122-32 JK - Parole recueillie

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ll n'y a pas de hasard / Laura

Comment s’étaient-ils rencontrés ? Par hasard, comme tout le monde. Comment s’appelaient-ils ? Que vous importe ? D’où venaient-ils ? Du lieu le plus prochain. Où allaient-ils ? Est-ce qu’on sait où l’on va ?

2122-32 Laura - Hasard

Cette fin d'été-là, bien avant la rentrée dans le calendrier universitaire de l'époque, dans un paysage d'averse, il faisait chaud encore cette nuit-là. Cannelle avait bu comme tous les soirs, tous les jours, dès le matin, pour faire passer l'ivresse de la veille. Ne pas cesser de boire pour ne pas se rendre compte, oublier... Daniel buvait aussi mais il gardait toujours le contrôle car il aimait conduire sa belle voiture et diriger avec sagesse son usine.

Dans ce paysage où le ciel est souvent bas, elle portait une robe à bretelles, très courte avec juste une culotte en dessous. Ca venait de l'armoire de sa mère qui ne se souvient pas que Cannelle portait ses vêtements et était donc mince comme elle alors qu'elle s'aveuglait à la voir grosse. Par réaction au presque couvent où elle avait fait ses études, par réaction à ce qui s'était passé dans sa famille, elle cueillait les hommes comme son père piquait les insectes de sa collection.

Cannelle et Daniel fréquentaient les mêmes bars, ils ne pouvaient que se rencontrer. Dans un lieu où il y avait des strip-teases de femmes, Cannelle déshabilla Daniel en hésitant et lui laissa son slip. Elle ne craignait plus depuis longtemps de se mettre nue... depuis que R. l'avait rendue belle avec son crayon. Daniel et Cannelle sortirent dans les rues désertes. Pas de rafales ni de pluie pour faire passer sa nausée. A peine arrivée chez Daniel, ce dernier lui tint les cheveux au-dessus des toilettes. Ça ne refroidit pas ses ardeurs qu'il lui montra très vite. Son ivresse ne s'en éclaircit guère et lui ne s'aperçut pas de sa non-réactivité. Elle se dit plus tard qu'elle aurait dû faire payer ce corps qu'elle donnait si facilement et presque gratuitement. Ils aimaient tous les deux faire l'amour. Il n'y a pas de hasard. Cannelle raya la première ligne de l'incipit:

“Comment s’étaient-ils rencontrés ? Par hasard, comme tout le monde.”

Elle n'aimait pas sa bouche, ni ses baisers et sa manière si maîtrisée de faire l'amour l'angoissait. Il lui aurait fallu une professionnelle alors qu'elle semblait si spontanée.

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