18 janvier 2022

Consigne d'écriture 2122-16 du 18 janvier 2022 : Dictionnaire en désordre

Dictionnaire en désordre

 

Choisissez un bloc de douze mots dans les tableaux ci-dessous. Recopiez chacun d’eux sur un bout de papier au format 10,5 x 14,8 cm. (une feuille A4 coupée en quatre).

Pour chacun des mots, sur cette feuille, écrivez une phrase d’allure poétique dans laquelle ce mot est obligatoirement utilisé. N’ayez aucun souci de continuité en passant d’une feuille à l’autre. 

fontaine éclaircie étranger amoureux
oiseau musée épave itinéraire
nuages fraisiers forêt vivant

 

cabaret pavé Clin d’oeil espoir
tourbillon alouette miroir secret
matin chimère semaine thé

 

colchiques palais crépuscule voyageur
porte saltimbanques brasier neige
dame automne cheval sapins

 

peintre valse novembre clairière
insoumission caresse Ecole buissonnière nocturne
almanach mémoire mélodie archer

 

éternité soif rivière exil
angelot Paris fête bateau
fleurs soeurs mains Vénus

 

Lorsque cette opération est terminée mélangez les morceaux de papier puis composez un texte en assemblant ces douze fragments. Vous pouvez les ordonner à votre guise, ajouter et supprimer librement dans tout ce matériau.

2122-16 Dictionnaire en désordre


Consigne tirée de "L’Agenda du presque poète" de Bernard Friot (page du 19 mai).
Mots empruntés à Jacques Prévert, Paul Verlaine, Guillaume Apollinaire, Charles Cros et Arthur Rimbaud.

Posté par Joe Krapov à 21:32 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :


E comme Élucubrations / Adrienne

2122-16 Adrienne - pavés

C’est au Cabaret Vert,
Après les tourbillons de la nuit
Qu’il est entré ce matin.
Les semelles déchirées.
Il a trébuché sur les pavés
Et en entendant l’alouette
A repensé aux chimères de la veille.

C’est avec un clin d’œil
Que la serveuse lui apporte son absinthe
Et dans le miroir devant lui
Il peut aussi l’admirer de dos
Même s’il préfère le devant.

Passent les jours, passent les semaines,
Il garde le secret espoir
De réussir à passer de la fée verte au thé
Vert

Mots insérés : cabaret - pavé - clin d'oeil - espoir - tourbillon - alouette - miroir - secret - matin - chimère - semaine - thé.

Posté par Joe Krapov à 17:27 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

Colis : bris... / tiniak

Version brute, au débotté : 

Les nuages avaient bu / à la Claire Fontaine 
sur un corps étranger / au musée des soucis 
moins carmins que fraisiers / dans cet itinéraire 
l'orée de la forêt / éclarcie à l'étrave 
un oiseau nu à l'œil, / plus vivant, maintenant ! 
vers l'épave solaire, / amoureux du moment 

krapoverie

(visuel du manuscrit oulipresque)

Remaniée, pour la rime :

Les nuages avaient bu à la Claire Fontaine 
sur un corps étranger au musée des épaves 
L'orée de la forêt éclarcie à l'étrave
un oiseau amoureux à l'œil, je m'y promène
plus vivant, maintenant ! dans cet itinéraire
Moins carmin que fraisier, sombre l'astre solaire

***

Les mots de là-qu'on-signe :

fontaine éclaircie étranger amoureux
oiseau musée épave itinéraire
nuages fraisiers forêt vivant

 

Posté par Joe Krapov à 17:26 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

V comme Villejean / Adrienne

2122-16 Adrienne - Mesurer les nuages

« Fontaine, je ne boirai pas de ton eau »
dit l’oiseau qui faisait son nid, petit à petit.
Et l’homme qui mesurait les nuages
profita d’une éclaircie
pour descendre de son échelle
et rentrer au musée.

« J’aurais mieux fait de choisir un autre métier » bougonnait-il.
C’est vrai qu’il aurait pu
cultiver des fraisiers
partir à l’étranger
se faire chercheur d’épaves
ou planteur de forêts.

Mais il était amoureux d’une étoile
et sa latte était le seul itinéraire
vers le cosmos vivant.

***

Illustration : sculpture qui orne le toit du SMAK à Gand,
Jan Fabre, De man die de wolken meet/l’homme qui mesure les nuages

Posté par Joe Krapov à 17:25 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

68 ans / Anne J.

2122-16 Anne J

Mon père, né en 1927,
prétendait jusqu'au soir de sa mort
avoir 27 ans.
Je pourrais prétendre aujourd’hui
en avoir 54
mais je viens de souffler
68 bougies.
Tant pis !

J'irais bien à la fontaine de jouvence pour rêver
d'une promenade en amoureux
au soleil couchant
plutôt que de m'égarer dans un musée obscur et poussiéreux
ou de m'échouer comme une épave perdue
au bord de l'eau.

Dans la forêt touffue des expériences de ma vie
apparaît une éclaircie
et je contemple les nuages cerclés d'or.

Je décide de faire de ce troisième tiers de vie
un vol vers le paradis
pour un oiseau égaré,
un itinéraire parmi mes projets innombrables
et encore inexplorés
car à 68 ans on peut encore
être étranger à soi même.

Mais de cela je suis sûre :
je veux être encore vivante
quand paraîtra
le jour
de ma mort.

Posté par Joe Krapov à 15:24 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :


12 petites feuilles pour 12 mots / Maryvonne

 Tout commença à l'orée de la forêt. Il apparut traînant son corps comme une épave.

C'est à la fontaine que j'ai rencontré l'étranger. Il avait soif de notre pays, il a bu tout ce qu'il a pu tellement sa gorge était en feu, du feu de la guerre.

L'eau de la fontaine où il venait de boire avait le goût de sa bouche, belle comme un fruit un peu amer. Il avait faim et je lui ai montré les fraisiers sauvages, il en a rougi de plaisir.

Je ne connaissais pas son itinéraire, ce que je sais c'est qu'il est passé par chez moi, qu'il a eu confiance et c'est une grande chance. Il faut alors que la dernière goutte de fatigue tombe pour qu'arrive l'éclaircie. Soudain passent les nuages et la fenêtre du ciel s'ouvre sur un monde nouveau.

Dans le bleu d'azur, mon plus beau porte-plume s'envole à tire d'aile pour lui écrire ce poème :

« Bel oiseau attrape un ver(s) et le pose sur la feuille, qu'elle se nourrisse de mots doux et que la magie opère. Le fait d'être amoureux vous rend plus vivant. »

Écrivez sur le mur de votre musée personnel la saga de vos amours :

« Aimez le beurre, le vin, le chocolat !
Aimez votre pays, vos parents, vos amis, votre famille !
Aimez, ça vous gardera vivant !
Mais aimez aussi l'étranger, vous verrez c'est épatant ! ». 

Posté par Joe Krapov à 13:03 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

Amour impossible / Maïck conteuse

Il était une Dame Tartine, dans un beau palais de beurre frais.

Aux marches du palais, y avait une tant belle fille.

Anachronique, le saltimbanque attendait là. « Salut, salut, voici l’amour qui vient à toi ».

Pourtant c’était encore un petit sapin, qui vivait dans la forêt, entouré de grands arbres qui, sans arrêt, se moquaient et le trouvaient bien laid.

Mais lui, le ballon voyageur, volait tout doucement comme un oiseau poussé par le vent.

Il se mourait d’amour : « Vois, ma douce, tout au fond de moi, ce brasier qui ne s’éteint pas. Que vive la flamme pour de nouveau prendre feu et brûler jusqu’au bout !».

210721 285 073

Pourtant le crépuscule était grandiose ! Peut-être un jour, voudra-t-elle avec lui retrouver les paradis perdus ?

Colchiques dans les prés fleurissaient, c’était la fin de l’été.

Les sanglots longs de l’automne, berçaient son cœur d’une langueur monotone.

Et lui le petit cheval, dans le mauvais temps, qu’il avait donc du courage !

Il voyait là-bas, les neiges du Kilimandjaro : elles lui feraient un blanc manteau où il pourrait dormir.

Mais elle, elle l’attendrait à la porte du garage…

Avec la complicité, dans le désordre de : Guy Béart, Etienne Daho, Paul Fort, Christophe, Anne Sylvestre, Paul Verlaine, Pascal Danel, Charles Trénet, Francine Cokenpot, 2 chansons enfantines et une chanson traditionnelle. (A vous de les reconnaître !)

Posté par Joe Krapov à 12:52 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

L'Évasion / Marie-Thé

Contrarié par une rupture inattendue,
fâché, abattu,
il remplit un sac,
jette toutes les lettres dans le brasier,
claque la porte,
selle son cheval
et s’en va.

Il devient un voyageur nomade,
sans soucis, sans attaches.
C’est la fin de l’été ;
Le soir, au crépuscule,
fatigué, éreinté
près de sa tente, il fume sa pipe.

A cette heure tardive,
les oiseaux cessent de chanter,
la nature embaume des senteurs de fleurs et de terre humide.
On distingue quelques colchiques dans le pré ;
il ressent un bien-être, un sentiment de liberté.

2122-16 marie-Thé - Colchiques

Il a voyagé de ferme en ferme,
travaillé la terre,
participé à des spectacles de saltimbanques
et maintenant l’automne arrive ;
bientôt le froid, la neige.

Que faire de cette liberté ?
Ses pensées s’envolent vers sa vie passée.
Nostalgie, mal du pays ?
Sa maison n’a rien d’un palais.
Celle qu’il appelait autrefois sa dame aux camélias
avait planté, semé, recouvert le jardin
de fleurs de toutes sortes.

Oublier les orages, revenir, pardonner.
Un matin d’automne,
il a détaché son cheval d’un sapin,
puis, joyeux, il a repris la route de son logis.

Posté par Joe Krapov à 09:10 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

Un poème à peu près / Laura

Faire un itinéraire de balade ou de voyage pour pouvoir me perdre
Sur l’épave de notre vie que je tente de renflouer et parcourir
Le musée de ma vie qui est dans le monde de ma bibliothèque.

Le bruit de l’oiseau se multipliait hier soir en paysage sonore comme
Un refrain populaire : « Amoureux comme nous, amoureux fous ». 1
Et je me fichais qu’ils regardent mon livre comme un objet étranger.

Maintenant, je m’efforce d’accueillir chaque matin comme une éclaircie de la nuit
Et boire à la source vive d’une femme-fontaine
Pour, comme lui, être vivante jusqu’à la mort,
Passant « à travers des forêts de symboles. » 2

Qui n’a jamais trouvé des signes dans les nuages qui défilent ?

Je guette l’arrivée des fruits des fraisiers.

 

210719 Nikon 042


1 http://www.lauravanel-coytte.com/archive/2022/01/20/amoureux-fous-6361390.html#more

2 http://www.lauravanel-coytte.com/archive/2006/08/21/correspondances-les-fleurs-du-mal.html

Posté par Joe Krapov à 08:45 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

Poésie de janvier / Jean-Paul

5_Im6

 

L’hiver s’en vient dans les maisons
Sortir de ses blagues de givré
Le vieux tabac de la grisaille
Et cela dure des semaines.

On est piégé. 

5_Im8

 

Quand vient l’horrible saison froide
Même l’alouette y laisse des plumes.
Pierrot qui passe
En ramasse une
Puisqu’au clair de la lune
Son voisin le distrait a égaré la sienne.

 

 Au chaud, dans le plus grand secret
Les buffets se régalent des sachets de lavande,
Des albums de photos et porcelaines rares
Ou des habits de deuil que l’on y entrepose.

3_Im6Où trouver le courage ?
Se lever au matin sans ramasse-poussière
C’est perdre assurément les débris des étoiles
Qui sont venues la nuit
Illuminer nos rêves.

Dans le geste d’écrire ?
On a beau tendre son cahier
Tel un miroir au monde
Rien ne s’y réfléchit,
Rien ne s’écrit dedans.
On ferait mieux sûrement
De tendre une tablette,
De ramener des photos du ciel
Ou de l’immeuble d’en face.

Peut-être, sur le cahier,
Fallait-il appuyer quelque part ?

En attendant, oui, j’écris.

S’il fallait mettre son espoir dans le Seigneur
Alors j’ai tout raté.
J’ai juste pour ma part
Mis un pied devant l’autre
Et rencontré l’humanité
Et même aussi parfois L’Humanité-dimanche !

Mais, c’est vrai, rien n’est simple.
La complicité avec le poète
Ne s’établit pas en un clin d’œil :
Ce voyant est peut-être un voyou
Et ce dévoiement du langage
Un désert empli de cailloux !

Sous le pavé de sept cents pages
S’étend peut-être juste
Une plage de nudistes
A l’oeil terne,
A la joie éteinte :
Des fracassés loquaces
Et inintéressants.

Qui décide que les pavés brillent ?
La pluie passagère ?

Ecrire, est-ce poursuivre
Des visions ?

1_Im2
Des êtres de légende, la plus inaccessible

Et la plus honorable parmi les homicides,
Chimère,
N’a d’yeux que pour Rodrigue
Et lui baye aux corneilles !

 

 

Trouve-t-on la joie au tourner du temps ?

Concert de nouvel an à Vienne :
Le gai tourbillon de la valse
N’enchante pas le musicien.
L’œil rivé sur sa partition,
Il procède à l’exécution,
Sans cesse menacé d’une réprimande
Par la baguette autoritaire du chef d’orchestre.

Alors on rentre se réchauffer
Et sans cérémonie
- On n’est pas au Japon -
Vers cinq heures on prend le thé.

220119 cabaret vert

Seulement une chose est sûre :
Désormais je n’entrerai
Que dans des cabarets à la façade verte
Et si en lieu et place d’une serveuse accorte
C’est un barman aigri qui apporte
Mon sandwich au jambon
Je lui enverrai ma bière au visage !

Hiver !
Saison d’enfer !

Posté par Joe Krapov à 05:38 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :