AEV 1920-Marie-Thé printemps

C’était aux premiers jours d’avril.

Au moment où monte le chant des oiseaux, 
comme tous les matins de confinement, Marie place son ordinateur sur la table de la cour et découvre la gymnastique concoctée par le coach,  un homme plein d’humour, longues guiboles terminées par des tennis blancs faisant ressortir sa peau noire, luisante au soleil de ce jour de printemps.

Sa voix invite aux contorsions :
- Allongez-vous sur le sol…
ou alors :
- Mettez-vous debout sur un pied puis sur l’autre, comme un flamant rose…

C’est dur ; L’esprit de Marie s’envole vers le ciel  parsemé de petits nuages cotonneux. Elle voit passer des hirondelles ; des pies jacassent sur la pelouse. Elle entend la complainte du merle chanteur perché sur une branche du figuier.

Son regard se pose sur les p’tites fleurs bleues, les pissenlits qui inondent la pelouse, sur les fleurs du cognassier.

Des odeurs de terre et d’herbe humides lui sautent au visage,embaument l’atmosphère.

Soudain elle réalise que ce n’est pas le moment de rêver, elle n’est pas un poète ! Son regard revient vers l’ordinateur :
le coach a fini sa leçon, alors adieu, à demain !

Sa joie est tombée dans l’herbe en réalisant qu’elle doit partir magasiner en esquivant les attaques sournoises du roi Covid.

Elle remplit son laisser-passer, enfile son masque et ses gants de protection puis affronte l’ennemi avec courage.

Les rares personnes qu’elle croise dans les rues s’éloignent comme si elle était elle-même la reine de Covid.

Sur le chemin du retour, elle fredonne une chanson d’Alain Barrière,
« La complainte du roi et de la reine » et se dit qu’un si beau printemps, malgré le confinement, ça fait aimer la vie.