06 octobre 2021

Consigne d'écriture 2122-05 du 5 octobre 2021 : Parler c'est vivre

Parler c'est vivre

 

Nous sommes chez le ou la psy. D’ailleurs c’est vous qui tenez le rôle du ou de la disciple du Dr Freud et allez accoucher le patient.

La personne qui est venue vous consulter est une célébrité (politique, artistique, historique, etc.) d’aujourd’hui ou d’hier, réelle ou fictive.

Voici un premier choix très subjectif mais vous pouvez choisir ailleurs que dans cette liste la personne que vous souhaitez allonger sur votre divan.

Tintin - Brigitte Macron - Luke Skywalker - Marcel Proust - Laure Manaudou - Napoléon Bonaparte - Le chevalier Ajax - Isaure Chassériau - La Vénus de Milo - Arthur Rimbaud - Blanche-Neige - Landru - La maman du Petit Poucet - Le Manneken Pis - Jésus-Christ – Athéna - Léonardo Di Caprio - Cendrillon - Dominique Strauss-Kahn - Anne Sinclair - Brigitte Bardot - Charlène de Monaco - Bouddha - Jacques Brel - Don Camillo - Le prince Charles - James Bond - La Schtroumpfette - Fabrice Luchini - Arielle Dombasle.

Et voici une liste de motifs de consultation établie en 1997 par Claude Halmos dans son livre «Parler c’est vivre».

La jalousie Les juges pour enfants
Je me trouve moche J’ai une sœur ou un frère adoptif
Mes parents divorcent, tout va bien Veuve à trente ans
Je hais mon frère ou ma soeur L’un de mes parents est homosexuel
Annoncer son homosexualité à ses parents J’ai élevé les enfants de mon mari
Mon père n’était pas mon père Je vis avec un alcoolique
L’adoption J’ai vécu une grave crise d’adolescence
Le stress de la rentrée Mon enfant ne parle pas
Je suis nul·le pour me vendre J’ai peur quand je suis seul
J’ai été souffre-douleur Ma totote, mon doudou, mon ninnin
Les têtes de turc à l’école Les rapports père-fille
La dyslexie Se marier sans l’autorisation de ses parents
Je suis la fille de mon prof Mes enfants ne se supportent pas
L’arrivée du deuxième enfant Un bébé sur le tard
J’ai mes parents à la maison J’ai vécu avec un mythomane
J’ai dû faire piquer mon animal J’en veux à ma belle-mère
Mon enfant est insomniaque J’ai été placé dans un hôpital psychiatrique
Papa malgré soi L’éducation sexuelle à l’école
Un accident a changé ma vie Les maniaques de la propreté
Mon enfant ne mange pas Les rapports père-fils
Avoir un petit dernier Je vis avec un homme plus jeune que moi
Les gauchers contrariés La paranoïa
Je n’ai pas d’amis L’hypocondrie
Les menteurs J’ai découvert mon père à l’âge adulte
Les chouchous Je hais les vacances
J’ai encore fait pipi au lit Les complexes
Elevé par ses grands-parents Je ne peux rien jeter
Les rapports mère-fils Les narcissiques

Racontez la séance sous forme de questions-réponses ou d’un monologue du consultant ou de la façon que vous voulez.

2122-05 Consigne - Parler-c-est-vivre

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05 octobre 2021

Psychanalyse d’Arielle Dombasle / Dominique H.

- Voilà, je viens vous consulter pour un motif qui va vous étonner mais aussi parce que vous avez la réputation d'être silencieux... et comme moi, j'aime bien parler et que j'adore qu'on m'écoute, nous devrions bien nous entendre.

Néanmoins, si le transfert ne se fait pas - c'est bien ainsi que vous vous exprimez dans votre jargon, n'est-ce-pas ? - si le transfert ne se faisait pas, disais-je, nous nous quitterions cependant bons amis, puisque je vous aurai payé. Nous serons donc quittes quoi qu'il en soit.

2122-05 Dominique - Arielle_Dombasle_By_Era

J'en arrive à la raison qui m'amène. Avant de vous la dire, je tiens à vous préciser que j'ai reçu une éducation religieuse qui m'a formatée quelque peu. D'ailleurs, je suis toujours croyante, à ma façon.

Je me suis déjà allongée précédemment chez deux autres de vos confrères, deux hommes, car je préfère les hommes. La première cure a été très efficace puisqu'elle m'a libérée de ce poison qu'est la culpabilité si bien que maintenant je ne fais plus de péchés, je suis en état de grâce perpétuel. La deuxième cure a échoué et c'est cet échec qui m'amène à me confier à vous. Vous me permettrez de taire le nom de votre confrère afin d' éviter de parasiter le travail que nous allons faire ensemble.

Avant de commencer, j'ai une demande particulière à vous formuler. Vous m'avez invitée à m'allonger alors que vous êtes assis derrière le divan. Je ne vous vois donc pas et c'est bien ainsi, je me sens plus libre de m'exprimer. Alors, je voudrais que vous fermiez les yeux pour que vous ne soyez pas perturbé par mon aspect extérieur, que vous puissiez vous consacrer à ma seule psyché. Je sais l'effet que mon physique provoque chez l'autre, en particulier chez les hommes, et je ne voudrais pas que votre attention flottante vous amène à dériver vers je ne sais quel fantasme. Je veux seulement que vous m'écoutiez. Certes ma diction, empreinte paraît-il d'une certaine préciosité, peut aussi troubler mon interlocuteur, j'en suis consciente, mais il faut bien que j'existe, je lutte déjà tant pour que ma silhouette s'impose !

Après ces préalables nécessaires, j'en arrive à mon motif de consultation que je pourrais résumer en une phrase courte : « je suis nulle pour me vendre ! ». Pourquoi toussez-vous ?

La religion me poursuit. Mon cerveau, ou plutôt mon âme, est submergée d'injonctions contradictoires. Ainsi, durant ma petite enfance, ma mère m'enjoignait de faire minutieusement ma toilette avant de prier. Elle m'a inculqué aussi que la coquetterie était une forme de politesse envers son prochain, que c'était un devoir d'être agréable à regarder.

Voyez où cette injonction maternelle au nom de Dieu m'a conduite et je vous l’avoue avec autant d'amertume et de colère que de honte, j'en suis arrivée aux injections de collagène dans la lèvre supérieure. Quand j'étais sur le fauteuil du chirurgien plasticien qui me susurrait que j'allais retrouver la moue pulpeuse de ma jeunesse, dans mon âme, la flamme vacillante d'une petite bougie s'allumait et la voix de mon surmoi me répétait : «  Les apparences extérieures ne comptent pas pour Dieu, la valeur suprême est la sincérité ! ». Et je suis d'accord, j'adore la sincérité ! J'adore me raconter sur les plateaux de télévision ! Alors pourquoi ai-je laissé ce chirurgien me trafiquer et finalement me défigurer ? Je suis très malheureuse, j'ai perdu mon authenticité, je suis vraiment nulle pour me vendre ! 

- Je vous ai écoutée, Madame, en fermant les yeux. Je vous ai entendue et nous allons arrêter la séance sur cette phrase « je suis nulle pour me vendre». Pour votre apaisement immédiat, je vous propose de vous montrer douée pour me payer : ce sera 300 euros. » 

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Psychanalyse de Fabrice Luchini / Dominique H.

Chez le même psychanalyste parisien.

- Eh bien, dites donc, il semble que la psychanalyse soit une activité des plus lucratives ! Mais je juge peut-être un peu trop vite. Ce pourrait être aussi la fortune personnelle de votre épouse qui vous autorise ce luxe ? Excusez-moi, je m'égare. Mais dans ma première vie j'étais garçon coiffeur, mes fins de mois étaient difficiles. Alors comprenez que pour moi le luxe c'est ÉNORME ! ÉNORME, entendez-le bien dans son sens premier, étymologique «  en dehors des normes ». Est-ce bien normal de pouvoir vivre dans un tel luxe ? Toujours est-il que c'est ÉNORME d'en-faire une telle ostentation !

Je m'égare, je ne vous ai pas encore fait part de mon motif de consultation. Mais avec votre placidité face à mes provocations ÉNORMES, vous m'inspirez confiance. J'y viens, je vais vous le dire, mais je vous préviens, c'est ÉNORME !

Alors voilà, dans ma jeunesse j'ai été souffre-douleur. Le milieu de la coiffure n'est pas tendre vous savez, mais non, vous ne le savez pas. Et pourtant je ne suis pas homosexuel. Je ne vous apprends rien en vous disant que les hommes gays sont moqués et maltraités dans les salons de coiffure.

Moi, c'était autre chose. Ce qui agaçait mes collègues et les clientes c'était ma diction : je l'ouvre trop, je n'ai pas de cheveux sur la langue, bref j' ar-ti-cu-le ! C'est ainsi depuis que je suis petit, depuis les récitations de l'école primaire, et c'est devenu ÉNORME, constitutif de ma personne. Dans le vestiaire après la journée de travail au salon de coiffure, je me lâchais et en me rhabillant, je déclamais avec application «  La cigale et la fourmi », «  Le lion et le rat », en détachant bien les mots jusqu'à l'inévitable «  boucle-la ou je te rase ! ».

Cette élocution particulière m'échappe, je ne la maîtrise pas. Et surtout elle devient envahissante quand quelque chose m'irrite. Je me souviens que la situation typiquement insupportable pour moi quand je travaillais dans un salon était d'avoir à coiffer une bourgeoise couverte de bijoux, parfumée de Shalimar, étalant éhontément ses relations, ses voyages... J'essayais de me contrôler en me taisant, puis ma tension interne montait, je me retenais pour ne pas lui raser à la tondeuse une allée propre et nette au milieu du crane. Je parvenais à me calmer en déclamant intérieurement la fable de la Fontaine qui me soulageait le plus en la circonstance« Le savetier et le financier ». Je retrouvais alors mon calme, je pouvais de nouveau sourire à la cliente, abonder dans son sens et même de lui faire d'ÉNORMES compliments. Evidemment je recevais d'ÉNORMES pourboires, ce qui déclenchait une ÉNORME jalousie chez mes collègues.


Un jour, face à une cliente particulièrement abjecte, je perdis contrôle et je saisis la tondeuse. Heureusement je me ravisai in extremis. Et, la tondeuse encore en l'air dans ma main droite, voici que je m'entendis déclamer haut et fort «  Un savetier chantait du matin jusqu'au soir »… Passées les deux secondes de sidération dans le salon, un garçon coiffeur bien charpenté m'empoigna le bras doucement et fermement et m'entraîna rapidement dans la réserve alors que je continuais « c'était merveilles de le voir, merveilles de l'ouïr». Le patron arriva à son tour, me bâillonna, puis me ligota sur une chaise, puis m'enferma à double tour dans le cagibi jusqu'au soir. Évidemment j'ai uriné sur la chaise et j'ai été viré. Ce fut la fin de ma vie de garçon coiffeur.

Je n'irai pas plus loin aujourd'hui. Après le récit douloureux, vous comprendrez peut-être mieux pourquoi je bombe le torse, pourquoi je me pavane comme un paon, pourquoi mon sourire est excessif, pourquoi je répète sans cesse « ÉNORME ». C'est mon humiliation qui a été ÉNORME. Ma carrière de comédien est une vengeance, une vengeance ÉNORME, mais j'aimerais retrouver tout simplement un sourire tranquille, à n'importe quel prix. 

- Alors, Monsieur, ce sera 300 euros. 

- Mais c'est ÉNORME ! 
 

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Le Chat en psychanalyse / Anne J.

- Entrez et installez vous, monsieur Chou... ?

- Chouchen. Je sais, je ne suis pas de la bonne couleur, c'est une idée de ma maîtresse quand elle m'a recueilli, à l'époque on ne savait pas si j'étais une fille ou un garçon, ni de quelle couleur j'allais devenir. J’étais gris clair quand j'étais jeune et me voila chat tigré noir et gris, pas vraiment couleur miel.

- Ambiguïté sexuelle, je vois...et problème d'identité. Qu 'est ce qui vous amène, monsieur Chouchen ?

2122-05 Anne J

- Je ne vais pas bien depuis quelques mois ; je crois que je ne supporte pas le déconfinement.

- Le déconfinement ? Expliquez moi ça !

-Eh bien je préférais nettement le confinement et ce retour à la normale qui s'amorce me rend nerveux, dépressif, angoissé, je ne sais pas moi ! C'est vous le docteur !

- Ne vous énervez pas, installez vous plutôt sur ce divan et racontez moi ça.

Le chat grimpe sur le divan, griffe le velours rose avec délices et se roule en boule en fermant les yeux de bonheur

- Très confortable ! On sait vivre chez vous !

- Hum !

- Voilà, j'ai adoré le confinement : ma maîtresse était dans la maison 23h sur 24 et elle n'avait aucun invité, je déteste les invités .Nos journées étaient toutes semblables, sans imprévus et c'est la vie que je préfère. Elle faisait du feu dans le poêle, me servait des croquettes à tout moment, passait plein de temps dans son canapé et je pouvais me faire caresser 10 fois par jour : routine, croquettes, calme et volupté, le trio gagnant.

- Hum hum !

- Elle se levait tous les jours a 8h et dès après le petit déjeuner elle enfilait ses chaussures pour marcher et là je savais que je pouvais profiter du lit aéré et fraîchement refait pendant 1h chrono… J'adorais ça et quand elle rentrait, elle allumait le poêle, je pouvais me mettre sur la petite chaise, à me chauffer les fesses toute la journée . Il y avait ensuite le ronron de la machine à coudre pendant 2 ou 3h, j'ai compris qu'elle faisait des tonnes de masques, et puis les zooms et vidéos, mais ça ne me dérangeait pas trop.

- Hum hum hum !

- Elle ne s'enfermait que pour son cours de piano, je crois qu'elle n’appréciait pas que je l’interrompe avec mes miaulements insistants pendant ce temps là...

- Je vois. Et donc ?

2122-05 Anne J

- Et donc cette époque paradisiaque a pris fin… sans qu on me demande mon avis . Certains jours, elle se lève à 7 h, d'autres à 8 h, parfois elle ne fait même pas son lit, elle part toute la journée et moi j'attends mes croquettes et mes câlins jusqu'au soir dans une maison froide, sans personne pour me brosser . Pire, elle me laisse 24 h à me geler dans la véranda parce qu'elle va déjeuner chez sa copine d'enfance !

- Jalousie, je vois !

- La copine ce n'est pas le pire, l'horreur c'est le mari de la copine, celui-là je ne peux pas le sentir !

- C'est intéressant ! Vous avez donc une préférence pour les femmes ?

- Ce n'est pas la question, la raison de cette aversion, c'est qu'il joue de la musique, de la guitare souvent, en chantant avec une voix qui m'insupporte et le pire, le pire...

Le chat cesse de ronronner et pousse un miaulement pathétique.

- Le pire...

- Dites-moi !

- ...c'est qu'il joue de l'harmonica! Vous vous rendez compte !

- Certes, certes.

- Je vais le mordre, le griffer jusqu'au sang, vomir sur ses partitions, mettre des poils sur son pantalon, peut être pire !

- Pire ?

- Oui, pire, je vais passer a l'acte ! J'ai déjà pris contact avec un gang de chauves-souris, un nouveau virus bien costaud, avec de belles mutations et hop ! Six mois de confinement, retour au paradis avec ma maîtresse pour moi tout seul et pas de visite de la copine et de son mec !

- Bien, nous allons nous arrêter là pour aujourd’hui. Nous reprendrons cela la semaine prochaine. Ça fera 80 euros.

- Au revoir, docteur !

Et le chat saute du canapé, s'étire voluptueusement et sort en balançant sa queue en point d'interrogation.

2122-05 Anne J

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Don Camillo chez le psy : quand un pater et deux avés ne suffisent plus / Maryvonne

 - Bonjour Don Camillo ! Quel bon vent vous amène ?

- Ah,  Docteur ! Le vent des complexes ! La girouette de l'église ne sait plus à quel vent se vouer ! La tempête gronde et elle en perd le Nord. Personnellement je me sens un peu à l'Ouest.

- Allongez-vous, Don Camillo.

- Merci mais depuis qu'ils m'ont mis dans le corps de Fernandel votre divan est trop court. Regardez : mes pieds dépassent largement. Vous me trouvez comment, Docteur ? Parce que moi, j'ai un complexe, je me trouve moche. Franchement les cinéastes auraient pu me mettre dans la peau d'Alain Delon, Alain Delon jeune évidemment. Je ne supporte plus ces yeux globuleux et cette dentition chevaline. Ah ! Pour avoir l'air d'un homme, un vrai c'est réussi, j'ai les traits grossiers. Quel contraste avec l'obligation de m'habiller en robe ! Pourquoi pas un sac à main et des chaussures à talons hauts tant qu'ils y sont ? Je sais que c'était l'époque de la soutane pour tous mais quand même !

- Mais, Don Camillo, vous aviez un pantalon sous la soutane. ?

- Justement pantalon plus robe c'est ambigu. Ça ne vous aide pas à situer votre sexualité.

- Vous situer par rapport à quoi, Don Camillo ? Les petites filles ? Les petits garçons ? Le bedeau ? Les grenouilles de bénitier ? Votre meilleur ennemi Peppone ?

- Ah  non ! Moi j’étais pur, je suivais la dure loi du célibat et de l’abstinence mais surtout, je dois l'avouer, parce que j'étais moche. On en revient toujours à mon complexe. Moche et naïf. Je ne voyais pas les déviances de l'église chez mes confrères et je ne regardais même pas les filles décolletées jusqu'au fils.

- Don Camillo, vous n'aviez pas de confidences au confessionnal ?

- Non, parce que les confesseurs étaient justement les bourreaux. C'est le serpent qui se mord la queue si je peux dire. Maintenant que je suis là-haut, j'ai honte pour eux et je ne peux même pas leur sonner les cloches. Je rejoins la chanteuse Juliette qui dit que quand Dieu a créé le monde il avait dû boire trop d'ambroisie. Même si j'ai parfois abusé du vin de messe je me suis arrangé avec les démangeaisons de ma quéquette et le Christ aussi si j'en crois mes enfants de chœur qui chantaient :

« Jésus-Christ à une quéquette
Pas plus grosse qu'une allumette
Elle lui sert à faire pipi
Vive la quéquette à Jésus-Christ. » 

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99 dragons : Exercices de style. 65, Lacanien / Jean-Paul

La psychanalyste fait entrer la cliente n° 1.

- Entrez, Votre Majesté ! Qu’est-ce qui vous amène, princesse Charlène ? Installez-vous sur le divan, je vous écoute.

- J’ai dû faire piquer mon an(im)al de compagnie !

- Ce sont là des choses qui arrivent. Il était sans doute vieux et malade ?

- Pas du tout ! Il pétait la santé et la chaîne qui le retenait attaché au mur du château. Il était plein d’appétit et c’est pour ça qu’il a fallu l’abattre, Désir.

- Désir ? Votre chien s’appelait Désir ? Ça alors ! Vous n’avez jamais songé à consulter un psychanalyste ?

- Qu’est-ce que je suis en train de faire, docteur, selon vous ? Ce n’était pas un chien. Quand Désir a brisé sa chaîne, rien ni personne n’a pu l’arrêter.

- Je prends sur moi de vous interrompre : tout cela me semble normal. Qu’a-t-il fait ensuite ?

- Il a commencé par s’envoyer quelques brebis.

- C’est un bouc ? Vous êtes une émule d’Esméralda ?

- Connais-pas. Les propriétaires n’ont pas été contents alors ils sont venus trouver mon père, le roi, en son château.

- Votre Désir était donc enragé pour qu’ils viennent quérir de l’aide au sommet de l’État ?

2021-10-01 - 285 6

- Avec le temps mon dragon était devenu haut comme une maison. Papa a voulu envoyer sa soldatesque pour le capturer ou l’occire mais mon Désir crachait du feu alors ils se sont tous dégonflés.

- Sans vouloir être triviale, se dégonfler, c’est normal aussi pour un soudard (sous-dard) ! Et alors ?

- Mon Désir était devenu fou. Voilà qu’il réclamait maintenant de la chair fraîche d’humain ou d’humaine.

- Et alors ?

- Alors on a appelé le véto !

- J’en reste interdite ! Et donc ?

- Et donc, à cause de ce Dr Saint-Georges, mon Désir est mort. D’une piqûre. Mais il fallait voir la taille de la seringue ! Carrément une lance ! Une rose a poussé dans son sang et moi, depuis, je me blesse à ses épines !

- Sans commentaire. Je ne comprends pas. Vous ne pouvez pas entreprendre un travail de deuil ?

- Ce n’est pas ça. La bête est morte, n’en parlons plus. Mais moi je suis tombée amoureuse du vétérinaire !

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- Eh bien ? Offrez-lui de partager votre vie, son vit, sa lie ou votre lit avec lui ! C’est si compliqué que cela pour une princesse de séduire un chevalier ? N’étiez-vous pas la récompense offerte au héros en échange de ses bons et loyaux sé(r)vices de mercenaire débarrasseur de nuisibles ?

- Non mais même si cela avait été je crains que rien n’en eût été changé : j’ai l’impression que Saint-Georges n’a pas appris l’éducation sexuelle à l’école !

- Dans l’église catholique ? Avec le nombre de prêtres pratiquant la chose en mode sous-cutané ? Ca m’étonnerait ! Il est peut-être tout simplement timide ?

- Ou homosexuel ? Beaucoup de gauchers contrariés le sont. Ils sont souvent pris comme tête de turc à l’école et après ils ont bien du mal à annoncer leur homosexualité à leurs parents, surtout s’ils détestent leur belle-mère comme Cendrillon ou Blanche-Neige !

- Ecoutez Charlène… Vous me semblez être une jeune femme intelligente, saine , bien pourvue et bien sensée, même si votre histoire de Désir avec une majuscule et de désir avec une minuscule perspective de concrétisation ou de jouissance est un peu confuse. Je pense pour ma part que ce n’est pas à vous de venir vous allonger ici pour me faire part de vos problèmes .

- Qui doit le faire, alors, docteur ?

- Saint-Georges, bien sûr ! Et je crois qu’il me faudrait plus de 99 séances pour guérir ce complexé.

- Vous ne pourrez pas l’avoir comme client : il s’est barré ! Il est reparti pour Rome il y a une heure.

- Mais vous, qu’allez-vous faire ? Que voulez-vous que je fasse pour vous aider sinon vous inciter à faire une croix sur votre Chrétien ? Un type comme ça vous aurait fait souffrir le martyre !

- Mais c’est que je l’aime !

- Alors élancez-vous à sa suite ! Rattrapez-le, mettez-le en prison, martyrisez le vous-même ! Même si je doute que ce soit là la bonne solution.

- Vous feriez quoi, alors, vous, à ma place ?

- J’écrirais le récit de mon amour impossible pour cet homme qui a embrassé la religion et plus si affinités. J’ai déjà le titre du livre : « Veuve à trente ans ! ». Avec le nom que vous portez, ça se vendrait très bien. Il y a là un best-seller potentiel !

- Mais…

- Revenez la semaine prochaine si vous voulez, la séance est terminé. C’est mille dirams. En liquide, s’il vous plaît.

***

La psychanalyste fait entrer le client n° 2.

- Allongez-vous sur le divan, jeune homme ! Dites-moi ce qui ne va pas. Comment ça ne va pas bien aujourd’hui ?

2122-05 Jean-Paul - La fille du professeur

- Je m’appelle Claude Halmos. Je suis la fille de mon prof.

- Vous voulez dire « le fils » de mon prof ?

- Non, non, je veux bien dire et répéter : « Je suis la fille de mon prof »

- Votre père est professeur ?

- Pas du tout, il est coiffeur pour dames.

- Vous avez visiblement un problème d’identité, Claude ! C’est sans doute dû au fait que vous portez un prénom épicène ?

- Epi… quoi ? Et pis quoi encore ?

- Un prénom épicène, comme Claude, Camille ou Dominique, peut-être porté par un garçon comme par une fille.

- Ca n’a rien à voir avec Eléonore, ce que vous racontez !

- Nous y voilà ! Qui est cette Eléonore ? Si vous pouviez entrer dans le vif du sujet au lieu de faire de la résistance en jouant sur les mots ou sur les maux ?

- Si je pouvais entrer dans le vif du sujet je serais le plus heureux des hommes et je n’aurais pas besoin de venir vous consulter !

- Alors cette Eléonore, qui est-ce ?

- C’est la fille de mon prof !

- ???

- Je la suis partout. Je la prends en filature, je suis l’ombre de son ombre, je suis attaché à ses pas, abonné à sa chaîne Youtube, son fil Twitter, son compte Instagram…

- Vous l’aimez ?

- Oui, follement !

- Eh bien… faites-lui des avances !

- Je ne peux pas ! Quand on suit quelqu’un partout on est toujours derrière. Elle ne nous regarde pas, ne nous voit pas, ne peut pas nous voir !

- Eh bien, cessez de la suivre ! Et prenez une autre route pour la croiser, comme ça vous lui ferez face au lieu de regarder ses fesses, effacé, et de vous affaisser davantage.

- Je ne peux pas !

- Pourquoi ?

- Je suis pressé. Je n’ai pas le temps. Je dois décrocher mon bac : quand je ne suis pas la fille de mon prof je suis les cours de son père.

- Faire cours, suivre des cours, faire la cour… Faisons court : ce sera cent euros. Et revenez... quand vous aurez le temps !

***

2122-05 Jean-Paul - L'Evangile au risque de la psychanalyseLa psychanalyste fait entrer le client n° 3 mais elle reste bouche bée, estomaquée. Le client n° 3 n’est autre que Jésus-Christ en personne, descendu de la croix avec ses stigmates et, visiblement complètement ressuscité.

D’autorité, il s’allonge sur le divan et déclare :

- Je viens de découvrir que mon père n’est pas mon père !

La psy se retient de déclarer « Je sais ce dont vous souffrez. Ça s’appelle le syndrome de Luke Skywalker » mais comme il y a des gens ici qui ne connaissent pas encore la saga de Star wars et que Jésus doit en faire partie, elle se tait et s’endort. Sur des problèmes de paternité comme celui-là, il est, de toute façon, difficile de se faire une religion.

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Monsieur X / Josiane

2122-05 Josiane - masque- J’ai un secret que je ne peux partager avec personne.

- Vous êtes au bon endroit pour le déposer en toute confiance.

- D’autre part, je souhaite, comme vous le voyez, vous consulter sous le sceau du secret. C’est pourquoi je garderai mon masque tout au long de la séance.

- Qu’à cela ne tienne, votre identité n’est pas indispensable pour nous éclairer sur les causes de votre ou vos problèmes. Quels sont-ils, cher Monsieur X ?

- Tout d’abord, il faut que vous sachiez que je suis marié à une femme plus âgée que moi. Beaucoup plus. Ceci pourra peut être nous éclairer pour la suite.

- Êtes vous heureux avec cette femme?

- Nous formons un couple harmonieux, même si mon agenda ne nous permet guère d’avoir une vie conjugale à temps complet.

- Mais malgré tout, la fuiriez vous ?

- Pas du tout, mais j’ai certaines obligations dont je ne peux vous parler sans dévoiler mon identité.

- Venons en au fait. Quel est l’objet de votre consultation ?

- Eh bien voilà ! Mais … c’est vraiment très difficile à dire.

- Si ce n’était pas complexe vous ne seriez pas là.

 2122-05 Josiane - masque

- Je … Je ne peux pas m’endormir sans mon … sans mon doudou. Voilà c’est dit. Je me sens déjà mieux !!!!!

- Les mots monsieur X, rien ne vaut les mots et vous avez su venir à moi pour les déposer dans ce bureau. C’est un pas de géant que vous venez de faire. Et, que dit votre épouse de cette habitude?

- Mon épouse ne sait rien, je le cache sous mon oreiller, je le reprends quand elle dort.

-Hum ! Et elle ne se doute de rien ?

2122-05 Josiane - docteur-rorschach-vainui-castelbajac-L-g5tXBa

- Je ne pense pas, je suis très malin vous savez et je prend mille précautions . Malin d’ailleurs il m’a fallu l’être pour accéder à la position où je suis aujourd’hui.

- Et l’objet dont vous parlez, quel est-il ? Est-il doux, soyeux, un vrai doudou quoi ?

- Oh non, rien de tout cela, il s’agit de … enfin ! Je ne sais si je pourrai vous le dire.

- Cela m’aiderait beaucoup à vous aider vous-même.

- Eh bien, c’est un bout de papier, avec un nom écrit dessus.

- Mais encore ? A quoi correspond ce nom ? Un ou une ami(e) très cher(e), une personnalité, un parent ?

- C’est très difficile à dire, vraiment.

- Allons, je suis là pour vous aider mais il fait faire un effort. Courage monsieur X, nous touchons au but.

- Voilà, ce morceau de papier est rectangulaire, il commence a être fatigué. Pensez donc, sous mon oreiller tous les soirs !

- Que représente-t’il pour vous ?

- Il représente tout ce que j’ai désiré depuis tant d’années.

- Allez encore un effort, nous y sommes.

- C’est… c’est un bulletin de vote et c’est mon nom qui est inscrit dessus noir sur blanc.

- Eh bien, vous voyez, ce n’était pas si difficile. Ce sera tout pour aujourd’hui. Au revoir, monsieur le Président, à la semaine prochaine !

2122-05 Josiane - bullletin

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Mon psy s’appelle Germain Gargamel / Maïck conteuse

- J’en peux plus, docteur !

- Oui… ?

2122-05 Maïck grand-schtroumpf-ref_KT5752_3

- Ils s’imaginent que je sais tout faire, multitâches qu’ils disent ! Enfin surtout celles dévolues aux filles !

-  Oui…. ? Précisez….

2122-05 Maïck - Prof- Etre jolie, se mettre des fleurs dans les cheveux, faire la vaisselle, le ménage, la cuisine, le linge… Tout quoi… Et eux ils sont où pendant ce temps-là ? A batifoler dans les bois, je ne sais où ? En plus, il faut être leur maman, leur grande sœur, leur copine, la concierge… et puis moi je n’ai pas le droit de sortir, et puis c’est toujours « Fais-pas ci, fais-pas ça »…

- Et ? ….

- Le plus vieux là, lui c’est bien simple, je suis transparente pour lui, il se caresse la barbe en regardant par-dessus ses lunettes et il m’abreuve de conseils… On dirait mon prof de 6ème, ce vieux cochon

- Hum…oui ?

2122-05 Maïck Schtroumpf-grognon_original_backup2122-05 Maïck - Grincheux- Y en a un, il râle tout le temps, rien ne va jamais comme il veut : la soupe pas salée, ses chaussures sales, son lit trop froid… mais quel grincheux ! On dirait mon père !

- Ahem… oui ?

- Et puis y a l’inverse, celui qui rigole tout le temps, c’est un joyeux drille, oh, mais il me fatigue celui-là, il est monté sur ressorts !

- Mais encore ?

- Un autre, il dort toute la journée, pas moyen de le faire sortir de son lit, même à table il dort. On dirait un crabe !

- ????

- Ah oui, y a l’autre là, qui éternue tout le temps, il se balade avec une écharpe même quand il fait trente degrés !!! Celui là il me ferait presque rire s’il ne semait pas ses microbes partout !

- Ah… oui ?

- Et puis le timide, oh là là, c’est incroyable d’être aussi timide, il ne peut rien faire tout seul, il ne regarde jamais en l’air, toujours ses pompes, on ne sait jamais quoi lui dire, il devient rouge comme une tomate dès qu’on lui parle !

- Hum, hum…oui ?

- En fait, celui que je préfère dans cette cour des miracles, c’est le simplet, là, lui, il n’est pas compliqué, il ne comprend rien mais au moins il est d’accord avec tout et pas difficile à vivre.

- Et donc ? ….

- Ben rien mais c’est dur, vous savez, je ne sais plus où me mettre, moi, et le bouquet c’est quand ils ont décidé de partir en vacances : à Schtroumpfville, il parait que ça s’appelle. Il a fallu s’habiller tout en bleu, mettre des petits chapeaux ridicules et habiter dans des champignons. Et puis faire semblant de s’amuser ! Il parait que c’est ça les vacances. Moi je déteste ça !

- Pfiiiit !

2122-05 Maïck - Schtroumpfette- Y’avait une fille mais une espèce de pétasse avec des fleurs dans les cheveux qui faisait sa mijaurée ! Tout le monde à ses pieds ! Non, non, Docteur, je ne veux plus y retourner, je ne veux plus… Dites moi ce que je dois faire !

- Miaiouuuu… Ahem... Et si, à la prochaine séance, vous me parliez de votre mère ? Ce sera 100€, à la semaine prochaine, mademoiselle Blanche Neige !

 2122-05 Maïcl - Blanche-neige

Posté par Joe Krapov à 05:49 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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