En cet après-midi de mai 1974 Rosalie et Marius de Villejean goûtaient les premiers rayons de soleil.

Assis sur un banc, dos à l’Église Saint-Luc, ils regardaient s'animer le quartier et riaient de voir s'agiter tous les habitants autour du bâtiment flambant neuf qu'on allait inaugurer très bientôt.

Leur chien Gaston jappait à leurs pieds et s'invitait au jeu de ballon avec les garçons.

- « Et dire qu'on est déjà mercredi, dit Marius, les préparatifs n'avancent guère, si seulement je n'avais pas fait cette mauvaise chute en dévalant les escaliers 4 à 4, je ne me serais pas abîmé le talon d'Achille. Je pourrais participer, il y a tant à faire !».

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Rosalie, plus patiente, attendait son heure. Elle avait encore deux jours devant elle pour préparer les crêpes et les gâteaux qu'elle servirait lors de la réception du samedi. Elle essayait d'imaginer cette journée tant attendue. Depuis plusieurs mois tous les Villejeannais s'étaient organisés pour préparer de nombreuses animations pour les grands et les petits et la venue des personnalités.

- Mais dis-moi Marius, comment il s'appelle le Maire ? Henri, je crois ? Il est bien capable d'arriver avec ses acolytes en fiacre tiré par un beau cheval blanc. Il aime tellement les effets clinquants. Enfin ! Du moment qu'il prévoit le nettoyage du crottin par les agents de la ville, on veut bien. Je crois qu'on a prévu un air de mandoline joué par la petite Aline de l'école de musique, juste avant le discours du Maire. Car il prendra très certainement la parole ! J'espère qu'elle sera belle et pleine de subventions pour notre équipement ! Sinon, qu'il garde le silence !».

- On pourrait peut-être aussi demander à Auguste de Bretagne, répondit Marius. «On ne peut pas accrocher tous ses habits au même porte-manteau . Il faut voir venir.

Le soleil déclinait déjà sur Villejean et la future maison de quartier. Rosalie et Marius décidèrent de rentrer dans leur petit 2 pièces de la rue de Lorraine.

Sur la pelouse les narcisses leur offraient un tapis jaune et blanc. Rosalie se sentait le cœur en fête et elle rentra en fredonnant ce refrain : « Mon cœur est un bouquet de violettes ».

Quant à Marius, il espérait beaucoup de cette journée où il s'était tant investi avant sa chute. Il ne souhaitait qu'une chose : que cette fête ait « comme un goût de revenez-y ».